États fragiles et en situation de conflit - Vue d'ensemble

Le fait que pratiquement une personne pauvre sur deux devrait vivre dans un pays en situation de fragilité, de conflit ou de violence en 2030 illustre bien l’importance de ce défi pour réaliser les nouveaux Objectifs de développement durable et justifie la place que le Groupe de la Banque mondiale accorde à cette question pour mettre fin à la pauvreté et promouvoir une prospérité partagée.

Les pays à faible revenu ne sont pas les seuls concernés. Le monde connaît depuis quelques années une recrudescence des conflits et du nombre de victimes, sans oublier les déplacements de population, avec quelque 60 millions de déplacés actuellement, un niveau inédit depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. L’extrémisme violent devient toujours plus préoccupant, concomitamment à l’aggravation de la violence urbaine sur fond d’inégalités. Dans les pays ayant un indice de Gini supérieur à 0,45, le taux d’homicides est quatre fois supérieur à celui des sociétés plus égalitaires.

Face au défi des pays en situation de fragilité, de conflit et de violence, le Groupe de la Banque mondiale mobilise ses capacités financières, intellectuelles et analytiques et s’efforce de constituer un partenariat mondial pour les aider, en mettant l’accent sur : la prévention des conflits et des violences et la résilience à ce type de choc ; la liaison entre aide humanitaire et aide au développement face aux déplacements forcés ; la sécurité et la justice ; les transitions politiques et la gouvernance locale ; ainsi que les entraves à l’investissement privé et à la création d’emplois.

En particulier, la crise mondiale des déplacés occupe désormais une place centrale dans son programme de lutte contre la fragilité. Ces déplacements peuvent durer plusieurs années et deviennent, de ce fait, non plus une urgence humanitaire mais un enjeu de développement avec des répercussions sur les niveaux de pauvreté, l’emploi et la fourniture des services publics. Fort des initiatives engagées à ce jour pour s’atteler aux causes profondes des flux de réfugiés, en aidant notamment les personnes déplacées à reconstruire leurs vies et en améliorant les infrastructures dans les communautés d’accueil, l’accès à l’emploi ou le retour dans les pays d’origine, le Groupe de la Banque mondiale intervient en étroite concertation avec ses partenaires humanitaires pour : mettre à disposition des instruments financiers efficaces permettant d’alléger la pression sur les pays d’accueil ; concevoir des opérations traitant des conséquences de ces déplacements forcés en termes de développement ; et fournir des éléments analytiques solides à l’appui des discussions politiques. Il mène également des recherches sur l’impact économique des déplacements forcés, dans la perspective du premier Sommet humanitaire mondial de mai 2016.

Dernière mise à jour: sept. 24, 2015

L’approche de la Banque en ce qui concerne les États fragiles a évolué au fil des années, pour aboutir, en 2011, à la parution d’un Rapport sur le développement dans le monde consacré à ce sujet. Ce rapport, qui est venu formaliser les connaissances disponibles, a donné lieu au lancement d’un vaste train de réformes pour mieux étayer les résultats du développement avec, au menu, une flexibilité opérationnelle accrue, des stratégies et des opérations reposant sur davantage d’éléments informatifs, un renforcement des moyens humains et financiers et la création de partenariats pour optimiser les résultats.

Depuis 2000, l’Association internationale de développement (IDA), le fonds de la Banque pour les pays les plus pauvres, a apporté plus de 28,5 milliards de dollars d’aide aux États fragiles ou en situation de conflit. Au titre de la 17e reconstitution des ressources de l’IDA, la Banque mondiale s’est engagée à augmenter de 50 % la part des financements en leur faveur.

Les fonds fiduciaires jouent un rôle complémentaire, d’appui à la mise en œuvre des programmes pour l’emploi, de soutien aux initiatives de lutte contre les violences faites aux femmes et de collaboration avec les partenaires au développement, Nations Unies comprises. Par ailleurs, des fonds fiduciaires multidonateurs d’envergure mondiale, comme le Fonds pour la construction de la paix et de l’État (a), ont permis de répondre à des attentes difficiles à satisfaire par le biais des prêts classiques. Le Programme mondial sur les déplacements forcés (a) a apporté son soutien à la recherche de solutions de développement face à des situations de crise et de déplacement prolongé et à la problématique du retour. Le Fonds fiduciaire de la Corée pour le développement économique et la consolidation de la paix dans les pays en transition (a) œuvre à l’édification de la paix dans les pays exposés au conflit ou en situation de conflit et s’attache à répondre aux besoins d’amélioration de la gouvernance au niveau des États et des autorités locales.

La cellule Fragilités, conflits et violences (a), établie au sein du Groupe de la Banque mondiale en juillet 2014, s’efforce de faire avancer la mise en œuvre et le suivi de son programme dans ce domaine, en s’employant à renforcer le soutien apporté aux pays concernés grâce à une meilleure collaboration et un échange de connaissances plus fluide entre les institutions du Groupe.

Cela passe notamment par un élargissement du champ couvert, afin de répondre aux violences et aux conflits infra et supranationaux dans les pays à revenu faible et intermédiaire ; l’association de la Société financière internationale (IFC) et de l’Agence multilatérale de garantie des investissements (MIGA) en matière de prestation de services afin d’accroître l’impact sur les infrastructures, le climat des investissements et la création d’emplois ; et le renforcement du cadre analytique et stratégique pour les pays exposés à une situation de fragilité, de conflit et de violence.

Dans le but d’innover et d’étendre les connaissances, la Banque mondiale a organisé en février 2015 un grand forum (a) autour de la question de la « redéfinition » de la fragilité. Cet événement a rassemblé plus de 1 000 professionnels du monde entier qui ont échangé leurs visions et leurs expériences à l’occasion d’une cinquantaine de sessions aux thèmes variés, depuis l’épidémie d’Ebola jusqu’aux ressources minières et énergétiques, dans le but de renforcer les pratiques pour l’obtention de résultats de développement dans les situations de fragilité et de conflit. Le prochain forum se tiendra en mars 2016.

Parmi les travaux analytiques récents consacrés à ces questions figure l’ouvrage The Challenge of Stability and Security in West Africa. Cette publication, qui traite des défis de la stabilité et de la sécurité en Afrique de l’Ouest, examine les différents facteurs de fragilité (droits fonciers, attentes d’une jeunesse en plein essor sur le plan de l’inclusion, développement accéléré des industries extractives, etc.) et souligne le rôle des politiques de développement pour assurer la stabilité. Sur la question des déplacements forcés, la Banque mondiale a réalisé une évaluation d’impact économique et social des flux de réfugiés syriens et de personnes déplacées dans la région du Kurdistan ; étudié la manière dont certaines initiatives régionales en Afrique (Grands lacs, Corne de l’Afrique et Sahel) gèrent ces déplacements ; et analysé le niveau de pauvreté des réfugiés syriens.

Le Groupe de la Banque mondiale a également accru ses efforts pour mobiliser des acteurs internationaux en faveur de solutions de développement capables de transformer les situations de fragilité, de conflit et de violence. Dans le sillage des tournées du secrétaire général des Nations Unies et du président du Groupe de la Banque mondiale dans la région des Grands lacs et le Sahel (2013) et dans la Corne de l’Afrique (2014), la collaboration avec l’Organisation des Nations Unies s’est renforcée au niveau des travaux analytiques et des opérations. L’engagement auprès du g7+ (a) et du Réseau international sur les conflits et la fragilité (INCAF) a par ailleurs contribué à l’amélioration des interventions de développement.

Dernière mise à jour: sept. 24, 2015

Voici un aperçu global de l’aide que le Groupe de la Banque mondiale fournit aux pays en situation de fragilité, de conflit et de violence.

Colombie : la Banque mondiale a étayé les efforts du gouvernement pour protéger, officialiser et restituer les droits fonciers, notamment pour les personnes déplacées par des décennies de conflits. De 2002 à 2014, le Projet de protection des terres et du patrimoine des personnes déplacées (a) a traité 173 756 demandes de protection d’actifs fonciers émanant de personnes déplacées, conféré 1 337 titres aux occupants, contribué à l’adoption de la loi pour la restitution des terres et des décrets visant les minorités ethniques et reçu 72 623 dossiers de restitution.

Cisjordanie : le Projet du sentier d’Abraham (Masar Ibrahim) a permis de créer des emplois et des débouchés rémunérateurs pour les communautés situées le long du célèbre chemin de randonnée. Il a notamment délivré des certifications de guides touristiques et une formation à l’accueil et soutenu la création de ressources pour les randonneurs (cartes, matériels d’information et de promotion sur les hébergements et les moyens de transport). Plus de 300 personnes ont ainsi été formées à diverses activités touristiques, avec des retombées positives pour plus de 800 autres. Par ailleurs, le projet est à l’origine d’un partenariat entre conseils et associations locaux, groupes de la jeunesse et de défense des droits de la femme et ONG — un résultat particulièrement important dans les pays touchés par un conflit et où les liens sociaux sont fréquemment rompus.

Afrique : la Banque mondiale aide les pays à adopter des approches de développement conduit par les communautés (a) pour s’atteler aux causes de la fragilité (depuis les conflits et les coups d’État jusqu’aux attaques de ravageurs, à la sécheresse et aux déplacements de population). À la suite du coup d’État de 2009 à Madagascar, le pays a ainsi déployé une approche de ce type pour un projet de production de riz en urgence afin de faire face à la sécheresse, aux inondations et à une invasion de ravageurs apparus concomitamment. Les responsables locaux ont été formés à la gestion de projet (de l’emploi des engrais à la comptabilité) et la communauté a été chargée de l’entretien du système d’irrigation en mettant en commun toutes les ressources. En Côte d’Ivoire, après la guerre civile et une longue période d’insécurité, une approche communautaire a permis de rétablir des services dans les territoires détruits par la guerre où la présence de l’État et la confiance envers les autorités avaient quasiment disparu. Les communautés divisées par le conflit ont été réunies pour construire ensemble des infrastructures.

Haïti : un Projet pour la sécurité alimentaire et la protection sociale (a) a apporté une aide à de nombreuses familles en matière de sécurité nutritionnelle, protection sociale et handicap. L’évaluation a débouché sur l’élaboration d’une politique nationale de nutrition et la conceptualisation d’un cadre national pour la gestion de la malnutrition et de l’insécurité alimentaire. Elle a également permis de mettre au point un instrument national de ciblage, afin d’identifier les plus modestes et les plus vulnérables, et de concevoir et mettre en œuvre le modèle de prestations de services communautaires polyvalents Kore Fanmi. Pour l’instant, ce dispositif a touché 65 000 Haïtiens (13 000 familles) dans trois communes rurales du département du Centre, fournissant aux familles pauvres et vulnérables des vaccins, des services de nutrition, des sels de réhydratation orale, des moustiquaires imprégnées d’insecticide à effet prolongé pour la prévention du paludisme et des produits vitaux (savons, pastilles pour le traitement de l’eau, micronutriments, compléments alimentaires).

Kosovo : dans le cadre du Projet de cadastrage et d’enregistrement foncier (a) soutenu par la Banque mondiale, les bureaux du cadastre de tout le pays sont en cours de rénovation et de modernisation pour offrir des services plus efficaces à la population. Parmi les instruments modernes introduits, un système de positionnement par satellite qui permet de fournir des données aux GPS et de vérifier immédiatement à distance les dimensions des terrains enregistrés. Le personnel cadastral a par ailleurs suivi une formation pour améliorer ses capacités de gestion, de planification et d’administration et ses compétences juridiques et techniques.

Timor-Leste : la Banque mondiale aide le gouvernement à rendre les transferts monétaires plus efficaces, les autorités étant en train de déployer un système de protection sociale pour protéger les plus vulnérables et aider le pays à renaître de ses cendres. Grâce au Projet pour l’administration de la protection sociale (a), le ministère de la Solidarité sociale met au point un système d’information permettant d’améliorer le déploiement des programmes sociaux en intégrant les bases de données des trois programmes de transferts monétaires en vigueur. Ce faisant, il peut recouper et actualiser les informations, suivre les transactions, faciliter les paiements, gérer les plaintes et produire des rapports d’étape.

Yémen : le Projet de travaux publics intensifs en main-d’œuvre (a) a fourni un emploi temporaire à quelque 2,16 millions d’habitants de 20 districts dans 21 gouvernorats du pays. Il a également amélioré l’accès aux services sanitaires de base pour plus de 800 000 personnes, contribué à la scolarisation de plus de 250 000 élèves, amélioré l’accès à l’eau pour plus de 245 000 habitants, permis à plus de 325 000 personnes de récupérer les eaux de pluie, construit des routes et des rues revêtues utilisées par plus de 1 million de Yéménites et aidé pratiquement 5 000 personnes, dont une majorité de femmes, à suivre une formation professionnelle.

Afghanistan : plusieurs projets de santé publique (a) financés par la Banque mondiale et d’autres partenaires de développement ont essentiellement bénéficié aux femmes et aux enfants, les éléments les plus vulnérables de la société afghane et en général privés d’accès aux soins de santé en dépit de besoins criants. Ce faisant, la couverture des soins prénatals atteint désormais 39 % (contre 6 % en 2003) et la part des accouchements en maternité 43 % (7 % en 2004). Le taux de mortalité maternelle est passé de 1 600 à 327 pour 100 000 naissances entre 2000 et 2010. L’utilisation des moyens contraceptifs en milieu rural a augmenté, de 5,1 % en 2003 à 20 % en 2011. Le taux de fécondité a chuté de pratiquement 20 %, de 6,3 enfants par femme en 2000 à 5,1 en 2010. La mortalité des enfants de moins de 5 ans a reculé entre 2002 et 2012 de 257 à 97 pour 1 000 naissances vivantes. Et la couverture vaccinale complète dans les zones rurales a triplé, de 11 % en 2003 à 30 % en 2010/11.

République démocratique du Congo (RDC) : en intervenant avec les Nations Unies et le gouvernement, la Banque mondiale a contribué au financement d’un processus régional de paix ainsi qu’à la démobilisation des forces armées congolaises, à la réinsertion des anciens combattants dans la société et au renforcement des institutions du pays. Au titre du Programme national pour la démobilisation et la réinsertion (a), plus de 100 000 armes ont été récupérées, 31 738 enfants soldats rendus à leurs familles et plus de 100 000 anciens combattants démobilisés qui ont, pour la plupart, bénéficié d’une assistance à la réinsertion.

 

 

 

Dernière mise à jour: sept. 24, 2015