Moyen-Orient & Afrique du Nord - Vue d'ensemble

La région du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord est actuellement le théâtre de très graves troubles. La Syrie, l’Iraq, la Libye et le Yémen sont plongés dans des guerres civiles auxquelles les populations payent un lourd tribut, sans compter les dommages incalculables causés aux infrastructures. Quinze millions de personnes ont dû fuir leur patrie, souvent pour gagner des pays fragiles ou dans des situations économiques difficiles, tels que la Jordanie, le Liban, Djibouti et la Tunisie, provoquant ainsi la pire crise de réfugiés depuis la Seconde Guerre mondiale. Le conflit que traverse le Yémen a notamment anéanti plusieurs années de développement. Par ailleurs, à Gaza, les blocus et les escalades de violences à répétition amputent le produit intérieur brut de 40 % et sont à l’origine d’un taux de chômage record dans le monde. Les pays qui sont en phase de transition politique, à savoir l’Égypte, la Tunisie, le Maroc et la Jordanie, sont contraints de faire face aux menaces qui pèsent sur leur sécurité, au détriment de politiques soutenant la croissance. Les pays exportateurs de pétrole relativement à l’abri des violences, c’est-à-dire l’Algérie, l’Iran et les États du Conseil de coopération du Golfe, sont quant à eux confrontés à la baisse des prix pétroliers, au chômage chronique chez les jeunes et à l’absence de diversification économique. Cependant, le consensus politique entourant la nouvelle Constitution en Tunisie et les amendements introduits dans la Constitution et la législation en Égypte, en Jordanie et au Maroc pour octroyer davantage de droits aux femmes et protéger la liberté d’expression et d’information sont autant de signes que les citoyens prennent une part de plus en plus active à l’élaboration des politiques.

PERSPECTIVES ÉCONOMIQUES

Alors que les performances économiques mondiales ont été en-deçà des attentes au quatrième trimestre 2015 et que la prévision de croissance annuelle établie en janvier 2016, de 2,9 %, risque d’être revue à la baisse, les perspectives de la région MENA restent moroses, autour de 3 % en 2016. La modestie de ces prévisions doit être imputée à différents facteurs, parmi lesquels les guerres civiles et l’afflux des réfugiés, les attaques terroristes, la faiblesse des cours du pétrole et une économie mondiale qui peine à décoller. Depuis 2013, la région n’a pas pu s’extraire de cette spirale de croissance molle, à cause notamment des conflits et des guerres. Tous ces facteurs risquent de compromettre les perspectives économiques à court terme, à moins de progrès sur le front de la paix. Si la trêve récemment obtenue en Syrie et les discussions de paix en cours au Yémen et en Libye débouchaient sur des résultats concrets, réduisant au passage le risque de contagion aux autres pays, la croissance de la région MENA sur la période de prévision (2017 et 2018) pourrait se redresser. Le PIB par habitant pourrait ainsi frôler la barre des 4 % ces deux années-là, encore bien en-deçà des performances passées. Si elle devait perdurer, cette atonie de la croissance rejaillirait sur le niveau global de chômage, qui se situe déjà à 12 %, et sur les revenus des ménages dans la région.

En dépit du fléchissement des cours, l’ensemble des pays importateurs de pétrole verront leur croissance céder 0,8 point de pourcentage par rapport à 2015, à 2,6 % en 2016. Un rebond, à respectivement 3,4 et 3,8 %, est attendu pour 2017 et 2018. La persistance des problèmes de sécurité et le ralentissement de l’activité touristique et des transferts de fonds des migrants font partie des multiples facteurs expliquant cette contreperformance. Les déficits budgétaires des pays importateurs de pétrole et leur niveau d’endettement restent élevés. Au Liban, la dette publique devrait se creuser de 7 % du PIB en 2016, alors qu’elle se situe déjà à 138 %.

L’ensemble des pays exportateurs de pétrole, y compris les six membres du Conseil de coopération du Golfe, seront pénalisés par des cours bloqués à des niveaux plancher. Dans les pays du Golfe, la croissance devrait retomber à 2,2 % en 2016, contre 3,1 % en 2015, avant de se redresser légèrement en 2017 et 2018. Mais leurs performances sont déjà deux fois moins bonnes qu’en 2014, ce qui souligne le poids surdimensionné du pétrole dans leur dynamique économique. Parmi les autres exportateurs de pétrole, la Libye et l’Iraq devraient enregistrer d’importants déficits en 2016, de respectivement 59,9 et 20 % du PIB, rendant la situation difficilement tenable sans s’engager dans la réforme des dépenses. L’Iran devrait quant à lui profiter de la levée des sanctions dès 2016 et au-delà. Il cherche à renouer avec ses niveaux d’exportation de pétrole d’avant les sanctions, autour de 2,4 millions de barils par jour. En 2016 et 2017, cela devrait permettre à la croissance de franchir la barre des 4 % , même si l’essentiel de cet essor continue d’être lié à l’or noir. Selon les estimations de la Banque mondiale, la croissance de l’ensemble des pays exportateurs de pétrole devrait quelque peu s’accélérer en 2016 et 2017, portée par le rebond de la production en Iran, en Iraq et en Libye.

Dernière mise à jour: 30 mars 2016

Étant donné la situation de conflit et de fragilité qui caractérise aujourd’hui le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord, le Groupe de la Banque mondiale a lancé en octobre 2015 une nouvelle stratégie régionale qui, au lieu de considérer que les conflits et les violences feraient partie des fondamentaux de la région et d’agir en fonction, fait de la promotion de la paix et de la stabilité sociale un élément central. Cette nouvelle stratégie repose sur quatre piliers qui s’attachent à traiter les causes sous-jacentes des conflits et des violences et à s’attaquer à leurs conséquences par le biais d’interventions de développement qui favorisent l’inclusion économique et sociale et le partage de la prospérité. Ces piliers sont les suivants :

  • la rénovation du contrat social, pour créer un nouveau modèle de développement reposant sur une plus grande confiance des citoyens, une protection plus efficace des personnes pauvres et vulnérables, une offre de services publics plus inclusive et responsable et le renforcement du secteur privé afin de créer des emplois et des opportunités pour les jeunes de la région ;
  • la coopération régionale, en particulier autour de biens publics et de secteurs qui sont communs aux pays de la région (éducation, eau et énergie), avec l’objectif de favoriser une confiance et une collaboration accrues entre eux ;
  • la résilience aux chocs migratoires, pour soutenir le bien-être des réfugiés, des personnes déplacées à l’intérieur de leur pays et des communautés d’accueil en s’efforçant d’instaurer la confiance et de développer leurs ressources ;
  • la reconstruction et la reprise, grâce à une approche dynamique qui associe les partenaires extérieurs, mobilise des financements massifs et anticipe le retour de la paix en appuyant un développement de long terme au-delà de la réponse humanitaire.

Pour mettre en œuvre cette stratégie, le Groupe de la Banque mondiale approfondit et étend sa collaboration avec des acteurs nationaux, régionaux et mondiaux, et notamment avec la Banque islamique de développement. En ce qui concerne les financements, il continuera d’amplifier ses investissements dans la région, tout en s’attachant prioritairement à mobiliser des ressources à l’échelle mondiale afin d’introduire les dispositifs innovants qui permettront de répondre aux immenses besoins de financement de la région. Enfin, ses travaux d’analyse (dans le cadre notamment de services de conseil remboursables, actuellement en essor dans la région) devront permettre d’éclairer la stratégie et de mobiliser les soutiens en sa faveur, mais aussi de guider son programme d’investissements (plutôt que d’intervenir a posteriori).

FINANCEMENTS ET TRAVAUX ANALYTIQUES RÉCENTS

Le montant des financements de la BIRD/IDA pour la région MENA est passé de 2,8 à 3,5 milliards de dollars entre les exercices 2014 et 2015. Il devrait atteindre 5,2 milliards de dollars pour l’exercice 2016. Cette hausse découle de l’augmentation des financements à l’appui des politiques de développement pour l’Iraq et l’Égypte ainsi que d’une opération d’urgence pour l’Iraq visant à financer la reconstruction des infrastructures détruites pendant le conflit et à rétablir les services publics dans les zones contrôlées par le gouvernement. Plusieurs études analytiques ont été récemment consacrées à des questions clés pour les transitions politiques en cours dans la région. Le rapport Jobs or Privileges: Unleashing the Employment Potential of the Middle East and North Africa montre comment les politiques qui étouffent la concurrence de la région MENA freinent également le développement du secteur privé et la création d’emplois. Le rapport Confiance, voix au chapitre et mesures incitatives : Tirer des leçons du succès dans la prestation de services au niveau local au Moyen-Orient et en Afrique du Nord souligne combien le manque de responsabilisation interne et externe, caractéristique des décideurs et des administrations de la région MENA, sape les incitations à mettre en œuvre les politiques et à obtenir de bons résultats ; il montre comment contrecarrer cet engrenage fatal. Le rapport conjoint Banque mondiale/HCR The Welfare of Syrian Refugees: Evidence from Jordan and Lebanon évalue l’état de pauvreté et de vulnérabilité dans lequel les trouvent les réfugiés syriens en Jordanie et au Liban, passe en revue les politiques déployées en leur faveur, pour apprécier leur efficacité, et s’intéresse à d’éventuelles alternatives.

Dernière mise à jour: 30 mars 2016

Le Groupe de la Banque mondiale continue d’intervenir dans une grande variété de secteurs du développement tout en s’attachant plus particulièrement à aplanir les difficultés créées par les crises que connaissent de nombreux pays de la région MENA. En Jordanie, la Banque mondiale soutient la délivrance de services aux communautés qui accueillent jusqu’à 40 % de réfugiés syriens. Au Liban, 80 000 personnes touchées par le conflit syrien ont bénéficié en 2015 du Projet d’urgence pour les services municipaux, dont c’était la première année d’exécution. En Égypte, le prêt de 300 millions de dollars approuvé en 2014 pour améliorer l’accès des micro- et petites entreprises au crédit avait soutenu fin 2015 plus de 130 000 structures, dont 37 % détenues par des femmes. Le prêt d’urgence de 200 millions pour investir dans les secteurs intensifs en main-d’œuvre, approuvé en 2012, a permis de réhabiliter plus de 7 000 salles de classe et 160 centres pour les jeunes, de remettre en état plus de 130 kilomètres de routes rurales et de déblayer plus de 3 000 kilomètres de canaux. Avec le Projet d’urgence en faveur de l’emploi, il a créé 14 millions de jours de travail pour 80 000 femmes et jeunes gens. Au Maroc, la Banque mondiale a contribué à la modernisation de 12 600 kilomètres de routes rurales, ce qui a permis de désenclaver les zones en retard en améliorant leur accessibilité, de 54 % en 2005 à 78 % en 2015. La Tunisie a lancé son portail Mizaniatouna (« Notre budget ») pour améliorer la transparence budgétaire, puisque toutes les informations produites par le gouvernement tunisien depuis 2008 y sont désormais consultables, conformément aux revendications de la population pour plus de responsabilité et d’accès. En Cisjordanie et à Gaza, 1,7 million d’habitants (soit 40 % de la population) bénéficient d’un approvisionnement en eau de meilleure qualité depuis 2013. À Djibouti, le projet d’électricité urbaine de Balbala a permis d’installer des réverbères, des transformateurs et 4 000 lignes électriques privées, qui profitent à 27 000 résidents, tandis que le projet de protection sociale a recruté 10 000 femmes en 2015 pour des services communautaires rémunérés.

Le Groupe de la Banque mondiale a renforcé sa collaboration avec les bailleurs de fonds bilatéraux et multilatéraux, les banques régionales de développement, les institutions financières islamiques et les pays donateurs émergents. Les partenaires moins traditionnels sont tout aussi essentiels : l’un des enseignements les plus nets du réveil politique de ces dernières années est la nécessité urgente d’aller plus systématiquement au-devant de la société, et notamment des milieux associatifs et universitaires, des ONG et du secteur privé.





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