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Au Libéria, la gestion des déchets, la santé et l’environnement paient le prix d’années de guerre civile

12 mai 2010


Durant des années, Monrovia, la capitale du Libéria, s’est réveillée tous les matins sous une brume bleue toxique émanant de déchets brûlés. Le réseau de drainage délabré et le système d’égout étaient engorgés par les ordures, ce qui causait des inondations à la saison des pluies et permettait aux moustiques et autres vecteurs de maladies de proliférer.
 
Les habitants survivaient tant bien que mal en brûlant leurs ordures, en les enterrant ou encore en les jetant n’importe où. Beaucoup de communautés ont fini par se servir de leurs déchets comme moyen de restauration des terres, des décharges à ciel ouvert venant combler les zones de marécages et élargir les berges de cours d’eau. D’après les estimations, les amas d’ordures les plus visibles de la ville représentaient à eux seuls plus de 70 000 tonnes de déchets.

Telle était la situation à Monrovia en 2005, celle d’une ville où près de 1 million de personnes ont vécu pendant toutes les années de guerre civile sans système organisé de collecte et d’élimination des ordures. L’accumulation de déchets solides a eu de lourdes répercussions sur la santé des habitants et la qualité de l’environnement : pollution des cours d’eau et des sources d’eau potable, augmentation exponentielle des cas de maladie et des taux d’infection. Plus de 26 650 cas de choléra ont été signalés par l’UNICEF en 2005.
 
Le conflit terminé, quelques grandes campagnes d’assainissement ponctuelles menées par l’ONU, l’UNICEF, des ONG et la municipalité ont permis de collecter et d’éliminer une partie des déchets jonchant la ville. Mais ils continuaient quand même de s’accumuler et, en l’absence d’un système de collecte, les amas d’ordures faisaient vite leur réapparition.
 
Lancement d’une vaste campagne d’assainissement
 
Les choses ont vraiment commencé à changer en avril 2007. À la demande du Gouvernement libérien, la Banque mondiale a lancé à cette date un ambitieux projet destiné à ressusciter un système rudimentaire de ramassage des déchets solides pour la municipalité de Monrovia.
 
L’enjeu était de taille, l’entreprise municipale chargée de la collecte des déchets solides étant pratiquement dépourvue des capacités voulues pour s’acquitter de ses responsabilités. Elle était dotée de deux camions seulement en état de marche, et son budget annuel était d’environ 500 000 dollars, le huitième de ceux de villes d’une taille comparable à Monrovia.

Le projet financé par la Banque mondiale a débuté par un vaste effort de nettoyage des dépôts d’ordures mené par des entrepreneurs locaux. Il a par ailleurs mis en place un système de collecte régulier, et donné lieu à l’achat de 120 bennes et de huit camions-bennes pour la municipalité. Les bennes à ordures ont été placées dans des centres de collecte communautaires disséminés dans toute la ville, et le service de ramassage a été sous-traité à des entreprises locales, qui utilisent les camions de la municipalité pour récupérer et vider ces bennes de quartiers.
 
Ce service est toujours en place aujourd’hui, et assure la collecte d’environ 30 % des déchets produits chaque jour dans la ville. Il a permis jusqu’ici le ramassage et l’élimination de près de 80 000 tonnes de déchets, ce qui a transformé l’aspect de Monrovia et amélioré du tout au tout le cadre de vie de ses habitants.
 
Le terme « libérateur » est celui employé par Felicia Jubah, une habitante de Monrovia, pour qualifier l’impact du projet. « Enfin, on n’a plus besoin de vivre parmi notre saleté. Les rues de Monrovia sont plus propres, et nous commençons à nous sentir fiers de notre ville… »
 
Défis à venir pour assurer la pérennité du système
 
L’élimination des déchets a soulevé sa propre série de problèmes. La décharge de Fiamah, qui existait déjà avant le projet, était mal gérée et située tout près d’une zone d’habitations, ce qui présentait des risques importants pour la santé et l’environnement. À titre provisoire, le projet a financé un volet de réhabilitation et d’amélioration de la gestion de ce site. Mais un emplacement plus adapté pour une décharge provisoire a été trouvé dans le même temps à Whein Town, et est maintenant en cours d’aménagement dans le cadre du projet.

« Ce projet constitue la première étape d’un long processus », a expliqué Bronwyn Grieve, consultante à la Banque. « Le défi à l’heure actuelle n’est pas seulement de développer encore le système, mais de résoudre les problèmes systémiques plus généraux concernant la façon dont le système sera maintenu à la suite du financement de la Banque mondiale. »
 
La mise en place d’un système de collecte des ordures de grande envergure et durable à Monrovia présente des défis non négligeables pour l’avenir. Des solutions novatrices devront être trouvées pour le recouvrement des coûts liés à l’élimination des déchets solides dans une ville dotée de ressources limitées et où, en outre, un large segment de la population est sans emploi et vit dans des habitations de fortune, ce qui le rend peu ou pas à même d’acquitter des frais d’ordures ménagères.
 
La réforme et le renforcement des capacités au sein de la municipalité, ainsi que l’identification et l’aménagement d’un site pour une décharge permanente, figurent aussi en tête de liste des priorités pour la mise en place d’un système effectif de gestion des déchets solides. Mais en dépit de ces défis, le rétablissement d’un service public primordial après 14 années de guerre a contribué à renforcer l’esprit civique et redonné à la population confiance dans ses responsables municipaux.
 
Encouragée par le soutien de sa population, la municipalité cherche à présent à obtenir un appui supplémentaire de la Banque mondiale et d’autres donateurs pour pouvoir être mieux à même de fournir des services à ses administrés. Quant à la Banque, encouragée par les résultats certes modestes mais prometteurs de ce projet d’urgence, elle reste déterminée à accompagner la municipalité de Monrovia dans ses efforts de développement, de modernisation et de prestation de services publics. Pour elle, le travail n’est pas fini.


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