Tunisie
EN CHIFFRES : TUNISIE
PRÉSENTATION : TUNISIE
La Tunisie est un pays à revenu intermédiaire de la tranche inférieure, qui comptait environ 12 millions d’habitants en 2024. Située en Afrique du Nord, le long de la mer Méditerranée, elle partage ses frontières avec l’Algérie à l’ouest et la Libye au sud-est. La langue officielle est l’arabe, tandis que le français est largement utilisé dans les milieux commerciaux et l’administration.
L’économie du pays est relativement diversifiée et repose sur l’agriculture, l’industrie manufacturière et les services. Ses principales activités comprennent la production d’huile d’olive et d’autres produits agricoles, la fabrication industrielle — notamment de composants automobiles et aéronautiques —, ainsi que les services, dont le tourisme et un éventail croissant de prestations professionnelles et pour les entreprises.
L’économie tunisienne poursuit sa croissance à un rythme modéré, avec des performances sensiblement différentes selon les secteurs. Le PIB réel a progressé de 2,7 % en 2025 et de 2,4 % en glissement annuel au premier semestre 2026. La croissance a été portée par l’agroalimentaire, les industries mécaniques et électriques ainsi que l’hôtellerie-restauration, tandis que l’activité s’est contractée dans les hydrocarbures, le textile et les services financiers. Les obstacles à la concurrence, l’accès limité au financement, les distorsions de la politique économique et la faible participation des femmes au marché du travail continuent de freiner une croissance plus soutenue.
Les déséquilibres extérieurs se sont creusés en 2026 sous l’effet de la hausse des prix de l’énergie liée au conflit au Moyen-Orient. Le déficit commercial énergétique a augmenté de 25 %, contribuant à l’élargissement du déficit du compte courant à 2,4 % du PIB fin juillet 2026, contre 1,6 % en 2025.
L’assainissement des finances publiques s’est poursuivi en 2025, quoiqu’à un rythme lent. Le déficit budgétaire a atteint 5,3 % du PIB, tandis que la dette publique est demeurée élevée, à 82,5 % du PIB. Faute d’un accès suffisant à l’emprunt extérieur, les autorités ont eu de plus en plus recours à l’emprunt intérieur, notamment au financement direct et répété du budget par la Banque centrale. La persistance de ce mode de financement pourrait peser sur la stabilité macroéconomique et évincer le crédit au secteur privé, au détriment de l’investissement privé et, in fine, de la croissance économique.
L’inflation est nettement retombée de son pic de 10,4 % enregistré en février 2023, bien que le processus de désinflation ait ralenti en 2026. Après avoir atteint 4,9 % en janvier 2026, l’inflation est remontée à 5,5 % en mai, avant de refluer à 5,2 % en août. La Banque centrale a abaissé son taux directeur à 7 % en 2025, niveau auquel il s’est maintenu depuis lors.
Les conditions du marché du travail se sont modestement améliorées, mais des problèmes importants demeurent, en particulier pour les femmes. Le taux de chômage a reculé à 14,9 % au deuxième trimestre 2026, bien que cette amélioration résulte en partie de variations du taux d’activité plutôt que d’une création nette d’emplois. Les disparités entre les sexes demeurent prononcées : le taux de chômage féminin s’établissait à 21,6 %, contre 11,8 % pour les hommes, tandis que le taux d’activité des femmes n’atteignait que 27 %, soit moins de la moitié de celui des hommes, qui s’élevait à 63,3 %.
La Tunisie dispose d’atouts considérables pour stimuler la croissance économique et la création d’emplois. Le pays possède une main-d’œuvre relativement qualifiée, résultat de dépenses publiques conséquentes en matière d’éducation (6,7 % du PIB), d’une scolarisation quasi universelle au primaire et au secondaire et d’une couverture croissante de l’enseignement supérieur. Par ailleurs, d’importants investissements dans les infrastructures ont permis d’assurer un bon accès aux services d’infrastructure de base, même si leur qualité s’est récemment dégradée. Sa position stratégique en Méditerranée recèle un potentiel économique considérable, notamment en tant que plaque tournante commerciale à proximité de l’une des routes maritimes les plus fréquentées au monde. Enfin, des réformes soutenues au cours des 20 dernières années du XXe siècle ont favorisé l’émergence d’une base industrielle diversifiée et d’un vaste secteur des services, faisant de la Tunisie l’économie la plus sophistiquée d’Afrique du Nord. Les perspectives de croissance de la Tunisie dépendront de réformes visant à corriger les distorsions économiques et à réduire les pressions budgétaires. Les actions prioritaires comprennent la rationalisation de la fiscalité et des dépenses et le renforcement de leur équité, l’amélioration des performances de l’administration publique et des entreprises d’État, ainsi que la réduction des obstacles à l’entrée des entreprises sur le marché.
La pauvreté demeure importante et profondément inégale à travers le pays, reflétant des disparités régionales persistantes en matière d'opportunités économiques et de niveaux de vie. Le taux national de pauvreté est estimé à environ 16 %, avec des niveaux nettement plus élevés dans le Nord-Ouest et le Centre-Ouest. L’activité économique et l’investissement privé demeurent concentrés dans les zones côtières, tandis que les régions intérieures offrent moins d’opportunités d’emploi et un accès plus limité aux infrastructures et aux services de qualité.
Créer davantage d'emplois de meilleure qualité, en particulier pour les jeunes et les femmes, est une priorité absolue pour la Tunisie. La Banque mondiale contribue à moderniser et à numériser l’ANETI, l’agence nationale pour l’emploi et le travail indépendant, dans le cadre du programme GO4Youth. Ce programme de service-conseil et d’assistance technique est soutenu par le programme-cadre pour la résilience et l’inclusion économiques en Tunisie, en partenariat avec l’Union européenne. En septembre 2026, GO4Youth avait permis d’enregistrer plus de 150 000 demandeurs d’emploi et près de 25 000 entreprises. Il avait en outre permis de générer plus de 73 000 contrats d’insertion à la vie professionnelle (CIVP) dans le cadre du programme phare de politique active du marché du travail (PAMT) en Tunisie, destiné aux primo-demandeurs d’emploi. Des services modernisés pour les entreprises et les demandeurs d’emploi sont en cours de déploiement à l’échelle nationale et couvrent désormais 48 des 92 agences locales pour l’emploi, où les conseillers ont mené plus de 23 000 entretiens de diagnostic. Depuis mai 2026, l’ANETI développe un nouveau système d’information intégré. Ce système permettra de regrouper les outils pilotes en un parcours personnalisé pour les demandeurs d’emploi et les entreprises. Il constituera également le socle du système national de suivi et d’évaluation (S&E) des politiques actives du marché du travail financées par le Fonds national de l’emploi tunisien.
La Tunisie s’emploie à protéger les ménages vulnérables et à rendre son système de protection sociale plus efficace et mieux ciblé. Grâce à l’appui de la Banque mondiale, plus de 1,48 million de personnes vulnérables (soit plus de 10 % de la population) avaient bénéficié de transferts monétaires mensuels et d’allocations familiales à la fin de juin 2026 à travers le Programme social AMEN. Les femmes sont à la tête de 51 % des 387 000 ménages bénéficiant de transferts monétaires permanents. Pendant la pandémie de COVID-19, le programme a assuré avec une grande efficacité des transferts monétaires d’urgence au profit d’environ 900 000 ménages. S’appuyant sur son registre social adaptatif et son solide système de prestation, AMEN a étendu sa couverture aux allocations familiales destinées aux enfants de moins de dix-huit ans, dont plus de 600 000 ont bénéficié de cette mesure. Le programme a également fait de la transformation numérique l’une de ses priorités, notamment la dématérialisation des transferts monétaires, l’échange automatisé de données pour simplifier les évaluations d’éligibilité et la déduplication des ménages grâce à un système d’identification sociale robuste adossé au registre de l’état civil. Un second financement additionnel (AF2) permettra de poursuivre le renforcement des systèmes de prestation de la protection sociale, en mettant l’accent sur les personnes en situation de handicap et les enfants issus de ménages pauvres et à faibles revenus. Il renforcera également l’architecture globale de la protection sociale en introduisant un nouveau programme pilote d’inclusion économique et en établissant des passerelles avec les régimes contributifs, afin que les travailleurs non pauvres puissent bénéficier de régimes de sécurité sociale adaptés, inclusifs et durables.
L’innovation dans le secteur privé constitue une autre source importante de nouveaux emplois. Le Projet de startups et de PME innovantes de Tunisie concourt au programme gouvernemental Startup Tunisia. Il cible les start-up et PME innovantes à fort potentiel de croissance et renforce l’écosystème de financement de l’entrepreneuriat, notamment les fonds de capital-risque, les incubateurs, les accélérateurs et les espaces de travail partagés. Le projet vise à mobiliser davantage d’investissements privés en faveur des start-up innovantes et à co-investir directement dans des PME innovantes aux côtés de partenaires du secteur privé. À ce jour, le fonds de fonds Anava mis en place par le projet a investi plus de 20 millions de dollars dans 61 start-up innovantes, dans des secteurs allant de l’intelligence artificielle à la fintech en passant par la biotechnologie. Ces fonds ont transité par 10 fonds de capital-risque tunisiens et régionaux, qui ont levé des fonds de contrepartie auprès de sources privées, contribuant ainsi à l’édification d’un écosystème de financement des start-up en Tunisie. Le fonds de co-investissement InnovaTech, doté de 17 millions de dollars et destiné aux PME innovantes, a réalisé onze investissements, mobilisant environ 30 % de ses ressources disponibles. Ensemble, ces deux composantes ont mobilisé 60 millions de dollars supplémentaires de financement privé.
La Tunisie s’impose comme un pôle régional des énergies renouvelables, et le projet d’intégration électrique Tunisie-Italie et d’écosystème des énergies renouvelables contribue à concrétiser cette ambition. Grâce à un financement de 268 millions de dollars de la Banque mondiale, le projet d’interconnexion ELMED reliera le réseau électrique tunisien au réseau européen, beaucoup plus vaste, via un câble sous-marin d’une capacité de 600 mégawatts. Cette infrastructure facilitera les échanges d’énergies renouvelables essentiels à la stratégie de développement durable et de lutte contre le changement climatique du pays. Ce projet historique vient renforcer la collaboration de longue date entre la Banque mondiale et le gouvernement tunisien dans le secteur de l’énergie. Il bénéficie par ailleurs du soutien du Gouvernement italien, de l’Union européenne, de la Banque européenne pour la reconstruction et le développement, de la Banque européenne d’investissement et de la KfW, la Banque allemande de développement.
Alors que la Tunisie fait face à une pression croissante sur ses ressources en eau, l’appui de la Banque mondiale aide le pays à utiliser l’eau de manière plus efficiente et à améliorer les services d’eau et d’assainissement. Le Projet d’intensification de l’agriculture irriguée (PIAIT) a amélioré la fiabilité et l’efficacité des services d’irrigation et de drainage dans les périmètres publics irrigués du nord-ouest de la Tunisie. En modernisant les infrastructures d’irrigation, en étendant les services de drainage et en renforçant le cadre institutionnel, le projet a amélioré la prestation de services au bénéfice de plus de 2 600 agriculteurs sur plus de 24 000 hectares et a contribué à la remise en valeur de terres auparavant inondées. Le projet a été clôturé en juin 2026. Le programme RESEau lui succède désormais, en s’appuyant sur ses investissements dans les infrastructures et sur les enseignements institutionnels qui en ont été tirés.
Le projet d’appui aux PPP dans le secteur de l’assainissement en Tunisie accompagne une transformation majeure de la gestion des services d’eaux usées grâce à la mise en place des premiers partenariats public-privé (PPP) à grande échelle dans le secteur de l’assainissement du pays. Le projet a permis d’établir deux contrats de concession à long terme fondés sur la performance, couvrant le nord de Tunis et le sud de la Tunisie. Ces contrats mobilisent l’expertise du secteur privé tout en renforçant la supervision publique et la responsabilité. À la mi-2026, près de 800 000 personnes bénéficiaient déjà de meilleurs services d’assainissement dans le cadre de la concession du sud, et la qualité du service s’était sensiblement améliorée dans la plupart des stations d’épuration. Le projet a également contribué à la création d’une unité PPP pleinement opérationnelle au sein de l’ONAS, renforçant ainsi une capacité institutionnelle qui dépasse largement le cadre du projet et positionnant la Tunisie comme un pionnier régional du recours aux PPP pour la prestation de services d’assainissement.
Des sécheresses répétées ont également ébranlé la sécurité alimentaire de la Tunisie. Le Projet d’intervention d’urgence pour la sécurité alimentaire a aidé le pays à faire face à cinq années consécutives de sécheresse. Il a permis de rationaliser les importations de blé destinées à la consommation humaine et de soutenir les petits exploitants en fournissant de l’orge pour la production laitière et des semences résistantes aux aléas climatiques aux producteurs de blé. Un projet parent antérieur a contribué à atténuer les effets de la guerre en Ukraine sur la sécurité alimentaire et à aider le pays à surmonter les difficultés d’accès aux marchés financiers dans un contexte de hausse des prix mondiaux. Le projet a permis à la Tunisie d’acheter 701 000 tonnes de blé et 237 000 tonnes d’orge, et de financer environ 112 000 tonnes de semences.
Le Programme intégré de résilience face aux catastrophes en Tunisie (ResCat), financé par la Banque mondiale et l’Agence française de développement (AFD), appuie les pouvoirs publics dans le renforcement de la gestion et du financement des risques de catastrophe. Depuis son lancement fin 2021, le programme a contribué à protéger plus de 200 000 personnes contre les inondations à Bizerte, Monastir et Nabeul. Un financement additionnel de 50 millions de dollars, approuvé en février 2026, étendra la protection contre les inondations à Tunis, Gabès et Djerba. Des systèmes d’alerte précoce sont en cours de déploiement dans trois zones pilotes (Kébili, Ghardimaou et Grand Tunis) pour améliorer la préparation et la capacité de riposte. Une stratégie de financement des risques de catastrophe est en cours de finalisation, et un nouveau modèle actuariel a été élaboré pour faciliter l’assurance contre les catastrophes naturelles. Un décret portant création d’une structure permanente de résilience face aux catastrophes a été finalisé et soumis à l’approbation, afin de renforcer la gouvernance des risques en Tunisie.
Rapport sur la croissance et l’emploi en Tunisie
Le Rapport sur la croissance et l’emploi en Tunisie, récemment finalisé, souligne la nécessité de préserver la viabilité budgétaire et de favoriser la concurrence afin de stimuler la croissance et l’emploi à long terme. Il est en outre indispensable de diversifier la composition du financement souverain et de rééquilibrer la fiscalité et l’emploi au sein du secteur public. Compte tenu du niveau élevé de la dette, le gouvernement devrait entreprendre des réformes des recettes et des dépenses afin de garantir la viabilité budgétaire et de gérer les risques budgétaires. La Banque mondiale fournit déjà une assistance technique en matière de gestion de la dette.
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