NOTE

Ebola : l’urgence de la relance de l’agriculture en Guinée, au Libéria et en Sierra Leone

12 février 2015

Image

(Credit: Hoel)



Depuis le premier cas d’Ebola signalé en décembre 2013, les populations de la Guinée, du Libéria et de Sierra Leone ont payé un lourd tribut. Plus de 21 000 personnes ont été infectées, 8 000 sont décédées, de nombreuses familles ont perdu les personnes qui assuraient leur subsistance et beaucoup d’enfants sont désormais orphelins. Alors même que l’épidémie semble marquer le pas, une possible mutation du virus suscite de nouvelles inquiétudes, tandis que les pertes économiques s’accumulent. Selon les dernières estimations du Groupe de la Banque mondiale, les pertes de croissance dues à l’épidémie se chiffreront en 2015 à 1,6 milliard de dollars pour les trois pays.  

Les secteurs agricole et alimentaire sont les piliers économiques de ces pays. L’épidémie d’Ebola risque d’accentuer la pauvreté et la faim, en particulier dans les zones rurales les plus défavorisées. L’exode des ouvriers agricoles et l’impossibilité de travailler en groupe par peur de la contagion, dans les zones affectées comme dans celles qui ne le sont pas, ont perturbé les récoltes et risquent d’aggraver encore plus la crise. Soutenir le secteur agricole sera par conséquent essentiel pour favoriser la relance économique, mais aussi pour assurer durablement le bien-être des plus pauvres dans ces trois pays.

Depuis mi-2014, la croissance nulle ou négative des trois pays enfonce toujours plus les populations dans la pauvreté. En 2014, le taux de croissance de la Guinée est tombé à 0,5 %, contre 4,5 % avant l’apparition de l’épidémie. Au Libéria, la progression du PIB n’a été que de 2,2 % alors que les prévisions étaient de 5,9 %. Enfin, la croissance de la Sierra Leone a été gravement amputée, tombant à 4 % par rapport à une prévision de 11,3 %.


L’impact d’Ebola sur la faim et sur la sécurité alimentaire

L’insécurité alimentaire est un problème de longue date dans ces trois pays d’Afrique de l’Ouest, et l’épidémie d’Ebola fait peser une menace encore plus forte sur les populations les plus pauvres et vulnérables. Plus d’un million de personnes risquent ainsi de souffrir de la faim.

·        Guinée : plus de 230 000 personnes sont en situation d’insécurité alimentaire, mais elles risquent d’être 470 000 en mars 2015 si rien n’est fait. La production de riz a baissé de 20 %, les récoltes de blé ont été réduites de 25 %, celles de café de moitié et celles de cacao d’un tiers.

·        Libéria : on estime qu’une insécurité alimentaire grave affecte plus de 170 000 habitants du pays, un nombre qui pourrait grimper à 300 000 personnes. L’augmentation des prix des denrées de base a exacerbé la propagation de l’insécurité alimentaire tandis que la pénurie de main-d’œuvre perturbe toujours les récoltes (selon un récent sondage téléphonique, près de 65 % des foyers agricoles redoutent une récolte inférieure à celle de l’année précédente).                                                                                  

·        Sierra Leone : plus de 120 000 personnes sont en situation d’insécurité alimentaire et, d’ici mars 2015, elles pourraient être 280 000. Lors d’un récent sondage téléphonique, plus des deux-tiers des foyers interrogés déclaraient avoir dû trouver des moyens pour se mettre à l’abri de la faim. Kailahun, l’un des épicentres de l’épidémie, est aussi la région agricole la plus productive du pays.

Un programme d’urgence pour relancer l’agriculture

Pour répondre à la crise Ebola, le Programme de productivité agricole en Afrique de l’Ouest (WAAPP), l’un des projets régionaux en cours de la Banque mondiale, s’est associé au Conseil Ouest et Centre africain pour la recherche et le développement agricoles (CORAF/WECARD) afin de déployer des équipes sur le terrain en vue d’évaluer les besoins. Ces équipes se sont employées à trouver des fournisseurs de semences, à collaborer avec le Centre du riz pour l’Afrique (CGIAR) pour multiplier les semences de base, et enfin à organiser la distribution de semences et d’engrais. Toutes ces actions avaient pour but de fournir aux agriculteurs des trois pays touchés par l’épidémie d’Ebola les produits nécessaires avant le début de la période des semis, début avril 2015.

Dans le cadre de sa réponse d’urgence à la crise Ebola et pour soutenir les mesures de reprise économique, la Banque mondiale a alloué un financement d’urgence de 15 millions de dollars destiné à lutter contre la faim et à relancer l’agriculture dans les trois pays les plus touchés par l’épidémie. Ce financement permettra de livrer 9 000 tonnes de semences certifiées et 1 500 tonnes de semences de base à 200 000 agriculteurs pour leur permettre de planter du maïs et du riz et, ainsi, faire redémarrer l’économie agricole et assurer la satisfaction des besoins alimentaires à l’échelle locale. Cette nouvelle initiative aidera aussi les agriculteurs de ces pays à remettre sur pied leurs actifs.

La Banque mondiale a défini les étapes de préparation et de mise en œuvre de ce plan avec ses partenaires de développement, notamment l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) et le Programme alimentaire mondial (PAM). Le plan a été présenté aux participants de la réunion annuelle du Réseau de prévention des crises alimentaires au Sahel, qui s’est tenue au siège de l’Union européenne à Bruxelles le 17 décembre 2014. Cette initiative bénéficie en outre du soutien important de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO).