Forêts - Vue d'ensemble

Les forêts doivent jouer un rôle de premier plan face aux enjeux mondiaux que constituent le changement climatique, les pénuries alimentaires et la nécessité d’améliorer les moyens de subsistance d’une population en essor. Les forêts absorbent en effet 15 % environ des émissions de gaz à effet de serre (GES) produites dans le monde et apportent des services essentiels à l’agriculture, qu’il s’agisse de la régulation des ressources en eau et des sols, de la fertilisation ou des habitats qu’elles offrent aux pollinisateurs.

Parallèlement, nombre des forêts qui perdurent dans le monde sont de plus en plus menacées par les activités humaines et le changement climatique. Même si le rythme du déboisement s'est ralenti dans certaines régions, quelque 14,5 millions d'hectares de forêts sont encore détruits chaque année dans le monde. De plus, la hausse des températures et la modification du régime des pluies pourraient entraîner un dépérissement massif de la forêt pluviale amazonienne, avec des conséquences catastrophiques à l'échelon local, régional et mondial. Une récente analyse de l’évolution du déboisement dans le bassin du Congo, publiée par la Banque mondiale, met par ailleurs en évidence les pressions intenses que l'expansion agricole, l'exploitation minière, les besoins énergétiques croissants et le développement des réseaux de transport exerceront sur l'intégrité des écosystèmes de cette vaste région de forêts ombrophiles.

Pour que le monde puisse relever les défis posés par l'atténuation du changement climatique et l’adaptation à ses effets, tout en satisfaisant les besoins d'une population mondiale en accroissement rapide, il faut impérativement trouver un équilibre entre, d'une part, la préservation et la régénération des zones forestières et, d'autre part, la croissance économique qui permettra de faire reculer la pauvreté.

C’est là l'objectif visé par la Banque mondiale dans le cadre de l'action qu'elle mène dans le secteur forestier.

Dernière mise à jour: sept. 20,2013

Il y a un peu plus de dix ans, la Banque mondiale a réorienté sa stratégie forestière pour mieux rendre compte du fait que les forêts ne doivent pas être envisagées comme un simple bien matériel que l'on peut défricher, abattre ou, au contraire, protéger. En effet, les forêts exercent leur influence sur toute une gamme d'activités et de secteurs — dont elles subissent elles-mêmes les effets — notamment l'agriculture et les ressources en eau, mais aussi l'énergie, l'exploitation minière et les transports, l’ensemble de ces interactions s’exerçant non seulement à l'échelon local mais aussi au niveau national voire mondial. La Banque mondiale a formalisé cette prise de conscience en adoptant, en 2002, une nouvelle stratégie pour le secteur forestier, dans laquelle elle s’engage à soutenir les efforts des pays pour exploiter le potentiel des forêts et réduire ainsi la pauvreté, intégrer la foresterie dans leurs activités économiques, et protéger et développer le rôle des forêts pour préserver l'environnement local et mondial.

Ces trois objectifs sous-tendent l'action menée par la Banque mondiale auprès des États, des communautés et des entreprises privées dans l'ensemble des secteurs ayant un lien avec la foresterie.

Des paysages intégrés et plus résilients pour étayer la lutte contre la pauvreté

Dans de nombreux pays en développement, les revenus et la consommation des populations rurales les plus pauvres proviennent majoritairement des forêts. Soixante millions de personnes sont totalement tributaires des forêts pour leur survie, les populations autochtones étant tout particulièrement concernées. En renforçant les droits d'accès aux forêts et d'utilisation des ressources forestières, la Banque mondiale œuvre pour la protection des populations les plus vulnérables.

La santé des arbres et des forêts est au cœur de la vision de la Banque mondiale pour l'avènement d'un futur prospère fondé sur la résilience et l'intelligence climatique. La Banque mondiale s'attache à promouvoir les avantages que présente l'intégration à l'échelle paysagère de diverses approches agricoles — cultures, élevage et arboriculture forestière – pour diversifier les moyens de subsistance, développer la résistance aux chocs économiques et climatiques et tirer le plein profit de synergies naturelles entre, par exemple, les cycles de l'eau, du carbone et des nutriments.

Gérer le capital naturel en vue de la croissance économique

Dans les pays richement dotés en forêts, la sylviculture peut être une source d'emplois et de croissance économique. L’exploitation des forêts, si elle est conduite de manière responsable, représente aussi une source renouvelable de matériaux de construction, de fibres et de combustible, autant d'atouts considérables à une époque où le monde s'efforce de réduire l'empreinte carbone des activités humaines. Or les forêts sont l'une des ressources les plus mal gérées dans bien des pays, en partie parce qu'elles sont sous-évaluées, mais aussi en raison d'un manque de gouvernance qui a ouvert la porte aux activités illicites.

Aider les gouvernements à améliorer les politiques économiques ainsi que la gestion et la gouvernance du secteur forestier constitue donc une priorité importante. Pour la Banque mondiale, il faut en premier lieu s'interroger pour déterminer comment réformer les pratiques qui ont souvent contribué à la dégradation massive des forêts, à l'évasion fiscale et à la corruption afin que les forêts puissent générer davantage de revenus pour les États, des emplois plus nombreux et de meilleure qualité, et des résultats de développement durables.

Valoriser et préserver les services environnementaux

Les forêts fournissent de nombreux services environnementaux essentiels : elles absorbent et fixent le carbone en contribuant ainsi à atténuer le changement climatique, régulent les cycles hydriques, abritent 80 % de la biodiversité terrestre de la planète (notamment des pollinisateurs essentiels pour la sécurité alimentaire), entretiennent la qualité des sols et réduisent les risques de catastrophes naturelles, telles que les inondations, à une époque où nombre de ces systèmes sont l’objet d’énormes pressions. Même s'il a été difficile de quantifier et d'évaluer ces services dans le passé, les nouvelles recherches sur la comptabilisation du capital naturel (a), les démarches commerciales innovantes et la sensibilisation des responsables politiques ont contribué à une prise de conscience croissante de la nécessité de préserver les ressources naturelles.

Pour les décideurs, la difficulté consiste à porter la valeur de ce capital naturel sur les marchés et à l’intégrer dans des décisions ayant des incidences multisectorielles et, plus généralement, dans leurs politiques macroéconomiques et de développement. Au cours des dix dernières années, la Banque mondiale a travaillé aux côtés de ses partenaires pour accroître les financements alloués à la conservation et la protection des forêts (a), et a participé à la création de marchés efficaces permettant de commercialiser les services environnementaux fournis par les forêts, en particulier la protection de la diversité biologique, le piégeage du carbone et la gestion des bassins hydrographiques.

Le Groupe de la Banque mondiale est la première source de financement multilatéral en faveur des forêts. L'aide financière totale de la BIRD et de l'IDA au secteur forestier a atteint environ 120 millions de dollars pendant l'exercice 2013. Au cours de la même période, la Société financière internationale (IFC), l'institution de la Banque chargée des opérations avec le secteur privé, a investi 143 millions de dollars dans le secteur des produits forestiers. Par ailleurs, 30 millions de dollars ont été dégagés au moyen des crédits carbone et d'autres activités exécutées par les bénéficiaires. Aux côtés des autres banques multilatérales de développement, la Banque mondiale est en outre l'un des agents d'exécution du Fonds pour l'environnement mondial (avec une aide de 7,2 millions de dollars au profit des forêts pour l'exercice 2012) et du Programme d'investissement forestier (environ 640 millions de dollars d'aide annoncée). 

Dernière mise à jour: sept. 20,2013

En Chine, à la suite des crues destructrices le long du fleuve Yangtsé, la Banque mondiale a été le plus important donateur d'un plan ambitieux d'expansion du couvert forestier (a). Entre 1985 et 2007, elle a apporté son aide au secteur forestier chinois dans le cadre de huit projets conduits dans 21 provinces, qui ont permis l'établissement de plus de 3,8 millions d'hectares supplémentaires de forêts (soit environ 12 % des reboisements récents). Outre la réduction des émissions de GES et la moindre érosion des sols, cette accroissement du couvert forestier a eu des retombées majeures sur les moyens de subsistance. Dans l'un des projets spécifiquement axé sur les régions pauvres de 12 provinces, des agriculteurs ont été formés à la plantation et à l'entretien de plusieurs espèces d'arbres présentant un intérêt commercial. La plantations de châtaigniers, de ginkgo biloba et de bambou ont ainsi permis d'accroître le revenu annuel moyen de 150 % entre 1998 et 2004.

En Albanie, la Banque mondiale a travaillé avec le gouvernement dans le cadre d'un projet forestier qui contribue à faire connaître les avantages d’une approche paysagère (a). En intégrant la gestion des forêts, des pâturages et des terres cultivées, l'initiative appuyée par la Banque a favorisé une réduction des émissions de carbone, la protection d'importants bassins hydrographiques et une hausse des revenus forestiers et agricoles de 28 % dans certaines régions du pays. Il a également permis de placer plus de 775 000 hectares sous gestion communautaire.

Dans la vallée du Rift en Éthiopie, la Banque mondiale a conclu un partenariat avec l’ONG Vision du monde pour la mise en œuvre d'un projet pilote intégré et inclusif de restauration à grande échelle des paysages (a) qui a eu des retombées importantes sur les moyens de subsistance et les capacités d’adaptation des communautés. Des coopératives forestières ont été établies et chargées de superviser le reboisement de la zone montagneuse de Humbo en privilégiant la régénération naturelle des forêts et en limitant les prélèvements de bois, de charbon de bois et de fourrage. L'amélioration de la gestion des sols a favorisé la pousse de l'herbe, fournissant du fourrage qui peut être coupé et vendu pour l'alimentation du bétail, d’où une source supplémentaire de revenus. La zone réhabilitée dans le cadre du projet est ainsi mieux protégée contre les risques de glissements de terrain, et plus de 65 000 personnes bénéficient en outre d'une augmentation des disponibilités en eau. Le projet devrait contribuer au piégeage de plus de 880 000 tonnes d'équivalent dioxyde de carbone sur 30 ans, et des crédits carbone équivalant à 165 000 tonnes seront achetés par la Banque mondiale au moyen de son Fonds « biocarbone ».

Ces projets témoignent des immenses possibilités d'amélioration de la sécurité matérielle et financière des populations offertes par la restauration des terres forestières dégradées. On estime que 2 milliards d’hectares de paysages forestiers détruits ou dégradés pourraient être réhabilités et régénérés dans le monde. Si ces « paysages prometteurs » (a) étaient remis en état en vue de recréer des écosystèmes fonctionnels et productifs, ils seraient porteurs d'un triple bénéfice : amélioration des moyens de subsistance et de la sécurité alimentaire en zone rurale, résistance accrue au changement climatique, et contribution à la réduction des émissions GES, sans compter la baisse des pressions exercées sur les forêts encore intactes.

Le dialogue et l'action menée auprès des pays en développement ont fait évoluer les procédures d'allocation des droits forestiers. Au Cameroun par exemple, les réformes juridiques et réglementaires prévues au titre d'un vaste chantier de réforme des concessions ont conduit, pour la première fois, à la reconnaissance de l'existence de droits juridiques sur les forêts communautaires dans l'ensemble de l'Afrique de l’Ouest. En République démocratique du Congo, une révision juridique des concessions a favorisé une réduction considérable des superficies forestières concernées, qui sont tombées de 43,5 millions d'hectares en 2002 à 9,7 millions d'hectares en 2008. Dans le même temps, des mesures ont été mises en œuvre pour associer les communautés aux processus décisionnels concernant la gestion des forêts, préciser les droits des utilisateurs traditionnels des forêts et élaborer de nouveaux modèles en vue de la rémunération des services environnementaux. Enfin, au Gabon, les concessions accordées sur quelque 4,7 millions d'hectares de forêts ont été annulées, ce qui a favorisé la formulation de nouvelles démarches de gestion durable des forêts.

Au Mexique, où environ 80 % des forêts du pays sont détenues par des populations autochtones et d’autres collectivités, la Banque mondiale a contribué au financement d'un projet visant à renforcer les activités forestières des communautés au moyen d'une amélioration des plans de gestion des forêts. Cet appui, dont l'apport s'est échelonné en plusieurs phases à partir de 1997, a permis d'accroître la contribution des forêts au développement local. Ainsi, une évaluation du projet a établi que l’emploi a progressé de 27 % entre 2003 et 2008 dans les communautés et les entités d'exploitation des terres communales (ejidos) ciblées, tandis que la valeur nette des biens et services produits avait augmenté de 36 %. En 2011, cet appui a été étendu à l’ensemble des 32 États du Mexique.

Au Libéria, pays d'Afrique de l’Ouest où les coupes pratiquées dans les vastes forêts ont servi dans le passé à financer des achats d'armes et à alimenter une guerre civile sanglante, la réforme des politiques forestières a permis de reprendre progressivement des coupes sélectives, dans un cadre juridique amélioré qui reconnait les principes de gestion durable des forêts, les droits des communautés et les nécessités de la conservation. En 2010-2011, la Banque mondiale s'est appuyée sur son Programme pour les forêts pour cofinancer la mise en place d’un système de traçabilité (a) qui permet un suivi du bois d'œuvre depuis les forêts d'origine jusqu'au point d'exportation au moyen de codes-barres et de formulaires de données. Entre 2008 et 2012, ce système a permis à l'État de récupérer plus de 27 millions de dollars de recettes fiscales nettes. Même si leur mise en œuvre se heurte encore à de nombreuses difficultés, ces réformes ont été profitables pour le pays en favorisant une plus grande transparence des revenus d'exploitation forestière et en fournissant aux parties prenantes une structure sur laquelle s'appuyer pour exiger des changements efficaces.

Dernière mise à jour: sept. 20,2013

Durant les dix dernières années, la Banque mondiale, l'Union européenne et d'autres partenaires sont parvenus à enregistrer des progrès majeurs en créant un espace de dialogue et de réforme dans le cadre notamment de leur appui aux processus visant l’application de la législation forestière et la gouvernance (a) dans différentes régions du monde. Le Programme pour les forêts (PROFOR) (a), qui est hébergé par la Banque mondiale, a également fait de la gouvernance des forêts (a) l'un des axes prioritaires de son action, et apporte une assistance technique destinée à améliorer la surveillance des activités forestières et à susciter un consensus et une détermination politiques en faveur de réformes prioritaires.

Par l'entremise de l’IFC, le Groupe de la Banque mondiale encourage les investissements responsables tout au long de la filière de production forestière et s'emploie à créer des conditions d'intervention plus équitables pour les entreprises qui adoptent des pratiques de gestion forestière durable. 

La Banque mondiale travaille également aux côtés de ses partenaires pour accroître les financements alloués à la conservation et à la protection des forêts et créer des marchés efficaces pour les services environnementaux fournis par les forêts, notamment la protection de la diversité biologique, la séquestration du carbone et la gestion des bassins hydrographiques. Elle s’est par exemple attachée à promouvoir l'établissement d'aires protégées (a) dans la partie brésilienne de l'Amazonie. Ses équipes travaillent depuis plusieurs années avec les autorités locales et fédérales et des ONG (Fonds mondial pour la nature notamment) pour protéger les forêts amazoniennes.

Le Groupe de la Banque mondiale étudie également tout un ensemble de possibilités pour aider les pays en développement à réduire leurs émissions de GES dues au déboisement et à la dégradation des forêts, et à préserver, gérer durablement et développer les stocks de carbone forestiers. Cette approche, connue sous l'acronyme REDD+, reposera probablement sur une combinaison complexe d'aide multilatérale et bilatérale, d'interventions de la société civile, d'initiatives du secteur privé et d'opérations sur les marchés du carbone. La démarche de la Banque consiste à mettre au point et piloter différentes initiatives REDD+ dans le cadre de partenariats.

La Banque mondiale fait office d'administrateur du Fonds de partenariat pour la réduction des émissions dues à la déforestation (FCPF) (a), un partenariat mondial dont elle assure aussi le secrétariat, qui a pour objet d'aider les pays à établir leurs plans de préparation REDD+ et qui versera des paiements carbone à ceux qui atteignent certains objectifs. Aux côtés d'autres banques multilatérales de développement, la Banque est aussi un agent d'exécution du Programme d'investissement forestier (FIP) (a), et elle finance des investissements dans des projets pilotes de reboisement et de fixation du carbone par le sol dans le cadre du Fonds biocarbone, une initiative public-privé ayant pour mission de mobiliser des ressources en faveur de projets novateurs qui réduisent les émissions de GES tout en favorisant la préservation de la biodiversité et la lutte contre la pauvreté. Ces interventions, de même que les opérations conventionnelles de prêt de la Banque mondiale, se conjuguent pour engendrer une mutation profonde dans les secteurs forestier et rural de pays tels que la République démocratique du Congo ou le Mexique.

Ces alliances sont fondamentales pour s'assurer que le monde dispose des financements nécessaires pour s'attaquer aux multiples périls qui pèsent sur les forêts et mieux assurer leur protection et leur gestion. Même si la Banque mondiale est actuellement la première source de financement multilatéral pour les projets forestiers, ses prêts et ses dons ne représentent qu'une fraction de ce qui serait nécessaire pour trouver des arbitrages entre la préservation des forêts et la croissance économique et assurer ainsi la prospérité et la viabilité de la planète pour les générations futures. 

Dernière mise à jour: sept. 20,2013


Rapport
Deforestation Trends in the Congo Basin

Réconcilier la croissance économique et la protection de la forêt dans le bassin du Congo

Les pays du bassin du Congo sont confrontés à une double difficulté : ils doivent favoriser le développement de l'économie locale tout en limitant les effets néfastes de la croissance sur le capital naturel de la région.





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