Programme de Protection Sociale Adaptative au Sahel

Impacts sur l'économie, la productivité et l'autonomie

The World Bank

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Au Sahel, des ressources limitées et un accès restreint aux marchés, aggravés par des chocs fréquents, rendent difficile pour beaucoup – en particulier pour les jeunes et les femmes – l’accès à des emplois productifs, la diversification des sources de revenus ou la progression vers l’autonomie. La protection sociale adaptative (PSA) peut stimuler l’emploi en permettant aux populations pauvres et vulnérables de gravir les échelons de l’opportunité économique : stabiliser la consommation, investir dans la nutrition et la santé, acquérir de nouvelles compétences et réaliser des investissements favorisant un travail plus productif et la diversification des moyens de subsistance. Les interventions de PSA génèrent des gains à l’échelle de l’économie en plus de renforcer les voies vers l’emploi et l’autonomie pour les plus démunis, dans un contexte où les données probantes mettent en évidence de manière croissante des impacts significatifs sur la productivité et la résilience à travers le Sahel

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    Fournir des ressources aux populations pauvres et vulnérables déclenche d’importants effets économiques positifs, bien au-delà des bénéficiaires directs

     

     Lorsqu’ils bénéficient de programmes de PSA, les ménages consacrent ces ressources à l’achat de denrées alimentaires, à l’éducation, aux soins de santé ou à des services ; à l’investissement dans des biens durables ou des actifs productifs ; ainsi qu’au respect de leurs engagements au sein les réseaux locaux. Un agriculteur bénéficiaire au Tchad pourrait employer des ouvriers pour augmenter la production dans son champ de manioc, acheter des outils auprès de commerçants locaux ou se procurer des semences auprès de fournisseurs nationaux. Ces achats profitent aux commerçants, aux ouvriers travaillant dans les exploitations locales, aux magasins, ateliers et prestataires de services – des personnes au-delà des bénéficiaires du programme. Les producteurs répondent en travaillant davantage, en embauchant plus et en s’approvisionnant davantage. Ils dépensent ensuite leurs propres revenus accrus dans les mêmes marchés. Chaque transaction prolonge la chaîne. C’est pourquoi les filets sociaux productifs peuvent stimuler l’ensemble des économies locales, et pas seulement les ménages recevant un soutien direct du programme. Plus largement, les échanges locaux se relient aux marchés de district, qui eux-mêmes se connectent aux chaînes d’approvisionnement nationales, transformant un simple transfert en un vaste réseau de gains économiques.

    Pour comprendre ces effets de retombée, la méthodologie LEWIE analyse la manière dont l’argent circule dans l’économie (directement et indirectement) et comment chaque cycle de dépenses alimente le suivant. En termes simples, elle mesure la réaction en chaîne déclenchée par chaque dollar transféré. Les évaluations à travers l’Afrique montrent systématiquement des résultats importants : les filets sociaux entraînent des augmentations de 133 à 250 % des revenus locaux par dollar investi. Au Sénégal, les résultats préliminaires suggèrent que les investissements dans le programme national de filets sociaux (PNBSF) ont conduit à une augmentation de 151 % dans l’économie locale. Globalement, le PNBSF peut être crédité d’avoir contribué à environ 13 % de la réduction de l’extrême pauvreté observée entre 2011 et 2019 dans le pays. Au Burkina Faso, chaque FCFA investi a généré 1,7 à 2 FCFA de revenus locaux après un seul cycle d’impacts. Au Tchad, les effets de retombée d’une intervention d’inclusion économique à faible coût ont montré que les ménages vivant à proximité des bénéficiaires ont connu une meilleure consommation alimentaire (environ +9 %) et une augmentation de l’épargne (la participation aux groupes d’épargne passant de 30 à 40 %), soulignant comment ils ont bénéficié indirectement du programme.

    Dans l’ensemble, les données du FMI montrent que la redistribution n’est pas seulement équitable, mais qu’elle renforce également la performance macroéconomique : lorsque la part des revenus des 10 % les plus pauvres augmente, la croissance nationale se renforce ; en revanche, lorsque les gains se concentrent davantage chez les 20 % les plus riches, la croissance est plus faible. Et les recherches menées jusqu’à présent ont confirmé qu’aucune inflation significative des prix n’a été observée lorsque les programmes ont été mis en œuvre dans des zones où les marchés fonctionnent ; au contraire, les marchés sont devenus plus dynamiques (voir également cet aperçu de l’IFRPI ou le rapport succinct de l’UNICEF).

    Lorsque des programmes qui favorisent la résilience des populations pauvres et vulnérables profitent également à l’économie locale et nationale, c’est un double gain : un investissement productif offrant un rendement élevé sur les deux fronts.

     

    Dernière mise à jour: févr. 28, 2026

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    Une combinaison intelligente de mesures pour répondre à de multiples contraintes et libérer le potentiel économique à grande échelle

     

    À travers le Sahel, les ménages pauvres et vulnérables évoluent dans des conditions structurelles qui rendent le progrès économique extrêmement difficile, particulièrement pour les jeunes et les femmes : climats très variables, marchés et infrastructures limités, actifs financiers et productifs restreints, charge psychologique de la pauvreté persistante qui érode les aspirations, et quasi-absence d’accès à l’emploi formel. La plupart des ménages dépendent de l’agriculture de subsistance ou de petites activités à faible rendement dans l’agriculture ou le commerce, souvent sans le capital, les compétences ou les connexions nécessaires pour se développer. Les normes sociales discriminatoires ou excluantes, l’isolement géographique et l’exposition aux chocs limitent encore davantage la capacité des populations à prendre des risques ou à diversifier leurs activités.

    Les interventions d’inclusion économique ont montré des impacts positifs et durables, et les gouvernements investissent de plus en plus dans ces programmes de PSA. En s’attaquant à la nature multifacette de la pauvreté, elles permettent aux ménages les plus pauvres de générer des revenus significatifs et durables — en leur permettant ainsi d’accéder au premier échelon de l’échelle des opportunités. Les interventions d’inclusion économique (également appelées inclusion productive, programmes de graduation ou de résilience) sont souvent complémentaires aux programmes de filets sociaux de base, ou directement intégrées à ceux-ci. Ces interventions s’appuient généralement sur un soutien régulier, auquel se superposent différentes mesures telles que : la mobilisation communautaire, la formation et le coaching individuel et collectif, la mise en place de groupes d’épargne et de crédit afin de renforcer l’éducation financière et d’encourager la solidarité, la formation aux compétences de vie et au micro-entrepreneuriat, la facilitation de l’accès aux marchés, ainsi qu’une subvention productive servant de capital de départ pour permettre aux ménages de créer ou de développer leurs activités génératrices de revenus.

    Les données émergentes soulignent le rôle essentiel du soutien psychosocial dans ces interventions. Avec l’appui de PPSAS, la production de données probantes rigoureuses montre que la combinason des composantes économiques traditionnelles et d'interventions psychosociales bien conçues peut ouvrir des trajectoires plus durables de sortie de l’extrême pauvreté. En abordant à la fois les contraintes de capital et les obstacles psychosociaux tels que les aspirations, la confiance et le stress, ces approches intégrées produisent des impacts plus forts et plus rentables, renforçant l’intérêt d’intégrer des composantes psychosociales dans les programmes d’inclusion économique pilotés par l’État.

    En outre, adapter les programmes et systèmes de PSA pour mieux servir les populations mobiles est d’une grande importance pour améliorer les résultats économiques au Sahel. En plus des ajustements mentionnés sur notre page Bien-être, Résilience et Cohésion Sociale, adapter le contenu et la mise en œuvre des interventions d’inclusion économique à la réalité des populations mobiles peut nécessiter de privilégier des compétences transférables vers les localités de destination. En effet, les compétences étroitement liées aux moyens de subsistance ruraux peuvent avoir une valeur limitée pour les participants susceptibles de migrer vers les zones urbaines. Il peut également être pertinent de soutenir des investissements pouvant accompagner les personnes, notamment pour les participants envisageant une mobilité dans un futur proche. L’une des forces des interventions d’inclusion économique réside dans leur flexibilité : leur capacité à s’adapter aux contraintes et aux aspirations spécifiques de leurs participants.

     

    Dernière mise à jour: févr. 28, 2026

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    Les interventions d'inclusion économique de la PSA sont efficaces, durables et rentables

    Le PPSAS a permis de constituer l’une des bases de données probantes les plus complètes sur la PSA dans des contextes à faible revenu et fragiles tout en accompagnant plus de 200 000 personnes (dont 78 % de femmes) et leurs ménages. Les interventions ont démontré qu’elles pouvaient fonctionner à grande échelle en utilisant les mécanismes de mise en œuvre gouvernementaux. Les gouvernements intègrent des mesures productives dans leurs systèmes de PSA : le Tchad les inclut dans son programme national prévu de filets sociaux productifs; le Mali déploie une composante emploi et productivité pour les femmes et les jeunes ; la Mauritanie élargit sa couverture ; et le Sénégal étend à l’échelle nationale le modèle Yokk Koom Koom. Ces diverses approches reflètent les priorités nationales, mais reposent toutes sur la même évidence solide : l’inclusion productive fonctionne, elle est rentable et peut être déployée à grande échelle via les systèmes nationaux.

    Les preuves sont compilées à partir d’un solide portefeuille de pilotes, d’évaluations d’impact et de revues de processus au Burkina Faso, en Mauritanie, au Niger, au Sénégal et au Tchad. Bien que les impacts varient selon le contexte, les résultats sont convaincants. Un aspect critique est que ces impacts sont durables dans le temps : les résultats étaient encore observables 18 mois après la fin du programme au Burkina Faso, en Mauritanie et au Niger, et 36 mois après la fin du programme au Sénégal (les résultats pour le Tchad ont été mesurés sur une fenêtre d’évaluation plus courte).

    Résilience et gains de consommationDiversification des revenusPossession d'entreprise
    Au Tchad, en Mauritanie et au Niger, la consommation des ménages a augmenté de 8 à 15 %. Cette hausse se maintient jour après jour et permet aux ménages d’améliorer leur nutrition, leur santé, leur éducation et leurs conditions de vie. La participation aux groupes d’épargne ainsi que l’épargne des bénéficiaires ont également augmenté.Les ménages ont investi de manière significative dans des activités non agricoles, ce qui a contribué à réduire leur dépendance à l’agriculture et à mieux résister aux chocs climatiques. Au Niger, par exemple, les revenus ont fortement augmenté (jusqu’à 107 %, voir la figure ci-dessous), avec des impacts particulièrement marqués pour les activités hors exploitation agricole, indiquant une expansion vers des moyens de subsistance non agricoles et un effet durable 18 mois après l’intervention.
    En Mauritanie, au Niger et au Sénégal, une part beaucoup plus importante de ménages possédait une entreprise après le programme : environ 10 à 18 ménages supplémentaires sur 100. Les investissements ont le plus augmenté au Sénégal (+71 USD/an), suivis de la Mauritanie (+34 USD) et du Niger (+13 USD), avec peu de changements au Burkina Faso (où les effets ont été plus marqués sur l’épargne, dans un contexte de forte insécurité).


    Autonomisation des femmes et cohésion socialeRentabilité
    Optimisation du programme
    78 % des participants étaient des femmes, qui ont déclaré disposer d’un plus grand pouvoir de décision et d’aspirations élargies. Les programmes ont également amélioré le bien‑être psychosocial, la santé mentale, le sentiment de valeur personnelle, la qualité des relations intrafamiliales et la confiance au sein de la communauté, en particulier dans le Niger rural.
    Le coût des programmes variait entre 250 et 575 USD par bénéficiaire, bien en dessous des modèles plus élaborés déployés dans d’autres régions, mais les impacts directs ont dépassé les coûts dès 18 mois au Niger et au Sénégal. Les seuls impacts sur la consommation étaient 1,2 à 2,1 fois supérieurs aux coûts, démontrant un fort retour sur investissement. Les impacts supplémentaires sur les actifs productifs et les économies locales renforcent encore ces retours.
    Les composantes psychosociales favorisant la sensibilisation communautaire et les compétences de vie ont considérablement amplifié les impacts, avec des retours particulièrement élevés au Niger et au Sénégal — soulignant la nécessité de traiter à la fois les contraintes financières et psychosociales.

    Avec la PSA, les pays du Sahel créent les infrastructures pour la résilience, les compétences et l’emploi, aidant les populations à gravir les échelons et à façonner un avenir plus inclusif.

     

    Dernière mise à jour: févr. 28, 2026


Regardez cette vidéo sur les mesures productives au Sahel




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