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ARTICLE 05 janvier 2021

Une reprise atone face aux dégâts de la pandémie


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Dans une usine de Thaïlande, une ouvrière portant un masque coupe du bois. © Chatchai.wa/Shutterstock


Cependant, comme l’indique l’édition de janvier 2021 des Perspectives économiques mondiales, cette reprise sera timide. La production mondiale sera bien inférieure à son niveau d’avant la pandémie, sachant que même ces projections de rebond modéré sont exposées à des risques baissiers liés notamment aux difficultés entourant le déploiement des vaccins anti-COVID et aux turbulences déclenchées par la dette accumulée par de nombreuses économies de marché émergentes et en développement.

Afin d’accompagner et stimuler ce rétablissement fragile de la santé publique et économique, il sera indispensable de contenir la propagation du virus et d’organiser une vaccination rapide et à grande échelle en dépit des difficultés logistiques rencontrés dans nombre de pays en développement. Et si le soutien aux entreprises et aux ménages doit se poursuivre, il sera limité par les faibles marges de manœuvre budgétaires et monétaires. Aussi,

Une reprise lente et difficile

Les chiffres sont sans appel et le défi est de taille.

, derrière celles provoquées par les deux Guerres mondiales et la Grande dépression. La reprise attendue cette année suppose que les mesures de prévention réussissent à limiter les contaminations et que le processus de vaccination s’accélère afin qu’elle soit généralisée partout dans le monde d’ici la fin de l’année prochaine.

La production du groupe des économies émergentes et en développement devrait augmenter de 5 % cette année, mais cette croissance fera suite à un choc économique qui a effacé au moins dix ans de gains de revenu par habitant dans plus d’un quart de ces pays. C’est la Chine qui sera en grande partie à l’origine de l’augmentation du PIB en 2021 et, si on exclut ce pays, les marchés émergents et les économies en développement devraient connaître une croissance plus modeste de 3,4 % en 2021, car nombre d’entre eux luttent toujours contre la propagation du virus.

Par ailleurs, le revenu par habitant devrait baisser dans la majorité de ces pays, ce qui témoigne du coup porté par la pandémie à la réduction de la pauvreté. Les entraves logistiques à la distribution des vaccins, qui pourraient retarder ce processus d’un an par rapport aux économies avancées, risquent en outre de représenter un important frein à la reprise de l’activité.

Des incertitudes et des menaces

Voilà pour le scénario optimiste. Mais ce pronostic de croissance reste très incertain et plusieurs autres évolutions sont possibles. Selon un scénario pessimiste de flambée des contaminations au début de l’année, entraînant de nouvelles restrictions d’activité, et de retard dans les campagnes de vaccination, la reprise serait plus timide et plus lente, avec une croissance mondiale estimée à 1,6 % seulement. Si la situation financière se dégradait fortement et si les autorités ne réussissaient pas à limiter ces tensions et la généralisation des cessations de paiements, il s’ensuivrait des crises financières susceptibles d’aboutir à une nouvelle année de baisse de revenu dans le monde entier.

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Des passagers munis de masques embarquent à bord d’un avion et suivent le protocole sanitaire durant la pandémie de COVID-19 (Jakarta/Indonésie, septembre 2020). © Sony Herdiana/Shutterstock

L’une des principales menaces qui pèsent sur les perspectives économiques concerne l’aggravation des risques liés à la dette, qui avaient déjà allumé des signaux d’alarme avant le choc de la COVID. Bien sûr, la dette peut être utilisée pour réaliser des investissements favorisant la croissance. En outre, la crise sanitaire a imposé des emprunts à grande échelle pour financer les multiples mesures de soutien à l’économie. Toutefois, les précédents épisodes d’accumulation de dette ont laissé de douloureux souvenirs et l’ampleur, tout comme la rapidité des récentes augmentations, suscitent des inquiétudes quant à la viabilité de la dette. Les dirigeants politiques devront trouver un équilibre entre, d’une part, le retrait des mesures de soutien budgétaire et l’importance de garantir la viabilité des finances publiques, et, d’autre part, la nécessité d’éviter un arrêt prématuré des aides indispensables. Dans certains cas, l’allégement de la dette pourra s’avérer nécessaire pour permettre aux pays durement touchés de soutenir leurs populations les plus vulnérables pendant la crise.

Par ailleurs, Même après la reprise, l’économie mondiale devrait connaître une période prolongée de production inférieure à la normale et de pertes de revenus substantielles. La croissance potentielle mondiale, c’est-à-dire le taux de croissance qui peut être maintenu au plein emploi et à la pleine utilisation des capacités, marquait déjà le pas avant la pandémie. La COVID-19 a accéléré ce ralentissement, au détriment de l’économie mondiale comme des économies de marché émergentes et en développement.



Réparer les dégâts

Un programme d’action global peut contribuer à contrecarrer certains des effets à long terme de la pandémie. Il s’agit notamment de mesures au coût budgétaire limité, comme l’amélioration de la gouvernance et du climat des affaires, le renforcement de l’efficacité des dépenses en capital humain et matériel et la promotion de la flexibilité économique. Les efforts déployés par un grand nombre de pays pour accroître les investissements et la scolarisation et pour réduire l’écart entre les taux d’activité des hommes et des femmes pourraient ainsi inverser l’incidence négative de la pandémie sur la croissance potentielle.

Les projets d’infrastructures vertes à fort rendement économique sont un domaine très porteur dans lequel il convient d’investir en priorité. De surcroît, encourager l’adoption de technologies écologiquement durables peut favoriser une croissance plus robuste tout en atténuant les effets du changement climatique. À condition de choisir judicieusement les projets et de gérer avec soin les retombées distributives des politiques écologiques,

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Un médecin renseigne un dossier avant de procéder à un test de dépistage de la COVID-19 (Guerrero/Mexico, 17 mai 2020). © Daniel Elizalde S/Shutterstock

Autre préoccupation à l’heure où le monde tente d’émerger de la récession : la riposte à la pandémie ne risque-t-elle pas de semer les graines de futures crises ? Pour contrer les tensions sur les marchés financiers et soutenir l’activité économique, les banques centrales d’un certain nombre d’économies émergentes et en développement ont pris des mesures autrefois considérées comme exceptionnelles, à savoir l’achat d’actifs généralement constitués d’obligations d’État. Compte tenu de la politique monétaire accommodante des banques centrales des économies avancées, ces mesures semblent avoir contribué à stabiliser les marchés financiers dans de nombreux pays.

Cependant, lorsque de tels programmes donnent plutôt l’impression de financer des déficits budgétaires non soutenables, ils peuvent compromettre l’indépendance des banques centrales et la crédibilité de la lutte contre l’inflation. Pour éviter cet écueil, il sera essentiel de veiller à ce que les programmes d’achat d’actifs soient compatibles avec les objectifs de stabilité financière et de lutte contre l’inflation des banques centrales.

Il appartiendra néanmoins aux responsables politiques de trouver le bon équilibre entre les initiatives destinées à soutenir la reprise naissante, à préparer le terrain pour une croissance durable et inclusive et à entreprendre les réformes nécessaires pour réparer, au moins en partie, les dégâts causés par la récession.




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