Programme de Protection Sociale Adaptative au Sahel

L’impact de la PSA sur le bien-être, la résilience et la cohésion sociale

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(c) SASPP / World Bank

La pauvreté au Sahel est façonnée par des privations structurelles, des périodes de soudure récurrentes, la mobilité des populations et des chocs climatiques et économiques fréquents, qui peuvent enfermer les ménages dans des cycles de vulnérabilité. La protection sociale adaptative (PSA) contribue à rompre ces cycles en améliorant le bien-être et la productivité au fil du temps ; en renforçant la capacité des ménages à anticiper, absorber et s’adapter aux risques évolutifs ; et en favorisant la cohésion communautaire ainsi que la confiance entre les citoyens et l’État.

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    Développer des interventions de PSA adaptées qui correspondent à la nature chronique de la pauvreté et aux dynamiques de vulnérabilité dans le Sahel

     

    Le Sahel abrite certaines des populations les plus pauvres et les plus vulnérables au monde et fait face à de multiples défis : une croissance démographique rapide (la population devrait doubler d’ici 2045), de faibles niveaux de capital humain, des inégalités marquées, une forte vulnérabilité géographique et climatique, l’insécurité alimentaire et la fragilité. Dans une région où plus de 40 % de la population vit déjà en dessous du seuil de pauvreté, des chocs tels que les sécheresses, les hausses de prix ou les conflits peuvent aggraver la persistance de la pauvreté, ce qui rend encore plus difficile la gestion des futurs chocs.

    La pauvreté, aggravée par les chocs, a des effets négatifs directs sur la sécurité alimentaire, l’éducation et les résultats en matière de santé. Les ménages sahéliens connaissent également d’importantes variations saisonnières de leur bien-être monétaire et de leur niveau de pauvreté, même en l’absence de chocs climatiques. Au Burkina Faso, au Niger et au Sénégal, les taux de pauvreté ont augmenté respectivement de 13,7 ; 6,6 et 8,1 points de pourcentage pendant la période de soudure, même au cours d’une année de pluviométrie supérieure à la moyenne. Les ménages passent régulièrement sous le seuil de pauvreté à des périodes prévisibles de l’année, et ces variations peuvent être anticipées et prises en compte.

    La pauvreté et la vulnérabilité affectent différemment les hommes et les femmes. Au Sahel, des écarts importants persistent entre femmes et hommes, ainsi qu'entre filles et gaçons, dans les domaines économique, sociale et de l’autonomisation. Les inégalités et l’exclusion freinent le développement socioéconomique et la croissance économique. En définitive, les écarts de genre en matière de bien-être, d’éducation, de santé et d’accès à l’emploi entraînent des répercussions sur le bien-être de communautés et de pays entiers.

    La protection sociale adaptative (PSA) au Sahel offre une approche unique et transformatrice de réduction de la pauvreté. Elle contribue à modifier la trajectoire des ménages et des individus pauvres en brisant le cycle dans lequel la pauvreté structurelle et les chocs répétés se renforcent mutuellement. En combinant des interventions d’inclusion productive et des filets sociaux avec des mécanismes de réponse aux crises, la PSA permet des gains durables en matière de productivité, d’actifs et de capital humain.

    Au cœur de la PSA se trouvent les programmes nationaux de filets sociaux, généralement mis en œuvre sur plusieurs années. En fournissant un soutien régulier au revenu et des activités favorisant le changement de comportement, ces programmes aident les ménages les plus pauvres à répondre à leurs besoins immédiats tout en investissant dans leur avenir : renforcement du capital humain, constitution d’actifs productifs, accroissement de la résilience et amélioration des conditions de vie. À terme, les filets sociaux constituent un tremplin, soutenant les populations dans la construction durable de leur autonomie.

    Les données probantes sont nombreuses : au Sénégal, le programme national de filets sociaux a réduit l’extrême pauvreté en milieu rural de 5 points de pourcentage en seulement trois ans (2016-2019). Au Tchad, la probabilité qu’un ménage passe fréquemment une journée sans manger a diminué de 38 % grâce aux filets sociaux. Au Mali, 18 mois après leur sortie du programme, les participants avaient 57 % de probabilité supplémentaire d’épargner et 46 % de probabilité supplémentaire d’investir dans des actifs productifs par rapport aux non-participants. La PSA favorise des activités génératrices de revenus plus efficaces, tout en soutenant les investissements dans la santé, la nutrition, l’éducation ainsi que dans les connaissances et compétences de la jeune génération.

    La compréhension des risques auxquels les ménages sont les plus exposés, ainsi que de leurs conditions chroniques, a été déterminante pour orienter la conception des programmes. Cela inclut l’élaboration des approches de ciblage des ménages, la définition de la durée et de la fréquence du soutien, ainsi que l’orientation du contenu et des modalités des mesures d’accompagnement proposées aux bénéficiaires. Des travaux comparatifs soutenus par le PPSAS sur le ciblage, par exemple, ont montré que les méthodes fondées sur le revenu identifient efficacement les ménages chroniquement pauvres, mais que des éléments supplémentaires peuvent contribuer à inclure également les ménages en situation d’insécurité alimentaire et vulnérables aux chocs. Comprendre les dynamiques de vulnérabilité et de pauvreté est également essentiel pour définir des stratégies d’entrée et de sortie permettant aux programmes de rester adaptés à l’évolution des conditions des ménages.

    L’adaptation des programmes et des systèmes de PSA au contexte dynamique régional se reflète également dans la prise en compte des besoins des populations mobiles, un élément de nature à améliorer les résultats pour les ménages dans le Sahel. Au Sahel, la mobilité est souvent motivée par des raisons économiques, familiales, éducatives ou culturelles. En effet, la plupart des déplacements relèvent de stratégies de subsistance, telles que le travail saisonnier, le pastoralisme ou les transitions entre zones rurales et urbaines, bien que certains résultent aussi de déplacements forcés et de conflits. Reconnaître ces dynamiques de mobilité et les besoins des populations en mouvement est essentiel pour favoriser l’inclusion et renforcer l’impact de la PSA sur les populations pauvres et vulnérables.

    Intégrer une approche sensible à la mobilité dans la PSA suppose de réduire les pratiques qui excluent les ménages mobiles, notamment dans les registres sociaux, et de permettre la portabilité des prestations au-delà des frontières administratives. Les programmes doivent également adapter leur contenu et leurs modalités de mise en œuvre aux réalités de la mobilité, par exemple en recourant à des paiements numériques accessibles aux ménages en déplacement ou en ajustant les calendriers de paiement aux schémas saisonniers de migration.

     

    Dernière mise à jour: févr. 28, 2026

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    La PSA renforce la capacité des ménages à maintenir une trajectoire stable d’opportunités, malgré les chocs

     

    La volatilité climatique influence le quotidien au Sahel. Jusqu’à 13,5 millions de Sahéliens pourraient basculer dans la pauvreté en raison des chocs climatiques d’ici 2050, si aucune mesure urgente n’est prise. Cette réalité fait de la résilience une priorité centrale pour la PSA : renforcer la capacité des ménages à résister aux chocs et à retrouver rapidement leur trajectoire de croissance. La PSA renforce les capacités anticipatives, d’absorption et d’anticipation des ménages, toutes essentielles à la résilience climatique. Ces capacités permettent aux ménages de se préparer aux chocs en consolidant leurs moyens de subsistance ; de faire face aux chocs en protégeant leur consommation, leurs actifs productifs et leur capital humain ; et de s’adapter aux crises en adoptant des solutions plus durables. Les ménages deviennent ainsi capables de faire face au changement climatique et aux chocs, plutôt que de simplement les subir.

    Les données montrent l’efficacité de la PSA pour protéger les plus pauvres et les plus touchés par le changement climatique. Au Sénégal, le programme national de filets sociaux a réduit de 8 % la part des ménages affectés négativement par les chocs. En Mauritanie, les filets sociaux ont permis d’augmenter de 25 % la proportion de ménages capables de préserver leurs dépenses de santé et d’éducation après un choc. Au Niger, lors d’une sécheresse, les ménages bénéficiaires ont maintenu leur niveau de consommation, contrairement aux non-bénéficiaires qui ont dû le réduire de 24 %. De plus, les interventions d’inclusion productive peuvent favoriser l’adoption d’alternatives intelligentes face au climat, y compris en dehors de l’agriculture, une diversification qui permet d’augmenter les revenus et de réduire l’exposition aux chocs futurs.

    Compte tenu de la dimension climatique des interventions de la PSA, une collaboration entre le CGAP et le SASPP a montré que la PSA peut constituer un levier stratégique pour orienter les financements climatiques vers les populations les plus pauvres. Les programmes de PSA, capables de toucher les populations les plus affectées par le changement climatique de manière efficace et rentable, peuvent être mobilisés par le financement climatique pour accélérer la résilience. Des fonds mondiaux, tels que le Fonds vert pour le climat et le Fonds d’adaptation, ont besoin de systèmes de mise en œuvre évolutifs et transparents pour atteindre les ménages vulnérables — une capacité que la PSA offre déjà en termes de portée, d’impact et d’efficacité.

    Les travaux en cours du PPSAS contribuent à renforcer ce pont, en favorisant la mise en relation des acteurs de la protection sociale et du climat et en améliorant leur alignement. En appuyant les pays dans l’intégration de la PSA au sein des Contributions déterminées au niveau national (CDN), des Plans nationaux d’adaptation et d’autres cadres climatiques nationaux, le PPSAS les positionne de manière à accéder à des financements climatiques qui bénéficieront directement aux populations les plus vulnérables.

     

    Dernière mise à jour: févr. 28, 2026

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    La PSA renforce les relations au sein des groupes, entre les groupes et avec le gouvernement — des leviers clés pour la paix et la création d’emplois

     

    La vulnérabilité, la pauvreté et la concurrence pour les ressources peuvent éroder la confiance et fragiliser les liens sociaux, alimentant la fragilité et les conflits à travers le Sahel. À l’échelle mondiale, les données montrent que les programmes de PSA peuvent jouer un rôle important dans le renforcement de la cohésion sociale : ils peuvent renforcer la confiance dans les institutions et améliorer les relations entre les citoyens et l’État (dimension de liaison de la cohésion sociale), favoriser la coopération au sein des groupes (dimension de lien interne) ainsi qu’entre les groupes (dimension de lien externe). La PSA a montré son potentiel pour inverser des dynamiques négatives en promouvant intentionnellement des dimensions critiques telles que la confiance, l’identité inclusive et la coopération pour le bien commun.

    La cohésion sociale est essentielle pour renforcer la résilience et réduire durablement la vulnérabilité et la pauvreté. Elle est également indispensable à la prospérité, en catalysant la création d’emplois et en stimulant la productivité. Au niveau communautaire, elle se traduit par la confiance dans le fait que les voisins et les fournisseurs respecteront leurs engagements ; au niveau institutionnel, elle reflète la conviction que les autorités publiques agiront de manière équitable et tiendront leurs promesses. La PSA peut jouer un rôle central dans le renforcement de ce contrat social.

    Les évaluations des filets sociaux au Sahel montrent des effets prometteurs sur la cohésion sociale. Les bénéficiaires étaient plus enclins à faire confiance aux membres de leur communauté, à partager des ressources, à soutenir d’autres membres de la communauté ou à investir dans des biens publics. Cependant, les impacts varient selon le contexte. Dans certains cas, les programmes peuvent générer des tensions locales si l’identification des bénéficiaires est perçue comme opaque ou injuste. La transparence, la perception d’équité et la visibilité du rôle de l’État sont toutes déterminantes pour des impacts positifs sur la cohésion sociale. Lorsque les programmes étaient clairement présentés comme pilotés par le gouvernement, la confiance dans les institutions s’est renforcée ; lorsque les processus de sélection étaient communiqués de manière claire et que les besoins des différents groupes étaient pris en compte de manière équilibrée, les liens au sein des groupes et entre les groupes se sont renforcés.

    Les données probantes disponibles à ce jour dans le Sahel restent inégales, en particulier s’agissant des dynamiques entre groupes — notamment entre populations d'accueil et déplacées — et des relations entre les citoyens et l’État. Le PPSAS et ses partenaires, l’UNICEF et le PAM, investissent dans de nouvelles recherches pour identifier quelles caractéristiques de conception et de mise en œuvre des programmes de PSA favorisent le mieux la cohésion sociale au Sahel. Parallèlement, les équipes du PPSAS explorent également comment les systèmes informels de « solidarité mutuelle » — mécanismes locaux d’entraide — interagissent avec les programmes formels et les complètent, afin de garantir qu’aucun ménage ne reste sans protection, même dans des zones fragiles, isolées ou touchées par des crises.

     

    Dernière mise à jour: févr. 28, 2026




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