Moyen-Orient & Afrique du Nord - Vue d'ensemble

La région du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord est actuellement le théâtre de très graves troubles. La Syrie, l’Iraq, la Libye et le Yémen sont plongés dans des conflits auxquelles les populations payent un lourd tribut, sans compter les dommages incalculables causés aux infrastructures. Quinze millions de personnes ont dû fuir leur pays pour gagner souvent des pays fragiles ou dans des situations économiques difficiles, tels que la Jordanie, le Liban, Djibouti et la Tunisie, provoquant ainsi la pire crise de réfugiés depuis la Seconde Guerre mondiale. Le conflit que traverse actuellement le Yémen a notamment anéanti plusieurs années de développement. Par ailleurs, à Gaza, les blocus et les escalades de violences à répétition amputent le PIB de 40 % et sont à l’origine d’un taux de chômage record dans le monde. Les pays qui sont en phase de transition politique, à savoir l’Égypte, la Tunisie, le Maroc et la Jordanie, sont contraints de faire face aux menaces qui pèsent sur leur sécurité, au détriment de politiques soutenant la croissance. Les pays exportateurs de pétrole relativement à l’abri des violences, c’est-à-dire l’Algérie, l’Iran et les États du Conseil de coopération du Golfe, sont quant à eux confrontés à la baisse des prix pétroliers, au chômage chronique chez les jeunes et à l’absence de diversification économique.                                                             

Cependant, le consensus politique entourant la nouvelle Constitution en Tunisie et les amendements introduits dans la Constitution et la législation en Égypte, en Jordanie et au Maroc pour octroyer davantage de droits aux femmes et protéger la liberté d’expression et d’information sont autant de signes que les citoyens prennent une part de plus en plus active à l’élaboration des politiques.

PERSPECTIVES ÉCONOMIQUES

Alors que les performances économiques mondiales ont été en-deçà des attentes au premier semestre 2015 et que la prévision de croissance annuelle de 2,8 % risque d’être revue à la baisse, les perspectives de la région MENA restent contrastées. La croissance devrait y atteindre 2,9 % environ en 2015, ce qui marque une légère progression par rapport à 2014 (2,6 %) mais reste largement en-dessous du taux de 4-5 % enregistré sur la période 2000-2010. Plusieurs facteurs expliquent cette morosité prolongée de la croissance : le conflit et l’instabilité politique durables en Syrie, en Iraq, en Libye et au Yémen, les attaques terroristes en Tunisie et leurs conséquences néfastes sur le tourisme, le fléchissement des cours du pétrole, qui tire vers le bas les performances des pays exportateurs, et la timidité avec laquelle les réformes sont mises en place, qui ne favorise pas la reprise des investissements. Si elle devait perdurer, cette croissance molle rejaillirait sur le niveau global de chômage, qui se situe déjà à 12 %, et sur les revenus des ménages dans la région. D’autant que la faiblesse des prix de l’or noir a touché de plein fouet les pays riches en pétrole de la région.

L’ensemble des pays exportateurs de pétrole devraient afficher une croissance voisine de 2,7 % en 2015 ; parmi ces pays, ceux en développement devraient stagner à un taux de 1,4 %. Les pays du Golfe pourraient perdre quelque 215 milliards de dollars de recettes pétrolières, l’équivalent de 14 % de leurs PIB combinés, et connaître un ralentissement de leur croissance économique, qui devrait s’établir à 3,2 % en 2015, soit 0,5 point de pourcentage de moins que l’année précédente. Après trois années d’excédents, les déficits budgétaires ont continué de se creuser pour atteindre 8,8 % du PIB en 2015.

En 2015, la croissance de l’ensemble des pays en développement de la région MENA devrait ressortir à 2,3 %, une performance médiocre mais qui traduit un gain d’environ 1 point de pourcentage par rapport à 2014, grâce à des résultats meilleurs que prévu dans les pays importateurs de pétrole, qui pourraient progresser de 3,7 % en 2015 et 2016.

Les perspectives économiques de l’Iran, qui appartient au groupe des pays en développement exportateurs de pétrole, pourraient s’améliorer à la suite de l’accord sur le nucléaire signé le 14 juillet 2015 et de la possible levée des sanctions. La hausse des exportations de pétrole iranien qui en découlerait pourrait relancer l’activité économique et accélérer la croissance, avec un taux de 5,8 % attendu en 2016.

Pour les pays en conflit — Iraq, Libye, Syrie et Yémen — les perspectives économiques sont sombres. L’insurrection conduite par le groupe État islamique (EI) et le poids des dépenses militaires, conjugués à la baisse des prix pétroliers, ont touché de plein fouet l’économie iraquienne. La croissance devrait se situer à 0,5 % en 2015, après la contraction de 2,4 % enregistrée en 2014, principalement causée par le ralentissement de l’activité dans les zones passées sous contrôle de l’EI. La croissance de la Libye pourrait rebondir à 2,9 % en 2015, après deux années de récession : outre les conséquences du repli des cours pétroliers, les fortes perturbations dans ce secteur ont interrompu les exportations, alors que celles-ci constituent une source majeure de recettes publiques et extérieures. 

Dernière mise à jour: 30 sept. 2015

Étant donné la situation de conflit et de fragilité qui caractérise aujourd’hui le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord, le Groupe de la Banque mondiale a élaboré une nouvelle stratégie régionale qui, au lieu de seulement tenir compte de l’existence de ces violences de manière incidente, fait de la promotion de la paix et de la stabilité sociale un élément central. Cette nouvelle stratégie repose sur quatre piliers qui s’attachent à traiter les causes sous-jacentes des conflits et des violences et à s’attaquer à leurs conséquences immédiates par le biais d’interventions de développement qui favorisent l’inclusion économique et sociale et le partage de la prospérité. Ces piliers sont les suivants :

  • la rénovation du contrat social, qui consiste à créer un nouveau modèle de développement reposant sur une plus grande confiance des citoyens, une protection plus efficace des personnes pauvres et vulnérables, une offre de services publics plus inclusive et responsable et le renforcement du secteur privé afin de créer des emplois et des opportunités pour les jeunes de la région ;
  • la coopération régionale, en particulier autour de biens publics et de secteurs qui sont communs aux pays de la région (éducation, eau et énergie), avec l’objectif de favoriser une confiance et une collaboration accrues entre eux ;
  • la résilience aux chocs provoqués par les chocs migratoires : il s’agit ici de soutenir le bien-être des réfugiés, des personnes déplacées internes et des communautés d’accueil en s’efforçant d’instaurer la confiance et de développer leurs ressources ;
  • la reconstruction et la reprise, grâce à une approche dynamique qui associe les partenaires extérieurs, mobilise des financements massifs et anticipe le retour de la paix en appuyant un développement de long terme au-delà de la réponse humanitaire.

S’agissant de la mise en œuvre de cette stratégie, le Groupe de la Banque mondiale entend approfondir et étendre sa collaboration avec des acteurs nationaux, régionaux et mondiaux, et notamment avec la Banque islamique de développement. En ce qui concerne les financements, il continuera d’amplifier ses investissements dans la région, tout en s’attachant prioritairement à mobiliser des ressources à l’échelle mondiale afin de mettre en place les dispositifs innovants qui permettront de répondre aux immenses besoins de financement de la région. Enfin, ses travaux d’analyse (dans le cadre notamment de services de conseil remboursables, actuellement en essor dans la région) devront permettre d’éclairer la stratégie et de mobiliser les soutiens en sa faveur, mais aussi de guider son programme d’investissements (plutôt que d’intervenir a posteriori).

FINANCEMENTS ET TRAVAUX ANALYTIQUES RÉCENTS

Le montant des financements de la BIRD/IDA pour la région MENA est passé de 2,8 à 3,5 milliards de dollars entre les exercices 2014 et 2015. Il devrait atteindre 3,7 milliards de dollars pour l’exercice 2016. Le Groupe de la Banque mondiale a notamment mobilisé des ressources considérables afin d’aider les pays voisins de la Syrie. Plusieurs études analytiques ont été récemment consacrées à des questions clés pour les transitions politiques en cours dans la région.

Le rapport Jobs or Privileges: Unleashing the Employment Potential of the Middle East and North Africa montre comment les politiques qui étouffent la concurrence de la région MENA freinent également le développement du secteur privé et la création d’emplois. Le document consacré au climat de l’investissement dans les Territoires palestiniens, Investment Climate Assessment: Fragmentation and Uncertainty, démontre de manière empirique que l’instabilité politique liée au conflit, le régime militaire, les violences, la division politique et les obstacles à la circulation des personnes ainsi qu’à l’accès aux ressources et aux marchés constituent les principaux freins à la croissance économique. L’étude Over the Horizon: A New Levant identifie les complémentarités économiques entre sept pays du Levant et évalue les potentialités inexploitées dans les domaines de l’investissement et des échanges de biens et de services. Le rapport La Révolution inachevée : créer des opportunités, des emplois de qualité et de la richesse pour tous les Tunisiens constitue la première analyse exhaustive de l’économie tunisienne réalisée par la Banque mondiale depuis la révolution de 2011. Selon les auteurs, le pays doit réformer ses politiques d’investissement et de concurrence, son système financier, son droit du travail et sa politique agricole s’il veut doper la croissance et offrir à sa population des emplois de qualité.

Dans la région MENA, la Banque mondiale continue d’intervenir dans une grande variété de secteurs du développement tout en s’attachant plus particulièrement à aplanir les difficultés créées par les crises que connaissent de nombreuses pays. La Banque œuvre à la reconstruction de Gaza : son personnel était dépêché sur le terrain quelques semaines seulement après la fin des hostilités en août 2014, et cette réponse immédiate a abouti, avant la fin de l’année, à l’approbation d’un appui budgétaire d’urgence de 41 millions de dollars, d’une opération de 21 millions de dollars destinée à la reconstruction des services d’infrastructure et d’un projet de 8,5 millions de dollars pour le secteur de la santé. En Iraq, le projet hydroélectrique d’urgence à Dokan et Derbandikhan est venu augmenter les capacités de 148 MW tandis qu’un système informatique dans le domaine de la protection sociale mis au point avec le soutien de la Banque a permis de réaliser plus de 30 millions d’économies. Dans le secteur énergétique, le projet d’accès à l’électricité et de diversification entrepris à Djibouti a bénéficié à 4 % de la population du pays, et s’est poursuivi avec l’approbation de deux financements additionnels. En matière d’accès au crédit pour les petits entrepreneurs, le projet de développement des petites et microentreprises pour une croissance inclusive mené en Jordanie a permis de consentir des prêts à près de 4 000 entreprises tout en fournissant 2 000 emplois aux couches sociales les plus défavorisées ; en Égypte, le même type de projet a abouti à l’attribution de 2 800 prêts aux entreprises au cours de sa première année d’exécution. Enfin, la deuxième phase d’un projet routier au Maroc a remis en état 12 200 kilomètres de routes rurales.

Le Groupe de la Banque mondiale a renforcé sa collaboration avec les bailleurs de fonds bilatéraux et multilatéraux, les banques régionales de développement, les institutions financières islamiques et les pays donateurs émergents. Les partenaires moins traditionnels sont tout aussi essentiels : l’un des enseignements les plus nets du réveil politique de ces dernières années est la nécessité urgente d’aller plus systématiquement au-devant de la société, et notamment des milieux associatifs et universitaires, des ONG et du secteur privé.





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