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À Kaboul, grâce à des enseignements adaptés à leurs besoins, les élèves du lycée pour aveugles se forgent un avenir prometteur

03 décembre 2015


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Tamanna et les autres élèves aveugles sont déterminés à travailler dur pour améliorer leurs chances de trouver un emploi et de devenir autonomes.

Rumi Consultancy/ Banque mondiale

LES POINTS MARQUANTS
  • Le lycée pour aveugles de Kaboul permet aux déficients visuels de poursuivre leurs études dans le supérieur et de réaliser leur ambition professionnelle au service de la société afghane.
  • L’établissement bénéficie du soutien du Deuxième projet de développement des compétences en Afghanistan, mis en place par le ministère de l’Éducation avec l’appui de la Banque mondiale.
  • Le projet accorde des incitations financières aux écoles et instituts d’enseignement et de formation techniques et professionnels, tout en s’attachant à consolider le système institutionnel dans son ensemble.

KABOUL – Tamana Niazi est en classe d’informatique. Ses mains se déplacent lentement au-dessus du clavier pour taper en anglais la phrase « Nous étudions au lycée pour aveugles », qui s’affiche à l’écran de son moniteur. Cette jeune fille de 19 ans est née aveugle. En dépit de son handicap, Tamana persévère dans sa volonté de travailler dur pour ne pas vivre au crochet de sa famille et de la société.

Le soutien qu’elle reçoit de sa famille et de son école (a) lui permet de suivre une scolarité. Avec ses quatre camarades de dernière année, elle se familiarise avec le logiciel Microsoft Word dans la salle d’informatique du lycée. « Même s’il est plus difficile pour les aveugles de se former à l’informatique, je suis déterminée à réussir, parce que je veux devenir enseignante, après mes études », confie-t-elle.

Son lycée est le seul établissement public du pays à offrir un enseignement aux non-voyants et malvoyants dans un environnement de travail propice, doté d’équipements et de matériel pédagogiques adaptés. L’établissement offre trois cursus de formation : professionnel, général et islamique ; l’enseignement est réparti sur 12 années.

L’école accueille aujourd’hui plus de 170 élèves (dont 65 filles) frappés pour la majorité de cécité totale. Les autres ne peuvent voir qu’à très courte distance.

Certains élèves ont déjà réussi l’examen d’entrée à l’université (le « Kankor ») et ont pu s’inscrire dans des universités publiques, pour apprendre le droit, le journalisme, la littérature ou encore la psychologie. « Depuis 2012, 16 élèves sont sortis diplômés de notre établissement », indique Khoja Abdul Kabir Sediqi, principal du lycée.

Les lycéens qui sont déficients visuels passent un Kankor adapté qui se compose de 100 questions à choix multiple. Un auxiliaire de vie scolaire lit à haute voix les questions et les réponses à l’étudiant, qui lui indique la réponse choisie. L’auxiliaire encercle alors les réponses données sur la feuille d’examen.

Nasir Ahmad, un ancien lycéen qui a réussi l’examen, étudie la psychologie des aveugles à l’université publique de Burhanuddin Rabbani. « Je ne suis plus aveugle aujourd’hui. La connaissance et le savoir m’ont ouvert les yeux », lance ce jeune homme de 24 ans. « Plus tard, je veux devenir professeur et me mettre au service d’autres aveugles. » Pour arriver à suivre aussi bien que les autres étudiants, il enregistre les cours à l’aide d’un dictaphone et il transpose les supports pédagogiques en braille.

Salima est aussi une ancienne élève du lycée. Âgée de 21 ans, elle étudie le droit et les sciences politiques à l’université de Kaboul. Pour se préparer à l’examen d’entrée, elle a écouté avec ses camarades de classe les questions et les réponses de sessions précédentes. Le département des archives nationales, équipé et financé par la Banque mondiale, a enregistré les anciens formulaires d’examen au format audio pour que les lycéens puissent les écouter et s’entraîner. Grâce à cette méthode, ils ont pu répondre correctement aux questions soumises lors de l’examen d’entrée.

« Au lycée, nous étudions en groupe, parce que nous souffrions tous du même handicap », précise Salima. « Ce travail collectif nous a beaucoup aidés à décrocher l’entrée à l’université. »


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Le lycée pour aveugles dépend du bureau du ministre adjoint chargé de l’Enseignement et de la Formation techniques et professionnels (EFTP) au sein du ministère de l’Éducation.

Rumi Consultancy / Banque mondiale

« Je ne suis plus aveugle aujourd’hui. La connaissance et le savoir m’ont ouvert les yeux.  »

Nasir Ahmad

Diplômé du lycée pour aveugles de Kaboul

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Les étudiants sont capables de développer une grande variété d'aptitudes en participant à des activités récréatives.

Rumi Consultancy/ Banque mondiale

Fondé en 1964, le lycée pour les aveugles est situé à Darul Aman, à l’ouest de Kaboul. Seul établissement opérationnel destiné aux personnes souffrant de déficience visuelle en Afghanistan, il relève du bureau du ministre adjoint chargé de l’enseignement et de la formation techniques et professionnels (EFTP) au ministère de l’Éducation. En 2012, le Projet de développement des compétences en Afghanistan (a), exécuté par le ministère, a fourni un appui financier à l’établissement, lui permettant de moderniser ses installations et ses services.

Clôturé depuis le 30 juin 2014, ce projet visait à mettre sur pied un système d’EFTP de qualité avec l’aide de la Banque mondiale et du Fonds fiduciaire pour la reconstruction de l’Afghanistan (ARTF) (a). La Banque mondiale a prolongé son soutien à l’enseignement professionnel afghan dans le cadre d’un deuxième projet qui prévoit également des financements destinés au lycée pour les aveugles. Ce deuxième projet s’attachera en particulier à encourager les écoles et les instituts qui dispensent des programmes d’EFTP formels par le biais d’un concours de subventions, tout en consolidant le système institutionnel dans son ensemble.

Renforcer la capacité du corps enseignant

Grâce au projet, le lycée a pu moderniser ses installations, par la rénovation de ses locaux ainsi que par l’achat de nouveaux mobilier, fournitures et équipements en braille. Grâce à ces nouvelles installations et à la connexion Internet, les conditions de travail sont plus faciles et plus agréables pour les élèves.

Tous les ordinateurs de l’école sont dotés du logiciel JAWS (Job Access With Speech), un lecteur d’écran qui permet aux utilisateurs d’accéder à des contenus par synthèse vocale ou par affichage en braille. Les élèves utilisent des manuels réédités en braille. Si l’on en croit Naqibullah Shinwari, coordinateur, l’établissement pourra bientôt imprimer des livres en braille grâce au projet.

Les fonds versés dans le cadre du projet servent également à financer une formation continue pour les 48 enseignants de l’école. Tout comme leurs élèves, la majorité d’entre eux sont aveugles ou déficients visuels. « Nous travaillerons jusqu’à la clôture du projet, prévue en 2018, à approfondir les capacités du corps enseignant afin que le lycée devienne un institut d’enseignement supérieur », précise Naqibullah Shinwari.

L’établissement, qui attire toujours plus de monde en raison de la modernisation de ses installations, accueille cette année 36 nouveaux élèves. « Depuis que nous recevons le soutien du ministère de l’Éducation et de la Banque mondiale, nous avons gagné en crédit. Les gens ne nous ont jamais fait aussi confiance », reconnaît le principal.


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