Moyen-Orient & Afrique du Nord - Vue d'ensemble

Un instantané pris aujourd’hui de la région du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord (MENA) révèle une situation extrêmement contrastée. La Syrie, l’Iraq, la Libye et le Yémen sont plongés dans un conflit violent qui a détruit la vie des populations locales, les infrastructures et les économies nationales et n’épargne pas les pays voisins comme la Jordanie ou le Liban. Certains pays du « Printemps arabe », comme la Tunisie et l’Égypte, connaissent des transitions politiques délicates qui freinent leur croissance et aggravent les déséquilibres macroéconomiques. Dans les pays riches en pétrole ou les monarchies (qui peuvent aussi être pétrolières), le taux de croissance et la stabilité macroéconomique sont satisfaisants même si des difficultés sur le plan de l’emploi, de l’inadéquation des qualifications et de l’absence de diversification de l’activité se font jour.

Du point de vue du développement, quatre caractéristiques propres au contexte régional actuel méritent d’être soulignées. Premièrement, pratiquement tous les pays en développement de la région MENA affichent d’importants déficits budgétaires et extérieurs. Ces déficits sont pour l’essentiel financés grâce aux transferts en provenance des pays du Golfe, les partenaires historiques de la région en Europe et en Amérique du Nord ne représentant qu’une faible part. Ensuite, les problèmes structurels de la région qui creusent les déficits budgétaires — le poids financier de la fonction publique et les subventions aux carburants, coûteuses, régressives et sources de distorsion — ne sont que très rarement abordés, même si l’on observe des initiatives en ce sens en Égypte par exemple. Troisièmement et sur une note plus positive, le consensus politique entourant la nouvelle Constitution en Tunisie et les amendements introduits dans la Constitution et la législation en Égypte, en Jordanie et au Maroc pour octroyer davantage de droits aux femmes et protéger la liberté d’expression et d’information sont autant de signes que les citoyens prennent une part de plus en plus active à l’élaboration des politiques. Enfin, la guerre en Syrie, qui est entrée dans sa quatrième année, et l’escalade de violences en Iraq, en Libye et, plus récemment, au Yémen — sans oublier la menace que représente l’État islamique — ont provoqué des dégâts humains et matériels indicibles, avec un risque réel de contagion aux pays et aux régions voisins, qui pourrait compromettre les perspectives de développement à moyen terme de la région tout entière.

PERSPECTIVES ÉCONOMIQUES

Sur fond de redémarrage progressif de l’économie mondiale, la situation devrait rester stationnaire dans la région MENA, dont la croissance devrait ralentir en 2015, pour s’établir à 3,1 ou 3,3 % selon les estimations de la Banque mondiale ou des principaux prévisionnistes. C’est en deçà du niveau déjà faible de l’an dernier et sans guère de perspective d’accélération pour 2016. L’amélioration de la situation sécuritaire en Libye et une reprise des exportations de pétrole pourraient favoriser un rebondissement de la croissance régionale moyenne, à 4 à 5 % en 2016. Plusieurs facteurs expliquent cette morosité prolongée de la croissance : le conflit et l’instabilité politique durables en Syrie, en Iraq, en Libye et au Yémen, le fléchissement des cours du pétrole, qui tire vers le bas les performances des pays exportateurs, et la timidité avec laquelle les réformes sont mises en place, qui ne favorise pas la reprise des investissements. Si elle devait perdurer, cette situation rejaillirait sérieusement sur le niveau global de chômage, qui se situe déjà à 12 %, et sur la pauvreté dans la région. D’autant que la faiblesse des prix de l’or noir a touché de plein fouet les pays riches en pétrole de la région.

L’ensemble des pays exportateurs de pétrole devraient afficher une croissance voisine de 2,9 % en 2015. Les pays du Golfe pourraient perdre quelque 215 milliards de dollars de recettes pétrolières, l’équivalent de 14 % de leurs PIB combinés, et connaître un ralentissement de leur croissance économique, qui devrait s’établir dans une fourchette comprise entre 3,2 et 3,8 %, selon les estimations respectives de la Banque mondiale et des principaux prévisionnistes. Dans les pays en développement exportateurs de pétrole, la Banque mondiale table sur une croissance de 1 %, contre 6 % avant l’effondrement des prix du pétrole. Les difficultés budgétaires s’aggravent, la région affichant un déficit de 8 % du PIB en 2015, après quatre années d’excédents.

En 2015, la croissance de l’ensemble des pays en développement de la région MENA devrait ressortir à 2 %, une performance médiocre mais qui traduit un gain d’environ 0,5 point de pourcentage par rapport à 2014, grâce à des résultats meilleurs que prévu dans les pays importateurs de pétrole, qui pourraient progresser de 3,7 et 4,1 % en 2015 et 2016 (soit 1,5 point de pourcentage de plus environ qu’en 2014).

Dans l’hypothèse d’une baisse durable des prix du pétrole et d’une dégradation de la situation budgétaire dans les pays du Golfe, les transferts des migrants travaillant dans ces pays vers le reste de la région et, en particulier, l’Égypte, la Jordanie et le Yémen où ils constituent une importante source de revenus, pourraient ralentir. La Banque mondiale table néanmoins sur une croissance positive des transferts des migrants, mais probablement moins alerte qu’auparavant. Les apports d’aide des pays du Golfe au reste de la région MENA pourraient eux aussi diminuer, pénalisés par la faiblesse du prix du pétrole.

Les perspectives économiques de l’Iran, qui appartient au groupe des pays en développement exportateurs de pétrole, dépendent du moment où les sanctions seront effectivement levées à la suite de l’accord-cadre sur le nucléaire trouvé début avril. Elles sont aussi liées aux fluctuations des cours du pétrole. Ce premier accord, qui devrait déboucher sur un accord définitif fin juin, prévoit la levée totale des sanctions. L’activité économique pourrait alors redémarrer, avec un taux de croissance de 5 % attendu en 20161, et une amélioration sensible des conditions de vie de la population. Mais la manne pétrolière qui devrait en résulter risque, si elle n’est pas gérée prudemment, de créer un boum pétrolier et d’entraîner la surévaluation du taux de change réel et l’érosion de la compétitivité des secteurs marchands non pétroliers, qui constituent une source conséquente de devises. Elle pourrait aussi aggraver le chômage, puisque le secteur pétrolier n’est traditionnellement pas créateur d’emplois.

Pour les pays en conflit — Iraq, Libye, Syrie et Yémen — les perspectives économiques sont sombres. L’insurrection conduite par le groupe État islamique (EI) et le poids des dépenses militaires ont touché de plein fouet l’économie iraquienne. La croissance devrait être négative en 2015, après le recul de 0,5 % enregistré en 2014 sous l’effet du ralentissement de l’activité dans les zones passées sous contrôle de l’EI. La Libye est entrée en récession, les fortes perturbations dans le secteur pétrolier ayant interrompu les exportations, qui constituent une source majeure de recettes publiques et extérieures, sans oublier les conséquences du repli des cours. L’économie se serait contractée de 24 % en 2014, après un premier recul d’environ 14 % en 2013.

 

1 Les pays du groupe P5 + 1 et l’Iran ont publié une déclaration commune sur les principaux points d’entente du 2 avril. Les négociations entre toutes les parties se poursuivent, en vue d’un accord global en juin.

Dernière mise à jour: 31 mars 2015

Face à l’évolution de l’environnement politique dans la région, le Groupe de la Banque mondiale a élaboré un cadre stratégique d’intervention en 2012. Se fondant sur les demandes exprimées lors du Printemps arabe et sur les réformes en cours, ce cadre stratégique s’articule autour de quatre axes principaux : la création d’emplois, le renforcement de la gouvernance, l’accroissement des possibilités d’insertion socioéconomique et l’accélération de la croissance durable. Ces différents axes sont complétés par des thèmes transversaux : l’égalité hommes-femmes, l’intégration régionale et la promotion d’un secteur privé compétitif.

Le Groupe de la Banque mondiale a opté pour une approche en deux volets, se concentrant sur les besoins immédiats liés aux crises humanitaires dans les régions (réfugiés syriens ou reconstruction de Gaza par exemple) sans perdre de vue, en parallèle, les indispensables investissements pour le développement à moyen et long termes, la croissance solidaire et le renforcement des services. Le Groupe de la Banque mondiale a considérablement augmenté son aide, que ce soit sous forme de fonds, de connaissances ou grâce à ses capacités de mobilisation et ce, de plus en plus, en partenariat avec des Fonds arabes, des donateurs traditionnels, les Nations Unies et le FMI. La priorité est plus régulièrement accordée à des engagements débouchant sur des transformations susceptibles d’améliorer le climat d’investissement et de permettre l’essor du secteur privé mais aussi de systématiser la participation des citoyens et la collaboration avec la société civile dans tous ses domaines d’intervention. À terme cependant, étant donné l’évolution de la situation sur le terrain (qui est radicalement différente des conditions prévalant dans les mois qui ont suivi le Printemps arabe), le Groupe de la Banque mondiale envisage de revoir sa stratégie régionale pour obtenir un impact maximal. Cette nouvelle stratégie, en cours d’élaboration, visera à renforcer l’engagement du Groupe dans la région MENA, dans le double objectif de promouvoir une croissance et une prospérité partagée et de travailler avec des partenaires pour changer la donne. Ce faisant, le Groupe de la Banque mondiale entend mieux mobiliser la communauté internationale et ouvrir la voie à un développement socioéconomique durable des pays de la région MENA, considéré comme un bien public mondial.

FINANCEMENTS ET TRAVAUX ANALYTIQUES RÉCENTS

Le montant des financements de la BIRD/IDA a augmenté, passant de 2 milliards de dollars pour l’exercice 2013 à 2,8 milliards de dollars pour l’exercice 2014. Ils devraient atteindre 3,5 milliards de dollars pour l’exercice 2015. Le Groupe de la Banque mondiale a notamment mobilisé des ressources considérables afin d’aider les pays voisins de la Syrie. Plusieurs rapports analytiques ont été récemment consacrés à des questions clés pour les transitions politiques en cours dans la région.

Le rapport Jobs or Privileges: Unleashing the Employment Potential of the Middle East and North Africa montre comment les politiques qui étouffent la concurrence de la région MENA freinent également le développement du secteur privé et la création d’emplois. Le document consacré au climat de l’investissement dans les Territoires palestiniens, Investment Climate Assessment: Fragmentation and Uncertainty, démontre de manière empirique que l’instabilité politique liée au conflit, le régime militaire, les violences, la division politique et les obstacles à la circulation des personnes ainsi qu’à l’accès aux ressources et aux marchés constituent les principaux freins à la croissance économique. L’étude Over the Horizon: A New Levant identifie les complémentarités économiques entre sept pays du Levant et évalue les potentialités inexploitées dans les domaines de l’investissement et des échanges de biens et de services. Le rapport La Révolution inachevée : créer des opportunités, des emplois de qualité et de la richesse pour tous les Tunisiens constitue la première analyse exhaustive de l’économie tunisienne réalisée par la Banque mondiale depuis la révolution de 2011. Selon les auteurs, le pays doit réformer ses politiques d’investissement et de concurrence, son système financier, son droit du travail et sa politique agricole s’il veut doper la croissance et offrir à sa population des emplois de qualité.

 

Dernière mise à jour: 31 mars 2015

La Banque mondiale possède dans la région un portefeuille de prêts diversifié et un éventail de projets variés.

Inclusion sociale : au Maroc, un financement de 100 millions de dollars en appui au programme de développement humain a permis d’accomplir des avancées dans la lutte contre l’exclusion et dans l’amélioration de la transparence et de la reddition de comptes au niveau des processus locaux de décision, ce qui a eu pour effet d’augmenter fortement la participation des femmes et des jeunes dans les organes de gouvernance locaux.

Accès au crédit pour les micro- et petites entreprises : en Égypte, plus de 75 000 prêts ont été accordés à des micro- et petites entreprises, entraînant la création de plus de 100 000 emplois ciblant en priorité les jeunes.

Gouvernance : en Tunisie, un projet de 500 millions de dollars a contribué à accélérer la reprise économique du pays. Une plateforme en ligne de libre accès à l’information sur le budget a été mise en place, pour promouvoir la transparence des finances publiques.

Énergie : en Égypte, plus de 365 000 ménages des villes du Caire et de Gizeh ont été raccordés au gaz et plus de 3 000 emplois ont été créés.

Eau et assainissement : à Gaza, un projet d’un montant de 31 millions de dollars a amélioré la qualité de l’eau et des services connexes pour l’ensemble de la population, sachant que la Banque mondiale est l’organisation chef de file pour rétablir la normalité dans Gaza après le tout dernier conflit.

Santé : à Djibouti, le taux d’accouchements médicalement assistés est passé à 87 % en 2012, contre 40 % en 2002. Dans le même temps, la proportion d’enfants vaccinés avant leur 1er anniversaire a bondi de 45 à 93 %. Au Yémen, environ 4,3 millions d’habitants ont été vaccinés contre la poliomyélite et 9,6 millions ont reçu un traitement contre la bilharziose (schistosomiase).

 

Dernière mise à jour: 31 mars 2015

Le Groupe de la Banque mondiale a renforcé sa collaboration avec les bailleurs de fonds bilatéraux et multilatéraux, les banques régionales de développement, les institutions financières islamiques et les pays donateurs émergents. Les partenaires moins traditionnels sont tout aussi essentiels : l’un des enseignements les plus nets du réveil politique de ces dernières années est la nécessité urgente d’aller plus systématiquement au devant de la société, et notamment des milieux associatifs et universitaires, des ONG et du secteur privé.





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