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Gestion des ressources en eau : fiche sectorielle

La gestion des ressources en eau face aux changements climatiques

15 avril 2013

La Banque mondiale est l’un des principaux bailleurs de fonds extérieurs dans la gestion des ressources en eau. Ses financements dans ce domaine répondent à la nécessité d’aborder les questions de développement et de gestion par le biais d’une planification intégrée des ressources en eau, de réformes institutionnelles et d’une amélioration des infrastructures dans divers secteurs. Ces derniers concernent la gestion des inondations, l’hydroélectricité, la gestion de l’eau en agriculture, la lutte contre la pollution, la gestion des eaux transfrontalières, et les activités liées à l’adaptation aux changements climatiques et à leur atténuation.
MULTIMÉDIA
15 millions

de mètres cubes d’eau économisés grâce à une meilleure irrigation de 4 000 ha de terres au Yemen.

Défi

L’eau représente l’un des besoins humains les plus fondamentaux. Parce qu’elle a un impact sur l’agriculture, l’éducation, l’énergie, la santé, l’égalité des sexes et les moyens de subsistance, la gestion de l’eau sous-tend les enjeux de développement les plus essentiels. Or les ressources en eau sont soumises à des pressions sans précédent, du fait d’une plus grande consommation liée à la croissance démographique et économique. Les eaux souterraines s’épuisent plus rapidement qu’elles ne se renouvellent tandis que la dégradation de la qualité de l’eau se répercute sur l’environnement et engendre des dépenses supplémentaires.

Deux milliards et demi de personnes sont toujours privés d’un assainissement fiable et 780 millions d’une eau de qualité, ce qui se traduit par des milliers de décès quotidiens et plusieurs milliards de dollars de pertes économiques annuelles — jusqu’à 7 % du produit intérieur brut (PIB) dans certains pays. Ces statistiques devraient s’aggraver en raison du changement climatique, qui, selon de nombreux travaux concordants, s’accompagnera d’une plus grande variabilité hydrologique, avec des phénomènes météorologiques extrêmes (sécheresses, inondations, tempêtes violentes…). Les effets du changement climatique sur les ressources en eau se répercuteront sur l’économie, la santé, les conditions de vie et les moyens de subsistance, sachant que les plus pauvres, qui seront les premiers touchés, sont aussi les moins préparés.

Devant ces évolutions naturelles et socioéconomiques, les pratiques autrefois appliquées à l’eau sont inopérantes. Sans une gestion intelligente qui prend en compte la baisse de disponibilité, de qualité et de répartition des ressources en eau, les pays ne peuvent se développer, pas plus que le monde ne peut répondre à des objectifs de durabilité à plus long terme ni mieux s’adapter au changement climatique.

Voici un aperçu des défis que pose la question de l’eau dans le monde :

  • L’alimentation est de loin le secteur le plus dépendant de l’eau. Il représente près de 70 % des prélèvements mondiaux en eau (jusqu’à 95 % dans les pays en développement) et 90 % de la consommation mondiale. En 2050, pour nourrir une planète de 9 milliards d’habitants, il faudra doubler les volumes d’eau actuels dédiés à l’agriculture.
  • Au cours des 20 prochaines années, les villes des pays en développement doubleront, de même que leurs besoins en énergie consommatrice d’eau (extraction de combustibles, systèmes de refroidissement et hydroélectricité, par exemple).
  • Au cours des 30 dernières années, les pertes économiques dues aux catastrophes naturelles ont presque triplé. Les pays à faible revenu et à revenu intermédiaire ont à eux seuls enregistré 2,3 millions de décès et subi une perte de 1,2 milliard de dollars en raison des dégâts occasionnés.
  • Les phénomènes météorologiques extrêmes liés à l’évolution du climat de la Terre vont aggraver la situation en augmentant le stress hydrique. Les experts estiment que d’ici 2080, 43 à 50 % de la population mondiale vivront dans des pays où l’eau se sera raréfiée, contre 28 % aujourd’hui. Un nouveau rapport de la Banque mondiale indique que si la température mondiale monte de 4 degrés Celsius, le stress hydrique augmentera dans certaines régions du globe. Le milliard d’habitants vivant dans des bassins tributaires de la mousson et les 500 millions de personnes demeurant dans des deltas sont particulièrement vulnérables.
  • Deux milliards et demi de personnes au moins n’ont toujours pas accès à un assainissement de qualité et 780 millions de personnes à une eau potable. Ces statistiques pourraient s’aggraver compte tenu des projections de baisse des ressources en eau disponibles.

Solution

Du fait de sa capacité à opérer sur différents secteurs et dans nombre de pays, en impliquant diverses institutions et parties prenantes, la Banque mondiale se trouve dans une position privilégiée pour aider les pays à faire face au changement climatique par la gestion des ressources en eau. La Banque mondiale est l’un des principaux pourvoyeurs de savoir-faire et d’assistance technique dans le domaine de l’eau. Elle est le plus grand bailleur de fonds multilatéral pour le secteur de l’eau dans les pays en développement, ces investissements dans ce domaine représentant par ailleurs 15 % de son portefeuille global. Elle s’emploie actuellement à définir une vision stratégique pour le secteur de l’eau à partir des orientations spécifiées dans la stratégie adoptée en 2003 et de son réexamen à mi-parcours réalisé en 2010.

Des milliers d’agriculteurs peuvent désormais diversifier leurs cultures and augmenter leur revenu grâce à un nouveau système d’irrigation.

Résultats

Sur le terrain, les résultats liés aux activités financées par l’IDA et la BIRD peuvent être mis en évidence dans les domaines critiques suivants :

Cadre juridique et d’action publique

Une grande partie des projets de gestion des ressources en eau financés par la Banque mondiale comprennent des composantes institutionnelles et/ou politiques. En Tanzanie, par exemple, les fonds de l’IDA ont d’abord soutenu le développement d’une politique nationale de l’eau, adoptée par le gouvernement en 2002, qui a servi de base pour une stratégie nationale de développement du secteur de l’eau. Un second projet a par la suite contribué à la planification d’une gestion et d’un développement intégrés des bassins fluviaux et lacustres), comprenant l’exploitation durable d’un aquifère profond récemment découvert, qui pourrait potentiellement alimenter Dar es Salam. Au Maroc, en 2007, un prêt à l’appui des politiques de développement (100 millions de dollars) alloué par la BIRD est venu soutenir une réforme globale du secteur de l’eau destinée à remédier aux lacunes législatives, financières et de planification. Ce travail a abouti à un programme de réformes dans lequel la gestion de la demande en eau, ainsi que la préservation et la gestion des ressources sont devenues des priorités pour la stratégie du Maroc dans ce secteur.

Institutions et renforcement des capacités

Les institutions de gestion des ressources en eau couvrent l’ensemble des niveaux d’intervention : local, bassin hydrographique, national et international. Avec le soutien de la BIRD, la Colombie (800 millions de dollars au total) a lancé un certain nombre de réformes visant à améliorer la gestion de l’environnement, et notamment celle des ressources en eau. Le gouvernement a adopté une politique nationale de l’eau et instauré un groupe responsable des ressources en eau au sein du ministère de l’Environnement, du Logement et du Développement territorial. Il s’agit de la première entité centralisée chargée des activités de planification et de budgétisation en matière de gestion des ressources en eau dans le pays. Au moins 25 municipalités ont adopté des plans de gestion des bassins versants dans les zones de pénurie d’eau afin de mieux gérer et mieux contrôler une ressource nationale précieuse.

Dans de nombreux pays qui bénéficient de l’appui de l’IDA, la bonne gouvernance des eaux souterraines est une question hautement prioritaire dans le secteur de l’eau. Le Projet de gestion de l’eau du bassin de Sanaa (2003-2010, 24 millions de dollars) a été la première initiative menée au Yémen pour faire face à la crise de l’épuisement des eaux souterraines en réduisant la consommation d’eau d’environ 4 000 hectares (ha) de terres irriguées et en favorisant le renouvellement des eaux souterraines, ce qui a permis de faire baisser les prélèvements dans les aquifères locaux de plus de 15 millions de mètres cubes d’eau par an.

Hydroélectricité

L’hydroélectricité est aujourd’hui la première source d'énergie dans le monde qui soit à la fois renouvelable, abordable et décarbonée ; elle offre par ailleurs une garantie contre les fluctuations des prix de l’énergie. Le Projet hydroélectrique de Trung Son au Viet Nam, (330 millions de dollars) financé par la BIRD et approuvé durant l’exercice 2011, a pour ambition de fournir un approvisionnement en électricité à moindre coût, sans transiger sur la sécurité et le respect de l’environnement. À sa livraison, le projet devrait produire en moyenne chaque année 1 019 gigawatts par heure (GWh) d’électricité. Il permettra également de contrôler les inondations annuelles de la vallée fluviale en aval et de fournir un approvisionnement d’appoint à l’agriculture lors de la saison sèche. Au cours de l’exercice 2010, l’IDA a dégagé 85 millions de dollars supplémentaires pour le Projet d’hydroélectricité de Felou au Sénégal, en Mauritanie, en Guinée et au Mali, afin de permettre aux habitants de la Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest de bénéficier d’une source d’électricité stable, fiable et bon marché. Le projet augmentera les capacités d’approvisionnement en hydroélectricité, à un coût moindre, en accroissant la production de 60 mégawatts (MW) et mettant à disposition 95 % de l’énergie produite.

Agriculture et sécurité alimentaire

Dans de nombreux pays à faible revenu, la majorité de la population active est employée par l’agriculture, ce qui fait de ce secteur un facteur clé pour la réalisation des objectifs de réduction de la pauvreté dans le monde. Le Plan d'action pour l'agriculture 2013-2015 du Groupe de la Banque mondiale détaille la prochaine phase triennale de son soutien à ce secteur. À la suite du Plan d’action 2010-2012, il vient donc couvrir une période de six ans consacrée à l’exécution du Rapport sur le développement dans le monde 2008 : l’agriculture au service du développement. Le Plan d’action 2010-2012 précisait l’intensification des initiatives du Groupe de la Banque mondiale dans l’agriculture afin d’accroître le rôle de ce secteur dans la sécurité alimentaire, l’accroissement des revenus des plus démunis et les services environnementaux.

Le Projet d’irrigation dans les exploitations agricoles en République kirghize (2000-2013, 20 millions de dollars) a été élaboré dans le but d'accroître les rendements au moyen d’une distribution d’eau fiable et durable au sein d'anciennes coopératives agricoles d'État réparties sur sept régions administratives différentes. Le projet, dont l’activité principale a consisté à renforcer 450 associations d’usagers d’eau en leur fournissant appui et formation, a abouti à la création et à la consolidation de ce type de structure. Plus de 50 000 personnes ont reçu une formation et près de 450 associations d’usagers, comprenant 166 000 membres, ont été officiellement désignées pour assurer la gestion de l’irrigation de 710 000 hectares arables, soit près de 70 % des terres irriguées du pays. Financé par la BIRD, le Projet du sous-secteur de l’irrigation au Pérou (1997, 85 millions de dollars) a permis d’accroître la production et la productivité dans le secteur agricole, en renforçant la viabilité et l’efficacité des systèmes d’irrigation publics existants. À la clôture du projet, l’efficacité des réseaux d’adduction d’eau avait progressé en moyenne entre 55 et 68 % et environ 190 000 nouveaux droits d’usage de l’eau avaient été institués. Le projet a également profité à 135 000 familles agricoles, réparties sur une superficie totale de 435 000 ha de terres irriguées, contribué à la création de 6 400 emplois et augmenté de manière générale la productivité du secteur agricole. Les rendements par hectare ont bondi de 20 à 50 % dans les zones concernées.

Protection contre les inondations et gains sociaux et environnementaux                                    

Afin de remédier à l’évolution et à la plus grande variabilité des régimes de crue et de ruissellement, la Banque mondiale applique un programme de gestion intégrée des inondations, qui repose notamment sur des systèmes d’alerte rapide efficaces et des dispositifs infrastructurels et institutionnels pour une action concertée. Au Yémen, les fonds alloués par l’IDA (80 millions de dollars au total) ont permis de doter la ville de Taiz et sa périphérie d’équipements essentiels à la maîtrise des inondations. À la clôture du projet en 2008, les principaux quartiers de Taiz, notamment son centre-ville, étaient protégés contre les crues subites et devenus habitables en toute sécurité. Grâce au projet, la valeur foncière a crû de plus de 100 %, et les dégâts subis par les propriétés résidentielles et les entreprises (qui se montaient respectivement à 160 et 660 par an) ont disparu. Par ailleurs, grâce à la sécurisation de l’environnement pédestre, on ne déplore plus aucune victime, alors que le nombre de décès s’élevait auparavant à 6 victimes par an. Les ouvrages de protection contre les inondations et les raccordements complémentaires aux réseaux d’évacuation ont permis d’améliorer les conditions de santé et d’hygiène en réduisant le déversement des eaux usées dans les oueds, qui étaient devenus des terrains propices à la prolifération des moustiques porteurs du paludisme. Au Maroc, à la suite des examens diagnostiques des procédures de sauvegarde et des évaluations environnementales et sociales menées dans le cadre du Projet d’assainissement d’Oum er Rbia, on observe une plus grande transparence, ainsi qu’une participation et une consultation accrues du public, pour l’adoption de dispositifs de sauvegarde sociaux et environnementaux qui concernent les projets du secteur de l’eau.

En Chine, le Projet de gestion intégrée de l’environnement et de l’eau du bassin de Hai, achevé en 2011, a promu avec succès une approche intégrée de la gestion des ressources en eau et du contrôle de la pollution dans la région ; il a par ailleurs contribué à la restauration et à la protection de l'environnement, de l’écosystème et de la biodiversité de la mer de Bohai. Ce projet a concerné 16 comtés du nord de la Chine et a bénéficié à plus de 20 millions de personnes. Grâce au meilleur suivi de l’utilisation de l'eau et du contrôle de la pollution dans le bassin de Hai, la santé des habitants et leurs conditions de vie ses sont améliorées, les pestilences ont disparu, tandis que le paysage et les agréments du bassin ont été mis en valeur. Les agriculteurs ont également tiré profit d’une gestion plus efficace de l’irrigation axée sur la consommation d’eau qui a permis d'augmenter la productivité de l'eau, les rendements agricoles et les revenus des familles. À long terme, ces bénéfices s'étendront également aux pêcheurs et aux populations côtières grâce à une eau de meilleure qualité, des populations de poissons plus nombreuses et une plus grande biodiversité.

Gestion fluviale transfrontalière

Au regard des 263 fleuves internationaux que compte la planète, il est essentiel d’encourager une gestion coopérative pour une utilisation plus efficace des ressources en eau, qui permettrait ainsi de diminuer la pauvreté. La Banque mondiale encourage la gestion conjointe des cours d’eau transfrontaliers au travers de projets divers, notamment en Afrique.

Dans le bassin du fleuve Sénégal, les projets financés par l’IDA ont contribué à renforcer l’efficacité de la gestion des ressources fluviales, avec notamment l’incorporation de la Guinée dans l’organisation chargée de cette gestion, ce qui a permis de parvenir à une gestion intégrée des ressources en eau sur la totalité du bassin. Dans le bassin du Nil, le soutien constant de la Banque mondiale à l'Initiative du bassin du Nil a favorisé une coopération et une efficacité plus grandes dans la gestion conjointe des ressources en eau, en dépit des sérieuses difficultés que posent les ressources hydriques dans la région. Dans le bassin du Mékong, la Banque mondiale travaille étroitement avec la Commission du Mékong, qui assure une gestion coopérative du bassin, et accompagne des États riverains (comme le Cambodge et la République démocratique lao), afin de consolider leur capacité de gestion intégrée des ressources en eau et de gestion des risques en cas de catastrophe naturelle.

Une gestion multisectorielle

Les projets de gestion des ressources en eau concernent souvent plus d’un secteur et combinent des investissements comportant à la fois un volet de développement institutionnel et de renforcement des capacités. Pour intégrer la gestion de l’eau aux programmes et plans de développement des pays, la Banque mondiale met au point des stratégies d'aide spécifique pour les ressources en eau. Sur la période 2003-2010, près de 20 stratégies de ce type ont été mises en place. Dans l’ensemble, elles ont constitué un instrument de dialogue efficace avec les pays clients sur les questions de l'eau en général. Les stratégies élaborées avec l’Inde et le Pakistan ont par exemple posé les fondations d’une hausse significative des prêts accordés. En Éthiopie, elles ont mis en évidence l’interdépendance des secteurs consommateurs d’eau et l’impact économique de la variabilité hydrologique ; ces résultats ont conduit à certains réajustements du portefeuille de la Banque mondiale et à l'identification de priorités d’investissement (développement d’infrastructures hydrauliques polyvalentes, approvisionnement en eau et assainissement, gestion des bassins…).

Accroître la qualité et l’impact des prêts d’investissement avec le soutien de programmes de partenariat mondial

La Banque mondiale affermit la qualité de ses projets relatifs à l'eau dans le but d’obtenir davantage de résultats en s’appuyant sur des programmes de partenariat mondial. Ainsi le Programme de partenariat pour l’eau (WPP), un fonds fiduciaire multidonateurs, a-t-il pour mission d'accompagner les initiatives de la Banque mondiale en faveur de la réduction de la pauvreté autour de deux axes : l’amélioration de la gestion des ressources en eau et des services liés à l’eau, dans le souci d'une plus grande efficacité des projets financés par la Banque mondiale, et l’intégration systématique de la gestion de l'eau dans le contexte d’une croissance verte et à l’épreuve du changement climatique.

Ce fonds finance plus de 40 % des études analytiques de la Banque mondiale sur l'eau, toutes régions et tous sous-secteurs de l’eau confondus. Il optimise et oriente près de 11,5 milliards de dollars de financements. L’appui que le programme fournit par l’allocation de fonds pour l'approvisionnement en eau et l'assainissement a amélioré le quotidien de près de 52 millions d’habitants dans 26 pays, dont près de 17 millions en Afrique. Afin de pouvoir répondre à la complexité des défis de l’eau au XXIe siècle et faire face aux enjeux que constituent le changement climatique et l'équation nourriture/énergie/eau, plus de la moitié des financements du WPP sont consacrés aux aspects liés à la gestion des ressources en eau. Le programme est par ailleurs doté d’une équipe d’experts d’envergure mondiale et à même de répondre aux demandes complexes et urgentes, qui consacre également deux tiers de son soutien à la gestion des ressources en eau.

Une étude exploratoire du marché financée par le WPP a un impact direct sur le Projet d’efficacité énergétique dans les services d’adduction d’eau dans l’État du Karnataka, mené en Inde avec l'appui financier de la Banque mondiale. Ce projet de maîtrise de l’énergie sert deux objectifs : d’une part, la réduction des coûts au niveau de la fourniture des services d’eau et, d’autre part, l’adaptation au changement climatique ainsi que son atténuation. Une utilisation plus optimale de l’énergie dans le secteur de l’eau en milieu urbain permet en effet d'instaurer des pratiques plus respectueuses de l’environnement. L’étude exploratoire a défini les améliorations à apporter au secteur de l’eau en milieu urbain, trop gourmand en énergie. Les coûts en électricité représentent 50 % du total des dépenses d’exploitation et d’entretien, et les pertes de revenu atteignent parfois 45 % pour certaines compagnies. L’équipe a identifié les principaux acteurs du secteur, mis au point des solutions techniques rentables et communiqué ses résultats à tous les fournisseurs du pays. Un projet pilote a été lancé dans chacune des six municipalités pour remplacer les anciennes pompes par des modèles plus sobres en énergie. Le coût du programme s'est élevé à quelque 800 000 dollars et devrait réduire les coûts d'exploitation de 20 à 25 % et économiser 16 millions de kilowatts heure (kWh) par an. Sur dix ans, ce projet pilote compensera les émissions de près de 135 000 tonnes de CO2. Forte des enseignements ainsi acquis en matière d'efficacité énergétique, la Banque mondiale prépare actuellement la suite du projet.

Contribution du Groupe de la Banque mondiale

Dans le cadre des projets approuvés de 2002 à 2012, le volume des financements de la Banque mondiale pour la gestion des ressources en eau s’est établi à près de 8 milliards de dollars. Pour les exercices 2011 et 2012, les fonds de la Banque mondiale consacrés à la gestion des ressources en eau se sont élevés à 1,2 milliard de dollars.

Partenaires

Avec ses partenaires, la Banque mondiale travaille à la promotion d'initiatives innovantes pour la gestion intégrée des ressources en eau. En raison de l’envergure des besoins et des initiatives en la matière, ce type de collaboration s’est révélé significatif.

Le Programme de partenariat pour l’eau (WPP) est un fonds fiduciaire multidonateurs qui bénéficie de l’appui du Royaume-Uni, des Pays-Bas et du Danemark. Il a pour ambition d'accompagner les initiatives de la Banque mondiale en faveur de la réduction de la pauvreté en améliorant la gestion des ressources en eau et les prestations de services liées à l’eau. Ce fonds finance 40 % des études analytiques de la Banque mondiale sur l'eau et soutient aujourd'hui des activités dans 55 pays. Il destine ses fonds principalement au continent africain, à l’égalité des sexes, à la réduction de la pauvreté et à la qualité des opérations de prêt. Le programme est entré dans sa seconde phase, plus importante en termes de déploiement et d'envergure.

L’Initiative pour le secteur de l’eau en Asie du Sud (SAWI) est un fonds fiduciaire multidonateurs créé en 2008. Il a pour objectif de renforcer la gestion des ressources en eau entre les pays d’Asie du Sud et au niveau national. Le fonds prête une attention particulière à la coopération régionale et l’adaptation au changement climatique. Les donateurs ont à ce jour pris l’engagement de verser un total de 9,5 millions de dollars, sur lesquels 5,5 millions ont déjà été versés à la Banque mondiale.

En mars 2011, la Banque mondiale a signé un protocole d’accord avec les États-Unis pour une collaboration plus large et plus importante dans le secteur de l’eau. La Banque mondiale travaille en étroite collaboration avec 16 organismes américains afin de fournir un appui aux pays en développement dans la gestion des crises de l'eau mondiales (pénurie d'eau potable et absence d'assainissement, épuisement des aquifères, sécheresses, inondations et répercussions du changement climatique...).

Perspectives

Pour pérenniser les avancées décrites et accroître les effets bénéfiques liés à la réduction de la pauvreté et au développement durable, il est essentiel que la Banque mondiale fasse preuve de constance, en jouant un rôle moteur et en apportant un soutien accru à ces projets. La nouvelle stratégie pour le secteur de l’eau en cours d’élaboration consolidera les bonnes pratiques de gestion de l’eau afin d’asseoir l’objectif ambitieux de la Banque mondiale d’être à la pointe de ces enjeux et de répondre à l’évolution des besoins des pays clients. Cette stratégie place l’eau au cœur de l’aide accordée aux populations, aux économies et aux écosystèmes afin qu’ils prospèrent, en en faisant un facteur clé de l’élimination de la pauvreté dans le monde. La Banque mondiale se donne comme perspective de :

  • Redoubler d’effort pour faire face à la variabilité du climat dans le cadre des projets qu'elle finance, au niveau notamment de l’amélioration du stockage de l’eau, de la lutte contre les inondations et de la capacité de réaction en cas d’intervention d’urgence ;
  • Consacrer davantage de ressources à l’exploration et au renforcement des liens entre le secteur de l'eau et d'autres secteurs, comme l'énergie, l'agriculture et l'environnement, et veiller à ce que les aspects liés à l’eau soient pris en compte dans la planification sectorielle des États ;
  • Accroître le soutien accordé à l’hydroélectricité et exploiter davantage les possibilités d’amélioration de l’efficacité des systèmes d’approvisionnement en eau ;
  • Veiller à ce que les priorités en matière de sécurité alimentaire prennent en compte l’irrigation et coopérer avec les pays clients pour améliorer la maîtrise de l’eau au sein des réseaux d’irrigation existants ;
  • Renforcer l’utilisation et la diffusion de données pour favoriser la prise de décision et les échanges entre pays et faciliter l’intégration des technologies pour accroître la fiabilité des informations ;
  • Continuer à accorder un soutien important aux réformes institutionnelles et au renforcement des capacités des organisations concernées et consolider les partenariats mondiaux qui concernent l’eau pour assurer un impact durable.

Bénéficiaires

Arwa Mohamed n’oublie pas ces heures difficiles. Quand il pleuvait, l’eau montait si haut dans les rues de son quartier de Taiz au Yémen que ses voisins étaient coincés dans leur maison pendant plusieurs jours. « Quand la pluie tombait et que les enfants étaient à l'école, nous avions peur : les eaux de ruissellement s’engouffraient dans les rues et nous étions condamnés. Les personnes qui étaient chez elles – les mères, par exemple – se postaient à la fenêtre dans l'attente de leurs enfants et leur criaient ‘Ne traversez pas, c'est dangereux’. Ces eaux ont même emporté une grand-mère et son petit-fils. », raconte Arwa. Aujourd’hui, ajoute-t-elle, « il n’y a plus de danger ». L'eau s'écoule toujours, mais sous les habitations et non plus entre les maisons, grâce à un caniveau souterrain. « Aujourd’hui, nous avons de belles rues pavées et nous pouvons les traverser en toute tranquillité, même sous des paquets d’eau. Auparavant, nous étions coupés du monde, en cas de pluie, vous comprenez ? ».  

Selon Shawki Ahmed Hayel Saeed, entrepreneur et conseiller municipal de Taiz, « le projet ne se résume pas aux améliorations apportées pour résoudre les problèmes d’inondations qui ont touché Taiz ces dernières années : il a également conduit à la signature d’autres contrats pour paver et goudronner de nombreuses rues, employer une vaste main-d’œuvre et aider le conseil municipal à former des gens et à pouvoir leur offrir un plus grand revenu, du fait de leur participation à ce projet. »

Pour Amin Jibari, ce projet a enfin mis le sous-sol de sa maison à l’abri de tout accident : « Plus de sinistre, tout est rentré dans l’ordre après la construction du caniveau et d'un mur de protection, l'eau n’envahit plus la maison. Finie, l’angoisse : les inondations, c’est du passé ! ». Depuis l'installation d’un caniveau à proximité de son domicile, cet épicier de 28 ans et les cinq membres de sa famille ne sont plus en danger.