Skip to Main Navigation
ARTICLE 15 juillet 2021

« Je n'y serais jamais arrivée sans la confiance de mon père et le soutien de mon directeur de recherche »

Image

Photo: Howele


Lancé en 2014, le programme de Centres d’excellence dans l’enseignement supérieur en Afrique (CEA), cherche à répondre aux demandes de compétences spécialisées du marché du travail. Il est devenu depuis synonyme de réussite et a déjà soutenu plus de 14 000 étudiants en mastère et en doctorat dans l’agriculture, la santé et les sciences dont 30 % de femmes, comme Howélé, qui revient sur son parcours et les défis qu’elle a dû surmonter en tant que femmes.

ABIDJAN, Côte d’Ivoire, le 15 juillet 2021—La recherche sur le changement climatique s’intéresse rarement aux pathologies des plantes. Passionnée par l’agronomie et par ce sujet en particulier, Howélé Michaëlle Toure a voulu rectifier cette réalité.

« Ma détermination, mon endurance et le sentiment du travail bien accompli ont été mes premières sources de motivation », confie-t-elle. « Mais je ne serais pas arrivée là sans la confiance de ma famille, surtout celle de mon père qui m’a toujours dit qu’il souhaitait me voir au sommet et de mon directeur de recherche qui a également été un modèle, un mentor et un second père pour moi. »

Créer des variétés de manioc tolérantes aux conditions environnementales et résistantes aux maladies

La tête sur les épaules et des objectifs clairs, Howélé entreprend en 2010 des études supérieures à l’université Félix Houphouët-Boigny d’Abidjan où elle obtient une licence et un mastère en génétique et amélioration des espèces.  

La suite ? Un doctorat, sans hésitation ! Elle décroche une bourse et s’inscrit au Centre d’excellence africain sur le changement climatique, la biodiversité et l’agriculture (CEA-CCBAD) pour poursuivre un programme de recherche. Howele décide d’orienter ses travaux de recherche sur le manioc, un tubercule largement consommé partout en Afrique de l’Ouest et centrale. Indispensable à la sécurité alimentaire du pays, la culture du manioc fait d’ailleurs partie des cultures prioritaire du Plan national de développement agricole (PNDA) .

« J’ai mené une étude de cas sur la réaction de la bactériose vasculaire du manioc en Côte d’Ivoire aux changements météorologiques et découvert que les modifications climatiques ont un impact imprévisible sur la manifestation de la maladie. L’adaptation des bactéries pathogènes à ces nouvelles conditions climatiques constituerait un danger permanent pour la culture du manioc. »


« Je n'y serais jamais arrivée sans la confiance de mon père et le soutien de mon directeur de recherche »
Howélé Toure
Howele agronome en Côte d’Ivoire et fière de l’être

Afin de mettre au point des variétés de manioc tolérantes aux conditions environnementales et résistante à la maladie, Howélé et ses collègues ont recommandé la poursuite de la recherche. Cela aura des retombées importantes sur la sécurité alimentaire dans le pays mais aussi dans la sous-région.

Howélé garde un beau souvenir de ses années de recherche au CEA-CCBAD. « C’est une très belle expérience, vraiment enrichissante. Nous avons pu surmonter les barrières linguistiques avec les étudiants provenant d’autres pays de la région.  Cette diversité et partage de connaissances nous ont permis de découvrir comment les programmes de recherches se déroulaient dans les différents  pays et des différentes perspectives qu’ils offraient. On a aussi tissé des réseaux qui nous permettront de poursuivre la collaboration. »

Image
Howélé fait des expériences en laboratoire pour améliorer la sécurité alimentaire. Photo: Howele

« Il a fallu prouver ma valeur. »

Aujourd’hui, Howélé travaille avec le CEA-CCBAD sur un programme visant à faire avancer la recherche sur les maladies des plantes et les conditions climatiques. Pour elle, des compétences comme la sienne sont vraiment nécessaires sur le marché de l’emploi. Car des interventions dans la recherche et le développement sont importantes pour apporter des solutions adaptées aux conditions environnementales actuelles.

Mais Howele ne cache pas qu’être une femme dans une filière scientifique vient avec des défis. « Il fallait prouver ce que je valais, que j’étais capable de travailler d’arrache-pied pour atteindre mes objectifs. Nous sommes dans une société où les femmes doivent travailler deux fois plus que les hommes. Nous devons continuellement prouver que nous sommes capables de faire face à l’adversité, de travailler et d’obtenir des résultats probants et que notre statut de femme n’est en rien un frein à notre évolution, qu’il n’affecte pas notre capacité à réfléchir. »

Mais Howele se souvient aussi de moments de grande sympathie et de gentillesse. « Je suis tombée enceinte au début de ma thèse, et pensais que ça allait me poser des problèmes. Au contraire. Mon directeur de recherche m’a dit que s’il fallait qu’il mette un berceau et des biberons dans son bureau pour que je puisse continuer mon travail au laboratoire, il le ferait ! »

Howélé est heureuse de voir l’impact positif de son travail sur la communauté et encourage les jeunes femmes à s’engager dans les filières scientifiques.

« Les femmes ne doivent pas s’autocensurer, la science est un domaine où elle peuvent aussi bien réussir que les hommes. Il faut juste y croire. Les femmes ont beaucoup à apporter à la communauté scientifique et à leur pays. »



Api
Api