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ARTICLE 12 juin 2019

Promouvoir l’égalité hommes-femmes dans le secteur de la géothermie peut favoriser une croissance inclusive

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Utilisée avec la permission de l'auteur Jean Power


LES POINTS MARQUANTS

  • Quand un projet géothermique favorise l’égalité entre les sexes, il peut déboucher sur des gains sociaux et des opportunités économiques pour tous, tout en contribuant à une transition énergétique réussie.
  • L’absence de données et de meilleures pratiques entrave l’adoption d’une approche plus systématique qui comblerait les disparités hommes-femmes dans les projets géothermiques. Un nouveau rapport détaille des solutions pour y remédier.

Les inégalités entre les sexes demeurent particulièrement fortes dans le secteur de l’énergie, ce qui vaut notamment pour les projets de géothermie. Pourtant, lorsqu’ils sont pensés en tenant compte de cet enjeu, ces projets peuvent déboucher sur des gains sociaux et des opportunités économiques au profit des femmes et des hommes, participer à l’amélioration de la sécurité énergétique et contribuer à une transition réussie vers les énergies propres.

À l’instar des installations énergétiques de grande envergure, certains de ces projets peuvent exposer les communautés locales à des risques économiques, environnementaux et sociaux, dont beaucoup affectent différemment les hommes et les femmes. Même si le Kenya, l’Islande ou encore la Nouvelle-Zélande donnent l’exemple, il n’existe pas encore d’effort systématique pour remédier aux disparités entre les sexes dans les opérations de développement de la géothermie.

Cet état de fait s’explique en partie par l’absence de données ventilées par sexe et l’insuffisance des évaluations mettant en évidence les expériences réussies. Le rapport Gender Equality in the Geothermal Energy Sector: Road to Sustainability (a) qui vient de paraître entend remédier à ces carences : il détaille les risques et les opportunités potentiels pour la population féminine et présente des exemples de projets géothermiques menés à travers le monde qui ont traité ces questions d’inégalité avec succès.

Identifier les risques

Le rapport souligne l’importance d’évaluer les effets potentiels des projets géothermiques sur l’environnement et la santé des populations, sur l’exploitation des terres et des ressources naturelles, et sur la structure de l’emploi, en s’attachant à comprendre la manière dont ces changements affecteront les hommes et les femmes.

Un projet pourra, par exemple, se situer dans une zone où le régime de propriété foncière et l’établissement des titres de propriété défavorise les femmes en raison de normes culturelles ou d’obstacles juridiques. Les terres et les ressources géothermiques peuvent également revêtir un caractère spirituel chez certaines communautés.

La prise en compte de ces préoccupations peut s’avérer payante, comme l’illustre un projet d’investissement dans l’énergie géothermique financé par la Banque mondiale en Indonésie. L’organisme d’exécution du projet, le Pertamina Geothermal Energy (PGE), a mis en place un cadre de réinstallation prévoyant de déplacer les opérations dans l’éventualité où les propriétaires terriens ne souhaitent pas vendre leurs biens. Le PGE favorise également l’inclusion des femmes dans les comités d’acquisition de terres afin qu’elles puissent y faire part de leurs craintes.

Il faut également prendre en compte l’incidence de certains projets d’exploitation géothermique sur l’environnement et la santé, notamment en termes de pollution et de dégradation du cadre de vie. La contamination de l’eau peut, par exemple, avoir des conséquences différentes selon le sexe. Elle pourra obliger les femmes à consacrer leurs revenus à l’achat d’eau salubre ou à couvrir de plus longues distances pour aller se réapprovisionner en eau, ce qui peut les exposer à certains dangers. En outre, l’afflux d’ouvriers du bâtiment à prédominance masculine au sein d’une communauté locale peut exacerber les risques de violence envers les femmes et de traite humaine.

Les projets géothermiques peuvent également modifier les moyens de subsistance et la structure des emplois. En dépit de la quasi-inexistence de données empiriques sur l’emploi des femmes dans le secteur, certaines évaluations qualitatives font néanmoins apparaître d’importantes disparités entre les sexes. Les carrières des femmes dans le secteur de la géothermie sont souvent jalonnées d’obstacles (attentes sociales par rapport à leurs rôles et leurs capacités, absence d’un milieu de travail inclusif, etc.).

Au Salvador, le fournisseur d’énergie public LaGeo a levé ces freins en mettant en place des politiques de recrutement, de formation et de ressources humaines progressistes, et en créant des garderies. Les femmes occupent aujourd’hui 35 % des postes au sein de l’entreprise et représentent 32 % du personnel embauché et formé localement. De la même manière, l’entreprise islandaise Reykjavik Energy a totalement résorbé les disparités entre les sexes en comblant les inégalités salariales et en offrant des horaires de travail flexibles aux femmes s’occupant de leurs proches.

Promouvoir l’égalité des sexes, c’est possible

À l’évidence, on peut déjà tirer d’importants enseignements des projets géothermiques entrepris à travers le monde.

Le rapport souligne avant tout que l’implication des populations locales dès les prémices d’un projet est essentielle et peut contribuer à sa réussite. Comme le montrent les travaux de recherche, les promoteurs qui considèrent les communautés locales comme des partenaires et qui sont disposés à prendre des décisions sur une base collaborative sont plus susceptibles de bâtir des relations de confiance, de limiter les risques sociaux et d’obtenir de bons résultats. Dans la région d’Olkaria au Kenya, par exemple, l’instauration d’un dialogue avec les femmes, les hommes et les jeunes des villages concernés par un projet géothermique a permis de nouer une collaboration bénéfique pour tous.

Par ailleurs, les concepteurs de projets ont la possibilité d’agir à un stade précoce pour prévenir les inégalités et les violences faites aux femmes. Ils peuvent, par exemple, marquer leur opposition au harcèlement et aux violences à caractère sexiste, en intégrant aux dispositions ayant trait aux ressources humaines un code déontologique et des voies de recours pour remédier à tout grief.

Un projet de développement de la filière géothermique en Éthiopie financé par la Banque mondiale s’y emploie : la compagnie d’électricité éthiopienne (Ethiopian Electric Utility) a pris des mesures pour lutter contre le harcèlement sexuel au travail, tandis que sa société sœur, l’Ethiopian Electric Power (EEP), a recensé les facteurs de risque liés au projet, comme l’éventuel afflux de main-d’œuvre dans les communautés lors de sa mise en œuvre.

Pour élargir les perspectives d’emplois salariés chez les femmes, les promoteurs peuvent fixer des objectifs de représentation féminine dans les postes techniques et non techniques, à l’exemple du projet géothermique Sarulla en Indonésie, financé par la Banque asiatique de développement. Le Programme de formation à la géothermie de l’Université des Nations Unies (UNU-GTP) a joué un rôle essentiel dans la plus grande participation des femmes au développement géothermique, en approfondissant leurs compétences professionnelles.

On peut également promouvoir des pratiques inclusives dans les passations de marché, en recensant le nombre d’entreprises dirigées par des femmes qui soumissionnent et remportent un appel d’offres, et en accompagnant les petites entreprises et les sociétés détenues en majorité par des femmes, afin de les aider à acquérir les compétences nécessaires pour se préparer et répondre à des appels d’offres.

D’autres facteurs d’inclusion peuvent être également pris en compte tout au long de la durée du projet, comme la collecte de données pour éclairer des décisions et mesurer les progrès réalisés dans la résorption des inégalités hommes-femmes. On peut également recueillir auprès des populations des données qualitatives sur les habitudes familiales et domestiques ; par ailleurs, lors de la conception d’un projet, les relations qu’une communauté entretient avec les gisements géothermiques de surface peuvent être consignées.

Dans la province philippine de Kalinga, l’absence de données sur les croyances et les revendications des femmes autochtones a mis un coup d’arrêt à un projet d’énergie géothermique à Uma del Norte. Les griefs portaient notamment sur le mépris des croyances culturelles liées à la ressource géothermique et sur la disparition de l’herbe du tigre, qui constitue une culture commerciale importante pour les femmes. Sur la base d’enquêtes et d’éléments tirés des ressources humaines, on peut collecter des données quantitatives sur le niveau d’instruction, le nombre de femmes employées et les écarts de salaire.

L’énergie géothermique est une source de chaleur et d’électricité propre et fiable. Près de quarante pays dans le monde disposent d’importantes ressources géothermiques qui peuvent les aider à satisfaire leurs besoins énergétiques. L’autonomisation des femmes dans ce secteur favorise la réussite de ces projets et offre de nombreux avantages sociaux et économiques à tous.

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Le rapport Gender Equality in the Geothermal Energy Sector: Road to Sustainability (a) a été élaboré par le Programme d’assistance à la gestion du secteur énergétique (ESMAP), en partenariat avec les autorités islandaises et d’autres organismes. Il comprend des guides, des études de cas choisies à travers le monde ainsi que d’autres ressources pour aider les équipes de projet, les pouvoirs publics et les promoteurs à concevoir des projets géothermiques plus équitables. Il est disponible ici dans son intégralité (a).



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