États fragiles et en situation de conflit - Vue d'ensemble

Aider les pays à négocier un environnement instable

Deux milliards d’individus vivent aujourd’hui dans des pays où le développement est mis à mal par la fragilité, les conflits et la violence. L’écart entre ces régions, où la concentration de l’extrême pauvreté va s’accentuer, et le reste du monde, qui continuera d’avancer, va se creuser, cette proportion passant de 17 % à pratiquement 50 % à l’horizon 2030, sous l’effet conjugué d’une pression démographique soutenue et d’un développement économique atone.

La lutte contre la fragilité, les conflits et la violence fait partie des priorités stratégiques du Groupe de la Banque mondiale pour réaliser son double objectif — mettre fin à l’extrême pauvreté et promouvoir une prospérité partagée — une mission d’autant plus d’actualité que la communauté internationale œuvre à la concrétisation des Objectifs de développement durable (ODD) (notamment l’ODD 16 relatif à la paix, la justice et l’efficacité des institutions).

La nature des conflits évolue : en recul depuis la fin de la Guerre froide, les conflits violents redoublent d’intensité depuis 2010. Si le nombre de conflits de grande envergure baisse, les risques de fragilité dans le monde s’aggravent constamment. La crise des déplacements forcés touche essentiellement les pays en développement ; les visées des groupes extrémistes menacent le développement ; et la sécurité des citoyens devient de plus en plus préoccupante, sur fond d’aggravation des inégalités. La fragilité n’est pas l’apanage des pays à faible revenu, puisqu’elle touche aussi les pays à revenu intermédiaire. Se jouant des frontières, elle prend des dimensions infrarégionales ou infranationales.

Le défi de la fragilité, des conflits et de la violence

  • Deux milliards d’individus vivent dans des pays où le développement est mis à mal par la fragilité, les conflits et la violence.
  • D’ici 2030, la part de la population pauvre vivant dans des situations de fragilité et de conflit devrait atteindre 46 % de la population mondiale.
  • Les attaques terroristes ont augmenté de 120 % depuis 2012.
  • La crise des déplacements forcés concerne avant tout les pays en développement : 95 % des réfugiés et des personnes déplacées à l’intérieur de leur pays vivent dans des pays en développement — une situation qui trouve son origine dans les mêmes dix conflits depuis 1991.

Dernière mise à jour: oct. 06, 2016

Une approche différenciée afin de s’attaquer à la racine du problème

Le Groupe de la Banque mondiale entend opter pour une approche différenciée de la fragilité, des conflits et de la violence dans les pays en développement, en couvrant tout l’éventail des situations, depuis la prévention et la réponse à une crise jusqu’à la transition et la reprise. Dans ce cadre, la Banque va réaliser, avec les Nations Unies, une analyse conjointe du rôle du développement dans la prévention des conflits violents, afin d’apporter des éléments probants au service des différents programmes et politiques de développement.

La Banque mettra également en place au cours de cet exercice un mécanisme de suivi des risques de fragilité, baptisé « Global Risk Scan », dans le but d’améliorer les interventions dans les pays en situation de fragilité ou risquant de s’y retrouver. La méthodologie d’évaluation, reposant sur des indicateurs quantitatifs et qualitatifs des risques, sera affinée au cours des 12 prochains mois.

La crise des déplacements forcés, qui s’intensifie depuis quelques années, fait désormais partie des grandes priorités du développement : aujourd’hui, 65 millions d’individus auraient été obligés de quitter leur foyer, soit pratiquement 1 % de la population mondiale. Privés de tout soutien, les déplacés connaissent des situations éprouvantes et sont menacés de marginalisation, sachant que leur présence perturbe le développement des communautés d’accueil.

La nouvelle publication de la Banque mondiale, intitulée Forcibly Displaced: Toward a development approach supporting refugees, the internally displaced and their hosts et réalisée en collaboration avec le haut-commissaire des Nations Unies pour les réfugiés (HCR), identifie les domaines où des institutions de développement comme la Banque mondiale peuvent intervenir de manière complémentaire pour réduire les coûts de la crise, bien avant que le phénomène n’atteigne son apogée, au profit d’une aide de plus long terme. Cela passe également par l’amélioration de la collecte et de l’analyse des données pour étayer les politiques ciblées déployées et obtenir des résultats concrets.

Ce travail analytique vient nourrir les concertations avec les pays et le développement des programmes, afin d’instituer un cadre stratégique qui aide les gouvernements à gérer la crise des déplacés en fonction de la spécificité des contextes nationaux. Il intervient alors que la Banque s’efforce de mobiliser d’importantes ressources additionnelles sur ce plan — y compris à travers la plateforme de réponse aux crises mondiales, conçue pour favoriser un soutien plus systématique et étendu en cas de crise sous l’égide d’une structure unique qui rassemble les connaissances et les ressources disponibles ainsi que des instruments financiers éprouvés et novateurs.

En ce qui concerne les pays à faible revenu, cette plateforme vise à accroître considérablement la capacité de riposte aux crises de l’Association internationale de développement (IDA), le fonds de la Banque mondiale pour les pays les plus pauvres. Pour les pays à revenu intermédiaire, le Mécanisme mondial de financement concessionnel (GCFF) devrait, au cours des cinq prochaines années, lever 1 milliard de dollars de dons en faveur de la Jordanie et du Liban et 500 millions supplémentaires pour aider les autres pays à affronter les futures crises de réfugiés, partout dans le monde. Cette décision étend à l’échelle mondiale le mécanisme de financement concessionnel pour le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord, créé en 2015 et qui a déjà approuvé deux projets en Jordanie pour une enveloppe globale de 340 millions de dollars de prêts concessionnels.

En appui aux équipes opérationnelles du Groupe de la Banque mondiale, le pôle axé sur la fragilité, les conflits et la violence intervient dans cinq domaines transversaux : 1) connaissances, travaux analytiques et données ; 2) déplacements forcés et développement ; 3) solutions stratégiques et financières ; 4) opérations et réponse aux crises ; et 5) partenariats pour la paix. Ses responsables régionaux et coordonnateurs-pays sont chargés, au sein des équipes régionales et des équipes-pays, à apporter des conseils en matière de fragilité, conflits, violence et déplacements.

Développer les partenariats pour renforcer la résilience

Le Programme mondial sur les déplacements forcés (a) a été mis en place en 2009 avec le soutien du Danemark, de la Norvège et de la Suisse, afin de renforcer la réponse à apporter par le biais du développement à la question des déplacements forcés, en proposant des solutions durables au plan économique et social.

Le Fonds fiduciaire du Partenariat ONU-Banque mondiale sur la fragilité et les conflits (a) soutient la collaboration stratégique et opérationnelle dans les situations de fragilité et de conflit à travers 30 projets valorisés à 7,6 millions de dollars. Le premier outil de diagnostic visant à restaurer les fonctions clés du gouvernement dans les situations post-conflit ou la stratégie exhaustive et conjointe de gestion du risque établie dans le cadre du mécanisme de développement et de reconstruction de la Somalie font partie des résultats obtenus.

Le Fonds pour la construction de la paix et de l’État (a), un fonds fiduciaire multidonateurs institué en 2008, constitue le premier instrument de riposte de la Banque pour les interventions en situation de fragilité, de conflits et de violence. Grâce à sa flexibilité géographique, ses modèles d’implantation et sa couverture thématique, le SPF peut prendre des risques et mobiliser rapidement des financements, de sorte que les projets qu’il soutient démontrent l’intérêt du concept et lèvent des ressources additionnelles tout en posant les jalons en vue d’opérations sensibles menées par l’IDA/la BIRD dans les situations de conflit.

Le Fonds fiduciaire coréen pour les transitions économiques et la pacification (KTF) (a), créé en 2009, appuie les initiatives du Groupe de la Banque mondiale en matière de fragilité, de conflits et de violence, en testant des approches pilotes, en diffusant des travaux internationaux et en favorisant les partenariats avec des institutions coréennes.

Dernière mise à jour: oct. 06, 2016

Partager les connaissances pour promouvoir des sociétés pacifiques et inclusives

En mars 2016, le Forum mondial sur la fragilité (a) a réuni plus de 100 partenaires et 700 acteurs du développement, de l’humanitaire, de la diplomatie et de la sécurité pour un partage de connaissances autour du thème « Agir pour des sociétés pacifiques et sans exclus ».

Face au défi grandissant que représentent les déplacements forcés sur le plan du développement, la Banque a présenté des travaux analytiques prônant une concertation accrue entre les milieux de l’humanitaire et du développement, notamment. Un rapport du Comité du développement (a) discuté lors des Réunions de printemps d’avril 2016 exposait en détail cette approche du développement et le rôle de la Banque, avant la présentation, lors du Sommet mondial de l’aide humanitaire, d’une stratégie commune (a) associant sept banques multilatérales de développement. En appui aux futurs travaux opérationnels, la Banque mondiale a lancé un rapport intitulé Forcibly Displaced – Toward a development approach supporting refugees, the internally displaced, and their hosts (a) à l’occasion de la réunion de haut niveau sur les réfugiés et les migrants de l’Assemblée générale des Nations Unies, en septembre. Un nouveau document de travail consacré à l’étude des durées d’exil (How many years have refugees been in exile? [a]) permettra de mieux comprendre l’ampleur de la crise et, ce faisant, de guider l’action à mener.

Le travail opérationnel du Groupe de la Banque mondiale en bref

CORNE DE L’AFRIQUE : PROJET DE RÉPONSE PAR LE DÉVELOPPEMENT AUX IMPACTS DES DÉPLACEMENTS

Ce projet fait la promotion d’une réponse de long terme par le développement aux contraintes systémiques et structurelles dans les régions d’accueil des réfugiés à Djibouti, en Éthiopie et en Ouganda, dont le dénuement est exacerbé par la présence de ces réfugiés. Il aborde les conséquences des déplacements forcés sous l’angle du développement mais aussi des questions humanitaires et de sécurité, s’efforçant ainsi de couvrir les besoins économiques, sociaux et environnementaux des communautés d’accueil à travers des investissements associés à une assistance technique. Il s’agit également d’aider l’Autorité intergouvernementale pour le développement (IGAD) sur le plan du dialogue politique, de l’engagement, de la recherche, des capacités de soutien, de la gestion des connaissances et des partenariats en vue de trouver des solutions novatrices aux déplacements et aux migrations mixtes dans la Corne de l’Afrique.

IRAQ : PROJET DE RECONSTRUCTION D’URGENCE

Depuis 20 ans, l’Iraq connaît un recul vertigineux de pratiquement tous ses indicateurs de développement humain, la guerre civile et l’insurrection venant aggraver l’indigence déjà patente des services à la population. Ce projet doté de 350 millions de dollars promeut la reprise et la reconstruction inclusives dans les zones touchées par le conflit, en remettant sur pied les infrastructures endommagées et en rétablissant les services publics.

RÉPUBLIQUE CENTRAFRICAINE : LE PROJET LONDO (« DEBOUT »)

Avec un quart environ de la population centrafricaine déplacée, la situation dans ce pays pourrait déstabiliser ses pays voisins fragiles. Le projet de la Banque fournira des emplois temporaires aux personnes vulnérables dans l’ensemble du pays, grâce à des travaux publics à haute intensité de main-d’œuvre. Ayant été déployé avec succès dans les zones contrôlées par les rebelles, il sert d’exemple pour des partenariats entre forces de maintien de la paix et acteurs humanitaires.

PROJET D’APPUI AU PASTORALISME ET À LA STABILITÉ DANS LE SAHEL ET LA CORNE DE L’AFRIQUE (PASSHA)

Pour les économies du Sahel et de la Corne de l’Afrique, l’activité pastorale est vitale. Depuis peu, ces pays sont victimes d’une instabilité et d’une insécurité grandissantes qui mettent en péril les moyens de subsistance des agriculteurs et des éleveurs locaux. Dans le nord du Sahel et du Sahara, les trafics en tout genre, mais aussi le vol du bétail et de biens ou les enlèvements sont en nette recrudescence. Ce projet favorisera des activités visant à comprendre l’impact d’interventions pastorales sur la réduction du conflit mais aussi à soutenir des programmes de suivi des conflits et à mettre en place des dispositifs régionaux d’alerte précoce.

LIBAN : PROGRAMME NATIONAL DE SERVICE VOLONTAIRE

Ce programme s’emploie à renforcer la cohésion sociale et l’employabilité des jeunes Libanais âgés de 15 à 24 ans, en les formant aux compétences comportementales et en développant leur engagement citoyen pour améliorer les services rendus. À ce jour, plus de 6 000 jeunes et 120 municipalités, ONG, écoles et universités différentes ont participé de manière directe aux activités du projet, qui bénéficie du soutien du Fonds pour la construction de la paix et de l’État (SPF), du Fonds multidonateurs pour la région MENA et de la vice-présidence Leadership, apprentissage et innovation de la Banque mondiale.

IFC EN IRAQ : MASS GLOBAL ENERGY SULIMANIYA

En Iraq, l’alimentation électrique constitue la première source de préoccupation pour bon nombre d’habitants. Les centrales et les lignes de transport ont un besoin urgent de remise en état, sachant que la demande a explosé dans les régions touchées par la crise des migrants. La faiblesse des cours du pétrole et les tensions sur les finances publiques sur fond d’instabilité sécuritaire dissuadent les investisseurs de lancer des opérations en Iraq, même de courte durée.

IFC et la Bank Audi du Liban ont décidé de relancer les infrastructures électriques du pays en investissant 375 millions de dollars dans une société locale, Mass Global Energy Sulimaniya, qui devrait ainsi pouvoir construire une nouvelle centrale dans la banlieue de Bagdad et agrandir la centrale existante dans le Kurdistan irakien. Avec les violences commises par le groupe État islamique et la guerre en Syrie, la région a accueilli en peu de temps plus de 1 million de déplacés irakiens et quelques 250 000 Syriens. Tout le pays connaît des coupures de courant et des opérations de délestage quotidiennes. Le renforcement des capacités de production et la réparation des lignes de transport permettront dans une large mesure de satisfaire les besoins impérieux de développement du pays après des décennies de guerre et de sous-investissement.

Depuis trois ans, IFC a investi et proposé des services de conseil à hauteur de 2,5 milliards de dollars en faveur des pays fragiles et en situation de conflit, partout dans le monde.

Pour en savoir plus sur les activités d’IFC, la branche du Groupe de la Banque mondiale chargée des opérations avec le secteur privé, dans les pays en situation de fragilité et de conflit, consulter :

Creating Opportunity in Fragile and Conflict-Affected Countries

Dernière mise à jour: oct. 06, 2016