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ARTICLE 25 septembre 2019

Le e-commerce, ou comment révolutionner l’entrepreneuriat féminin au Liban

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Malgré leur grande motivation, les Libanaises sont encore loin de s’engager dans la vie active et encore moins dans l’entrepreneuriat à la hauteur de leur potentiel. Leur taux d’activité (26 %) est largement inférieur à celui des hommes (a) et, quand elles travaillent, elles sont en général cantonnées à l'emploi salarié.

Les autorités libanaises sont déterminées à faire bouger les choses, et ce avec l'aide d'un projet régional de la Banque mondiale, qui bénéficie du soutien de l’Initiative de financement en faveur des femmes entrepreneures (We-Fi). Le projet pour « le e-commerce et les PME dirigées par des femmes au Liban » a été lancé le 30 juillet 2019. Son but est d'aider les dirigeantes d'entreprise à élargir leur accès aux marchés nationaux et d'exportation grâce à des plateformes de commerce électronique.

Le gouvernement du Liban entend faire de l'autonomisation économique des femmes une priorité de son plan de développement économique et s'est engagé à accroître de cinq points de pourcentage la participation des femmes au marché du travail au cours des cinq prochaines années. Un programme qui cadre parfaitement avec l’initiative We-Fi, dont l’objectif est de soutenir l'essor des petites et moyennes entreprises (PME) dirigées ou détenues par des femmes.

Le projet a été lancé sous les auspices de Saroj Kumar Jha, le directeur des opérations de la Banque mondiale pour la région du Machreq, et du Premier ministre libanais Saad Hariri.

« La technologie révolutionne la manière de faire des affaires. Le commerce électronique a ouvert la voie à une nouvelle façon plus efficace de mettre les producteurs en contact de clients dans le pays et dans le monde entier, et il s'est révélé prometteur pour aider les petites entreprises à s'implanter sur les marchés régionaux et internationaux », a déclaré Saroj Kumar Jha lors d’une conférence consacrée au e-commerce. Pour sa part, le Premier ministre a promis d'alléger les formalités administratives qui pénalisent l'environnement des affaires en général, en particulier pour les femmes entrepreneures et celles qui travaillent dans le commerce en ligne.

De fait, les entrepreneures libanaises se heurtent à de multiples obstacles : normes sociales, responsabilités familiales, problèmes de transport ou encore accès au financement. Cette situation exacerbe leurs difficultés d'accès physique aux marchés pour vendre des marchandises ou pour participer à des salons afin de promouvoir leurs produits. La vente en ligne apparaît donc comme un outil précieux pour surmonter ces barrières, et le dialogue engagé dans le cadre du projet financé par l’initiative We-Fi au Liban a déjà commencé à dégager des pistes pour y parvenir.

Aisha Habli, chef de projet à Antwork, un espace de travail partagé offrant une large gamme de services pour les entrepreneurs, souligne l'importance de toucher les femmes vivant en zone rurale, où il n'existe que peu ou pas de programmes pour les aider. « Il est primordial de décentraliser les actions et d'atteindre les femmes en dehors de Beyrouth », a-t-elle déclaré à l'occasion d'un atelier organisé sous l’égide de l’initiative.

Rana Salhab, membre du conseil d'administration de la Commission nationale de la femme libanaise et qui conseille à ce titre le gouvernement dans le domaine de l'égalité entre les femmes et les hommes, souligne combien il est important de mettre sur pied des programmes pour expliquer aux femmes entrepreneures les possibilités qui leur sont offertes et pour les encourager à participer davantage au marché du travail et à l'économie en général.

Frais d'expédition élevés, coût des solutions de paiement internationales, lenteur des procédures de dédouanement, difficultés liées aux exigences en matière d'exportation, réglementations de protection des consommateurs et manque d'information et de compétences pour utiliser les plateformes existantes : les participantes au lancement officiel du projet ont recensé bon nombre des obstacles auxquels elles se heurtent lorsqu'elles tentent de cibler de nouveaux marchés.

Ainsi, la créatrice de bijoux Nada Ghazal a mis en avant la nécessité de rationaliser les procédures douanières et d'améliorer les politiques et réglementations en matière de retour des commandes : « Au Liban, nous devons payer les droits de douane sur les pièces retournées à l'expéditeur, ce qui est non seulement coûteux, mais suppose aussi diverses démarches ».

Aline Kamakian, fondatrice des restaurants arméniens Mayrig et Batchig et qui investit aussi dans des start-up féminines, a pointé le principal obstacle à l'exportation selon elle, à savoir le non-respect des normes en vigueur. « Je ne peux exporter aucun produit laitier vers l'Europe parce que les produits libanais ne répondent pas aux normes européennes et ne sont donc pas autorisés à entrer dans de nombreux pays », a-t-elle expliqué, appelant à la mise en place d'une réglementation pour faciliter la certification ISO.

Le projet We-Fi au Liban fait partie d'un programme régional mené dans sept pays du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord (MENA) : Algérie, Djibouti, Égypte, Jordanie, Liban, Maroc et Tunisie. Il a pour objectif de fournir aux PME dirigées par des femmes l'accès aux marchés par l'intermédiaire de plateformes de commerce électronique et d'améliorer l'environnement commercial et l'infrastructure liés au e-commerce pour les femmes entrepreneures. Il vient compléter un nouveau mécanisme pour la promotion de l'égalité des sexes au Machreq inauguré à Beyrouth en janvier 2019 et conçu pour favoriser l’autonomisation des femmes en Iraq, en Jordanie et au Liban.

Le projet We-Fi dans la région MENA vise à former et certifier jusqu'à 75 conseillers en e-commerce et à assurer la visibilité en ligne de 750 PME féminines. Au Liban, ce nouveau projet permettra de former et de certifier une vingtaine de conseillers et d'intégrer 125 PME dirigées par des femmes à des plateformes de commerce en ligne. Les femmes chefs d'entreprise seront connectées à des plateformes d'envergure locale et internationale, et elles bénéficieront d'un soutien sous forme de conseils pratiques. Le projet est mis en œuvre en partenariat avec l'IDAL, l’agence pour le développement des investissements au Liban.

La Banque mondiale est l'un des partenaires d’exécution de l’initiative We-Fi, à laquelle collaborent quatorze gouvernements et huit banques multilatérales de développement et dont le but est d’offrir des financements pour lever les différents obstacles auxquels se heurtent les femmes entrepreneures, notamment les difficultés d'accès aux marchés, aux réseaux et aux financements.



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