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ARTICLE17 octobre 2022

Tout ce que vous devez savoir sur la sécurité alimentaire et le changement climatique

Enjeux climatiques : décryptage

Représentation visuelle du réchauffement climatique, conçue par le professeur Ed Hawkins, de l’université de Reading  https://showyourstripes.info/

Comment le changement climatique agit-il sur la sécurité alimentaire mondiale aujourd'hui et à quoi peut-on s'attendre demain ? Nous avons demandé à William R. Sutton, expert mondial pour l'agriculture climato-intelligente à la Banque mondiale, de nous expliquer les effets potentiels du réchauffement planétaire sur le système alimentaire.

Quelle est la situation de la sécurité alimentaire mondiale aujourd'hui, et quel rôle y joue le changement climatique ?

L’insécurité alimentaire a augmenté : en juin 2022, on recensait 345 millions de personnes dans 82 pays souffrant d'insécurité alimentaire aiguë contre 135 millions en 2019. La guerre en Ukraine, les perturbations des chaînes d'approvisionnement et les conséquences économiques persistantes de la pandémie de COVID-19 ayant entraîné une envolée historique du prix des denrées.

Mais l'insécurité alimentaire mondiale s'aggravait déjà auparavant, en grande partie à cause des phénomènes climatiques. Le réchauffement de la planète influe sur les régimes météorologiques et provoque des vagues de chaleur, de fortes précipitations et des sécheresses. Dans les pays à faible revenu, environ 30 millions de personnes supplémentaires ont basculé dans l'insécurité alimentaire en 2021, cela tient principalement à l'augmentation du prix de la nourriture de base.  

Par ailleurs, une grande partie du problème climatique résulte des modes actuels de production des aliments. On a récemment estimé que le système alimentaire mondial est responsable d'environ un tiers des émissions de gaz à effet de serre (GES), juste après le secteur de l'énergie. Il est en particulier la principale source de méthane, mais aussi une des principales causes de la perte de biodiversité.

On a récemment estimé que le système alimentaire mondial est responsable d'environ un tiers des émissions de gaz à effet de serre (GES), juste après le secteur de l'énergie.

 

Quelles sont les populations les plus touchées par l’impact des dérèglements climatiques sur la sécurité alimentaire ?

Environ 80 % de la population mondiale la plus menacée par les mauvaises récoltes et la faim dues au changement climatique vit en Afrique subsaharienne, en Asie du Sud et en Asie du Sud-Est, là où les familles d'agriculteurs sont particulièrement pauvres et vulnérables. Une grave sécheresse causée par le phénomène El Niño ou le dérèglement du climat (a) peut plonger des millions de personnes supplémentaires dans la pauvreté. Et cela se produit même dans des pays comme les Philippines et le Viet Nam, où les revenus sont relativement élevés, mais où les agriculteurs vivent souvent à la limite de la pauvreté et où les hausses des prix des denrées alimentaires touchent plus durement les ménages urbains pauvres.

En quoi le changement climatique pourrait-il affecter l'agriculture et la sécurité alimentaire à l'avenir ?

Jusqu'à un certain point, l'augmentation des températures et du CO2 peut être bénéfique pour les cultures. Néanmoins, des températures plus élevées accélèrent l'évapotranspiration (a) des plantes et des sols, alors que les cultures ont besoin de suffisamment d'eau pour croître.

Dans les régions du monde où l'eau est déjà rare, le changement climatique aura de plus en plus d'impacts négatifs sur la production agricole en raison de la diminution des réserves hydriques, de la multiplication des épisodes extrêmes tels que les inondations et les tempêtes violentes, de l'augmentation du stress thermique et de la prévalence grandissante des parasites et des maladies.

Au-delà d'un certain seuil de réchauffement — et en particulier d'une augmentation de 2 degrés des températures moyennes mondiales —, l'adaptation devient de plus en plus difficile et coûteuse. Dans les pays qui connaissent déjà des températures extrêmement élevées, comme dans la bande sahélienne en Afrique ou en Asie du Sud, la hausse du mercure pourrait avoir un effet plus immédiat sur des cultures comme le blé qui sont moins résistantes à la chaleur.

Si aucune solution n'est trouvée, la baisse des rendements agricoles fera sombrer davantage de personnes dans la pauvreté, notamment dans les régions du monde où l'insécurité alimentaire est la plus grande. Rien qu'en Afrique, on estime ainsi que 43 millions de personnes pourraient passer sous le seuil de pauvreté d'ici 2030.

Si aucune solution n'est trouvée, la baisse des rendements agricoles fera sombrer davantage de personnes dans la pauvreté, notamment dans les régions du monde où l'insécurité alimentaire est la plus grande. Rien qu'en Afrique, on estime ainsi que 43 millions de personnes pourraient passer sous le seuil de pauvreté d'ici 2030.

 

Comment l'agriculture peut-elle s'adapter au changement climatique ?

Il est possible de réduire les émissions et d'accroître la résilience de l’agriculture, mais cela suppose des évolutions sociales, économiques et technologiques majeures. Certaines stratégies essentielles peuvent y contribuer :

Utiliser l'eau de manière plus efficace et rationnelle et mettre en place des politiques de gestion de la demande. Construire davantage de systèmes d'irrigation risque de ne pas être une bonne solution si l'approvisionnement en eau futur s'avère insuffisant pour les alimenter, ce qui, selon nos recherches, pourrait effectivement être le cas dans certains pays. Il existe d'autres options, notamment une meilleure gestion de la demande ainsi que l'utilisation de systèmes de comptabilité de l'eau et de technologies avancées pour évaluer la quantité disponible, par exemple des capteurs d'humidité du sol et des mesures d'évapotranspiration par satellite (a). Ces mesures peuvent par exemple faciliter l'utilisation d’une technique consistant à alterner l’irrigation et l'assèchement des rizières, ce qui permet d'économiser l'eau tout en réduisant les émissions de méthane.

Privilégier des cultures moins gourmandes en eau. Les riziculteurs pourraient par exemple se tourner vers des cultures qui nécessitent moins d'eau, comme le maïs ou les légumineuses, ce qui permettrait également de réduire les dégagements de méthane, car le riz est une source majeure des émissions issues du secteur agroalimentaire. Toutefois, une société qui cultive et consomme du riz depuis des milliers d'années pourrait ne pas passer aussi facilement à une autre production moins gourmande en eau et générant moins d'émissions.

Améliorer la santé des sols. Ce point est extrêmement important. L'augmentation du carbone organique dans le sol permet à celui-ci de mieux retenir l'eau et aux plantes d'y accéder plus facilement, ce qui renforce la résistance à la sécheresse. Elle apporte aussi davantage de nutriments sans nécessiter autant d'engrais chimiques, qui sont une source majeure d'émissions. Les agriculteurs peuvent restaurer le carbone perdu en ne labourant pas le sol et en utilisant des cultures de couverture, notamment celles à grosses racines, dans le cadre du cycle de rotation plutôt que de laisser leurs champs en jachère. Ces solutions naturelles à des problèmes environnementaux pourraient contribuer à hauteur de 37 % à l'atténuation du changement climatique (a) nécessaire pour réaliser les objectifs de l'accord de Paris. Il faudra néanmoins du temps, des efforts de sensibilisation et de la formation pour que les agriculteurs adoptent ces pratiques. Là où les parcelles sont petites et où les agriculteurs ne peuvent pas se permettre de laisser les champs en jachère, ou même d'effectuer une rotation avec des cultures légumineuses, l'amélioration de la santé des sols pourrait s'avérer complexe.

Que fait la Banque mondiale pour aider les pays à renforcer leur sécurité alimentaire face au changement climatique ?

Le Plan d'action sur le changement climatique du Groupe de la Banque mondiale (2021-2025) renforce le soutien à l'agriculture climato-intelligente (a) les chaînes de valeur agricoles et alimentaires, ainsi qu'au travers d'interventions politiques et technologiques visant à accroître la productivité, à améliorer la résilience et à réduire les émissions de GES. La Banque mondiale aide également les pays à lutter contre les pertes et le gaspillage alimentaires et à gérer les risques d'inondation et de sécheresse. Par exemple, au Niger, un projet soutenu par la Banque mondiale a pour but de faire bénéficier 500 000 agriculteurs et éleveurs de 44 communes de la distribution de semences améliorées et résistantes à la sécheresse. Ce projet vise aussi à améliorer l'efficacité de l'irrigation et à développer les pratiques d'agroforesterie et d'agriculture de conservation. À ce jour, le projet a aidé 336 518 agriculteurs à exploiter leurs terres selon des méthodes culturales plus durables, sur une superficie de 79 938 hectares.

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