Moyen-Orient & Afrique du Nord - Vue d'ensemble

La région du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord est actuellement le théâtre de très graves troubles. La Syrie, l’Iraq, la Libye et le Yémen sont plongés dans des guerres civiles auxquelles les populations payent un lourd tribut, sans compter les dommages incalculables causés aux infrastructures. Quinze millions de personnes ont dû fuir leur patrie, souvent pour gagner des pays fragiles ou dans des situations économiques difficiles, tels que la Jordanie, le Liban, Djibouti et la Tunisie, provoquant ainsi la pire crise de réfugiés depuis la Seconde Guerre mondiale. Le conflit que traverse le Yémen a notamment anéanti plusieurs années de développement. Par ailleurs, à Gaza, les blocus et les escalades de violences à répétition amputent le produit intérieur brut de 40 % et sont à l’origine d’un taux de chômage record dans le monde. Les pays exportateurs de pétrole relativement stables, c’est-à-dire l’Algérie, l’Iran et les États du Conseil de coopération du Golfe (CCG), sont quant à eux confrontés à la baisse des prix pétroliers, au chômage chronique des jeunes et à l’absence de diversification économique. Cependant, les évolutions politiques en Tunisie, au Maroc et en Jordanie sont autant de signes que les citoyens prennent une part de plus en plus active à l’élaboration des politiques.

PERSPECTIVES ÉCONOMIQUES

L’année 2016 devrait être l’une des plus dures pour la région MENA, vu la gravité des défis politiques auxquels sont confrontés les gouvernements des pays concernés. Les pays exportateurs de pétrole doivent arriver à gérer budgets et stratégies de diversification alors que le baril reste bloqué sous la barre des 45 dollars. Pour les pays importateurs de pétrole, la difficulté de l’environnement sociopolitique et les retombées des différents conflits compliquent singulièrement l’assainissement budgétaire. Confrontés à des cours du pétrole obstinément faibles, une diminution de leurs rentrées fiscales et un manque de devises, les gouvernements des pays de la région MENA ont été contraints d’adopter des mesures d’austérité impliquant notamment de tailler dans les dépenses courantes et d’investissement. L’Arabie saoudite serait ainsi en passe d’annuler des projets estimés à plus de 20 milliards de dollars. Une telle situation s’explique par les ravages provoqués dans ces économies par les conflits et les guerres en Syrie, en Iraq, en Libye et au Yémen, ainsi que par la crise des réfugiés, qui réduit les marges de manœuvre budgétaire dans les pays voisins. Sans compter que le secteur privé s’essouffle et peine à jouer son rôle habituel de création d’emplois pour absorber les nombreux chômeurs de la région. Selon les dernières données sur les marchés du travail, le taux de chômage reste résolument élevé en 2016 en Égypte, Iran, Iraq, Jordanie, Maroc et Tunisie. Pour la quatrième année consécutive, le taux de croissance du PIB en volume des pays de la région MENA se maintient à son étiage, autour de 2,7 %, soit un demi-point de pourcentage en deçà des dernières estimations d’avril 2016.

Au cours des deux prochaines années, la croissance régionale devrait se redresser légèrement, à 3,2 et 3,6 %, portée par la poursuite de politiques budgétaires saines, l’introduction de réformes et les efforts de diversification économique en dehors des hydrocarbures. Comme en 2015, le déficit budgétaire de la région devrait se maintenir à 9,1 % du PIB en 2016. Pour autant, les trois sous-groupes de pays (États du CCG, pays en développement exportateurs de pétrole et pays importateurs de pétrole) continueront d’enregistrer d’importants déficits en 2016 et pendant les deux années suivantes, même si les perspectives laissent envisager une amélioration.

Dans les pays exportateurs de pétrole, la croissance restera atone, plombée par le brusque ralentissement dans les États du CCG, qui devraient voir leur croissance retomber à 1,8 % en 2016, soit deux fois moins qu’en 2015. La faiblesse persistante des cours du pétrole oblige les gouvernements à prendre des mesures d’austérité, qui se traduisent surtout par une baisse des dépenses, notamment d’investissement. D’autant que si les pays membres de l’OPEP ne parviennent pas, lors de leur réunion de septembre, à plafonner la production, les prix pourraient continuer à refluer. La compression des dépenses a également freiné l’essor du secteur non pétrolier. En Algérie et à Oman, le taux de croissance s’établirait à 3,7 % en 2016, contre respectivement 5 et 7 % l’an dernier. L’activité économique des pays en développement exportateurs de pétrole dans la région est doublement touchée, par l’effondrement des cours du pétrole et par les guerres civiles. Certaines estimations tablent sur un retour à une croissance positive en 2016 (contre -0,3 % l’année précédente), faisant le pari d’une hausse de la production de pétrole en Iran et en Iraq. Plombés par le coût exorbitant du conflit, la faiblesse des cours pétroliers et un recul des échanges, ces deux pays connaissent de graves déséquilibres budgétaires et extérieurs.

Pour les pays en développement importateurs de pétrole, les perspectives, légèrement plus encourageantes, restent médiocres, car ils ont été durement touchés par les attentats terroristes, la contagion des conflits régionaux et un ralentissement des apports financiers en provenance des pays du Golfe. Globalement, leur croissance devrait chuter à 2,6 % en 2016, avant de rebondir quelque peu, à 3,5 % en moyenne tout au long de la période de prévision. Quant aux déficits budgétaires et des comptes extérieurs, ils ne montrent aucune tendance à l’amélioration.

Dernière mise à jour: 30 sept. 2016

Étant donné la situation de conflit et de fragilité qui caractérise aujourd’hui le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord, le Groupe de la Banque mondiale a lancé en octobre 2015 une nouvelle stratégie régionale. Au lieu de considérer que les conflits et les violences font partie des fondamentaux de la région et d’agir en fonction, cette nouvelle stratégie fait de la promotion de la paix et de la stabilité sociale un élément central. Elle s’articule autour de quatre piliers, qui s’attachent à traiter les causes sous-jacentes des conflits et des violences et à s’attaquer à leurs conséquences par le biais d’interventions de développement favorisant l’inclusion économique et sociale et le partage de la prospérité. Ces piliers sont les suivants :

(i)         la rénovation du contrat social, pour créer un nouveau modèle de développement reposant sur une plus grande confiance des citoyens, une protection plus efficace des personnes pauvres et vulnérables, une offre de services publics plus inclusive et responsable et le renforcement du secteur privé afin de créer des emplois et des opportunités pour les jeunes de la région ;

(ii)       la coopération régionale, en particulier autour de biens publics et de secteurs qui sont communs aux pays de la région (éducation, eau et énergie), avec l’objectif de favoriser une confiance et une collaboration accrues entre eux ;

(iii)     la résilience aux chocs migratoires, pour soutenir le bien-être des réfugiés, des personnes déplacées à l’intérieur de leur pays et des communautés d’accueil, en s’efforçant d’instaurer la confiance et de développer leurs ressources ;

(iv)     la reconstruction et la reprise, grâce à une approche dynamique qui associe les partenaires extérieurs, mobilise des financements massifs et anticipe le retour de la paix en appuyant un développement de long terme au-delà de la réponse humanitaire.

Pour mettre en œuvre cette stratégie, le Groupe de la Banque mondiale approfondit et étend sa collaboration avec des acteurs nationaux, régionaux et mondiaux, et notamment avec les Nations Unies et la Banque islamique de développement (BIsD). En ce qui concerne les financements, il continuera d’amplifier ses investissements dans la région, tout en s’attachant prioritairement — avec les Nations Unies et la BIsD — à mobiliser des ressources à l’échelle mondiale à travers une nouvelle initiative en faveur de la région MENA, afin de répondre aux immenses besoins de financement de la région. Enfin, ses travaux d’analyse (dans le cadre notamment de services de conseil remboursables, actuellement en essor dans la région) devraient permettre d’éclairer la stratégie et de mobiliser les soutiens en sa faveur, mais aussi de guider son programme d’investissements (plutôt que d’intervenir a posteriori).

FINANCEMENTS ET TRAVAUX ANALYTIQUES RÉCENTS

Le montant des financements de la BIRD/IDA pour la région MENA est passé de 2,8 et 3,5 milliards de dollars en 2014 et 2015 à 5,2 milliards de dollars pour l’exercice 2016. Cette hausse découle de l’augmentation des prêts à l’appui des politiques de développement pour l’Égypte et l’Iraq ainsi que d’une opération d’urgence pour l’Iraq visant à financer la reconstruction des infrastructures détruites pendant le conflit et à rétablir les services publics dans les zones contrôlées par le gouvernement. Les prêts consentis au cours du premier trimestre de l’exercice 2017 (juillet-septembre) devraient atteindre près d’un milliard de dollars, avec notamment le Projet d’intervention d’urgence en réponse à la crise au Yémen et une série d’opérations en faveur du Liban et de la Jordanie bénéficiant d’une allocation exceptionnelle de l’IDA au titre de la stratégie de réponse de la Banque mondiale à la crise des réfugiés syriens.

Plusieurs études analytiques ont été récemment consacrées à des questions clés pour les transitions politiques en cours dans la région. Le rapport Jobs or Privileges: Unleashing the Employment Potential of the Middle East and North Africa montre comment les politiques qui étouffent la concurrence de la région MENA freinent également le développement du secteur privé et la création d’emplois. Le rapport Confiance, voix au chapitre et mesures incitatives : Tirer des leçons du succès dans la prestation de services au niveau local au Moyen-Orient et en Afrique du Nord souligne combien le manque de responsabilisation interne et externe, caractéristique des décideurs et des administrations de la région MENA, sape les incitations à mettre en œuvre les politiques et à obtenir de bons résultats ; il montre comment contrecarrer cet engrenage fatal. Le rapport conjoint Banque mondiale/HCR The Welfare of Syrian Refugees: Evidence from Jordan and Lebanon évalue l’état de pauvreté et de vulnérabilité dans lequel se trouvent les réfugiés syriens en Jordanie et au Liban, passe en revue les politiques déployées en leur faveur pour apprécier leur efficacité et s’intéresse à d’éventuelles alternatives. En 2016, trois études régionales sont parues dans le cadre des Bulletins trimestriels d’information économique de la région MENA : « Les effets économiques de la guerre et de la paix », qui s’est penchée sur la situation en Iraq, en Syrie et dans les pays voisins immédiats ; « Reconstruire la Syrie dans une perspective de paix », centrée sur le coût de la reconstruction post-conflit ; et « Quid des prix du pétrole ? », qui propose une analyse des marchés pétroliers pour les cinq prochaines années.

La Banque mondiale continue d’intervenir dans une grande variété de secteurs du développement tout en s’attachant plus particulièrement à aplanir les difficultés créées par les crises que connaissent de nombreux pays de la région MENA. En Jordanie, elle soutient la délivrance de services aux communautés qui accueillent jusqu’à 40 % de réfugiés syriens. Au Liban, 243 000 personnes touchées par le conflit syrien ont bénéficié du Projet d’urgence pour les services municipaux au cours de ses 18 premiers mois d’exécution. Au Yémen, grâce au nouveau mécanisme de mise en œuvre mobilisant l’OMS et des agences des Nations Unies, les campagnes de distribution de médicaments pour les enfants d’âge scolaire, prévues au titre du projet de contrôle de la schistosomiase, ont pu reprendre. En Égypte, le prêt d’urgence de 200 millions de dollars pour des chantiers publics intensifs en main-d’œuvre, approuvé en 2012, a permis de réhabiliter plus de 8 500 salles de classe et 250 centres pour les jeunes, de remettre en état plus de 170 kilomètres de routes rurales et de déblayer plus de 3 000 kilomètres de canaux. Au Maroc, la Banque mondiale a contribué à la modernisation de 13 500 kilomètres de routes rurales et, en améliorant l’accessibilité des zones en retard, de 54 % en 2005 à 79 % en 2015, de les désenclaver. En Cisjordanie et à Gaza, 1,7 million d’habitants (soit 40 % de la population) bénéficient d’un approvisionnement en eau de meilleure qualité depuis 2013. À Djibouti, le projet d’électrification urbaine de Balballa a permis d’installer des réverbères, des transformateurs et 4 000 lignes électriques privées, qui profitent à 27 000 résidents.

Le Groupe de la Banque mondiale a renforcé sa collaboration avec les bailleurs de fonds bilatéraux et multilatéraux, les banques régionales de développement, les institutions financières islamiques et les pays donateurs émergents. Les partenaires moins traditionnels sont tout aussi essentiels : l’un des enseignements les plus nets du réveil politique de ces dernières années est la nécessité urgente d’aller plus systématiquement au-devant de la société, et notamment des milieux associatifs et universitaires, des ONG et du secteur privé.





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