COVID-19 : Comment le Groupe de la Banque mondiale aide-t-il les pays à faire face à la pandémie ? Suivez notre actualité

ARTICLE 16 juin 2020

« Quand je serai grande, je serai institutrice » : les nouvelles ambitions des élèves congolais depuis que l’école est gratuite

World Bank Group


LES POINTS MARQUANTS

  • Jusqu’à la rentrée scolaire de 2019, la République démocratique du Congo était l’un des seuls pays au monde où l’école primaire était encore payante.
  • Grâce à la réforme sur la gratuité de l’enseignement primaire, 2,5 millions d’enfants supplémentaires ont pu retrouver le chemin de l’école et près de 23 millions de personnes pourraient sortir de la pauvreté d’ici 2050.
  • La Banque mondiale aide à supporter le coût de cette réforme qui est estimé à plus d’un milliard de dollars par an.

KINSHASA, le 12 juin 2020— Pour passer le temps, Kandindi Kengela aime s’installer dehors, devant sa petite table en plastique bleue et feuilleter ses cahiers. Comme tous les enfants congolais, il est confiné chez lui depuis plus de trois mois pour éviter la propagation du coronavirus et a hâte de retourner à l’école. « Étudier, c’est ce qui me rend heureux », affirme cet élève de 5e année primaire à Kananga, une ville du Kasai Central. « Ça me permettra de devenir chauffeur, pilote ou même président de la République. »

Même si Victorine Tshibola, sa maman, est contente que Kandindi l’aide de temps en temps à entretenir leurs champs, elle s’inquiète et commence aussi à trouver le temps long. Agricultrice, elle élève seule ses six enfants depuis le décès de son mari et accorde une importance toute particulière à leur instruction : « J’ai perdu mes parents très jeune. et je n’ai pas eu la chance de finir mes études, faute de moyens », explique-t-elle. « Je tiens à ce que mes enfants y parviennent, parce que l’école ouvre l’esprit, rend indépendant et aide à s’épanouir dans la vie. »

Victorine est d’autant plus préoccupée que ses enfants ont déjà été privés d’école l’année dernière. « Je n’avais pas assez d’argent pour payer les frais de scolarité », confie-t-elle. « Il a fallu choisir entre les nourrir ou les faire étudier. »

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Pour passer le temps, Kandindi Kengela aime s’installer dehors, devant sa petite table en plastique bleue et feuilleter ses cahiers. © Vincent Tremeau, Banque mondiale.

Quand les parents doivent supporter le coût de l’école

Jusqu’à la dernière rentrée scolaire de septembre 2019, la République démocratique du Congo (RDC) était l’un des seuls pays au monde où l’école primaire était encore payante. Au cours des deux dernières décennies, les ménages congolais ont financé les deux tiers des services éducatifs essentiels que l’État n’arrivait plus à prendre en charge, notamment les salaires des enseignants et du personnel administratif ainsi que les coûts de fonctionnement des établissements scolaires. En moyenne, les parents devaient dépenser près de 65 dollars, par an et par enfant, au primaire. Une somme que les familles les plus vulnérables ne pouvaient pas toujours débourser. 64 % des ménages interrogés lors d’une enquête effectuée en 2018, ont indiqué que les frais élevés de scolarité étaient le principal obstacle à la scolarisation de leurs enfants. De fait, cette année-là, quatre millions d'enfants en âge d'aller à l'école primaire n’étaient pas scolarisés.

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Infographie : Investir aujourd’hui dans l’école gratuite

De nombreux enfants ont ainsi effectué une scolarité en dent de scie, suivant les possibilités financières de leurs parents. La plupart ont accumulé d’importantes lacunes à cause de ces interruptions fréquentes, certains ont fini par basculer dans la délinquance. « L’école est un lieu de protection de l’enfant en général », insiste Augustin Tshiko. « Elle offre un espace qui leur évite de mal tourner, par exemple, d’entrer dans des groupes insurrectionnels ». Pour cet enseignant d’une école primaire de Kananga, il est aussi essentiel d’accorder une attention particulière aux filles, traditionnellement défavorisées par rapport aux garçons dans l’accès à l’éducation en RDC. « Les filles doivent autant avoir accès à l’école que les garçons. Eduquer une fille, c’est éduquer une nation. »

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En 2018, le taux d'achèvement du cycle primaire était de 67 % (contre une moyenne mondiale de 90 %) et 86 % des enfants congolais de 10 ans étaient incapables de comprendre un texte simple adapté à leur âge. ©Vincent Tremeau, Banque mondiale.


Crise de l’apprentissage et crise du COVID-19

Au-delà des difficultés d’accès universel à l’éducation, le système éducatif congolais est confronté à la faible qualité de l’enseignement. En 2018, le taux d'achèvement du cycle primaire était de 67 % — contre une moyenne mondiale de 90 % —et 86 % des enfants congolais de 10 ans étaient incapables de comprendre un texte simple adapté à leur âge.

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Infographie : Investir aujourd’hui dans l’école gratuite

Pour relever ces défis, la RDC a lancé une vaste réforme pour la gratuité de l’enseignement primaire sur l’ensemble de son territoire en septembre 2019. L’objectif : réduire les frais de scolarité pour les ménages les plus pauvres, accroître l'accès des enfants à l'enseignement primaire dans 10 provinces et renforcer le système éducatif dans tout le pays. L’effet a été immédiat. Près de 2,5 millions d’enfants supplémentaires des milieux défavorisés ont pu aller à l’école. On estime aussi que près de 23 millions de personnes pourraient sortir de la pauvreté d’ici 2050. Les enseignants du secteur public ont aussi obtenu une augmentation de leur salaire mensuel, qui est passé de 80 à 150 dollars et le paiement de leurs arriérés. Cependant, la crise sanitaire mondiale liée à la pandémie de coronavirus a entraîné la fermeture subite des écoles et risque de peser lourdement sur les finances publiques.

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Grâce à la réforme sur la gratuité de l’enseignement primaire, 2,5 millions d’enfants supplémentaires ont pu retrouver le chemin de l’école et près de 23 millions de personnes pourraient sortir de la pauvreté d’ici 2050. ©Vincent Tremeau, Banque mondiale.

Investir pour l’avenir

Avec 36 millions d’habitants âgés de moins de 14 ans (46 % de la population totale), le coût de la réforme est estimé à plus d’un milliard de dollars par an. Afin de soutenir cette réforme sur le long terme, la Banque mondiale a mobilisé 800 millions de dollars sur quatre ans à travers le nouveau Projet sur l’équité et le renforcement du système éducatif (PERSE). « Le développement de la République démocratique du Congo passe inévitablement par la mise en place d’un système éducatif intégré, fiable et inclusif », souligne Jean-Christophe Carret, directeur des opérations de la Banque mondiale pour la République démocratique du Congo. « La gratuité de l’enseignement contribuera à cet objectif.»

Investir aujourd’hui dans l’école gratuite pour tous, c’est bâtir un avenir meilleur pour la RDC. C’est une étape essentielle pour transmettre aux jeunes les compétences dont ils auront besoin pour réussir leur vie et contribuer à la transformation économique de leur pays.

À 7 ans, Joyce Sosongo Litamba l’a déjà compris. Haute comme trois pommes, cette élève d’une école primaire publique de Kinshasa sait déjà ce qu’elle veut faire dans la vie : « Quand je serai grande, je serai institutrice pour éduquer les enfants afin qu’ils deviennent intelligents et qu’ils puissent aider leurs familles plus tard »

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Du haut de ses sept ans, Joyce Sosongo Litamba sait déjà ce qu’elle veut faire dans la vie : « Quand je serai grande, je serai institutrice pour éduquer les enfants afin qu’ils deviennent intelligents et qu’ils puissent aider leurs familles plus tard .» ©Vincent Tremeau, Banque mondiale.

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Infographie : Investir aujourd’hui dans l’école gratuite



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