TRIBUNE

La Chine, un partenaire clé dans la lutte contre le changement climatique

Jim Yong Kim

China Daily

17 septembre 2013

Au cours des 30 dernières années, la Chine a poursuivi un objectif de développement économique accéléré, affichant une croissance moyenne d’environ 10 % par an. Près de 500 millions de personnes ont été affranchies de la pauvreté durant cette période, et la Chine est aujourd’hui la deuxième économie de la planète.

Ce sont là des progrès remarquables pour n’importe quel pays, et à plus forte raison pour un pays aussi vaste que la Chine. Mais les tensions créées par une croissance aussi rapide sont de plus en plus apparentes, comme la dégradation de l’environnement et ses répercussions sur la santé de la population.  C’est pourquoi les dirigeants chinois ont engagé une réflexion sur les meilleurs moyens d’améliorer la qualité de vie de leurs citoyens.  

Pour répondre à ces aspirations, l’un des plus grands défis de notre époque pour la Chine – et pour le monde – est de contrer les effets du changement climatique. Il ne faut pas regarder bien loin pour trouver des exemples tragiques qui nous rappellent que le changement climatique est une menace immédiate et réelle, capable d’anéantir des années de progrès au plan du développement.

En juillet, les pluies diluviennes qui se sont abattues sur le Sud-Est de la Chine ont causé de vastes inondations et des glissements de terrain. Des dizaines de personnes ont été tuées et des centaines sont encore portées disparues. En août, le fleuve Heilong (Amour), qui marque la frontière nord-est de la Chine avec la Russie, est sorti de ses berges, provoquant la crue la plus grave depuis un siècle, coupant des routes et isolant des villages entiers.   

Il ressort d’un volume croissant de données que les phénomènes météorologiques extrêmes – sécheresses, inondations, tempêtes et feux de forêts – se sont multipliés au cours des dernières décennies, et que certains sont liés au changement climatique. Selon un récent rapport de la Banque mondiale intitulé « Turn Down the Heat:  Climate Extremes, Regional Impacts, and the Case for Resilience » (Baissons la chaleur : phénomènes climatiques extrêmes,  incidences régionales et plaidoyer en faveur de l’adaptation), la hausse des températures menace de plus en plus la santé et les moyens d’existence des populations, tout en accroissant le risque que les mégacatastrophes se multiplient.

Le changement climatique est une priorité absolue pour la Banque mondiale, et notre institution œuvre de concert avec les pays, les organisations, les groupes de la société civile et d’autres membres de la communauté internationale pour trouver des solutions. La Chine jouera un rôle déterminant. Sa taille même amplifie le défi, tandis que la croissance rapide et l’urbanisation exacerbent le problème.

La Chine est aujourd’hui le principal émetteur mondial de gaz à effet de serre. Ses émissions par habitant atteignent 7,2 tonnes de dioxyde de carbone, niveau comparable à celui observé dans les pays de l’Union européenne.

La bonne nouvelle est que le gouvernement chinois a pris des mesures à la hauteur du défi. Il s’est engagé à réduire l’intensité d’émission de carbone en Chine de 40 à 45 % d’ici à 2020 par rapport aux niveaux de 2005 et à accroître la consommation d’énergie produite à partir de combustibles non fossiles de 15 % également à l’horizon 2020.

La Chine est aujourd’hui un leader mondial en matière de construction de petites centrales hydroélectriques et de puissance éolienne installée, laquelle a doublé chaque année depuis 2005 pour atteindre 61 gigawatts en 2012.  Entre 1990 et 2010, la consommation chinoise d’énergie renouvelable a été aussi importante que celle de tous les pays européens pris ensemble.

Le Groupe de la Banque mondiale soutient les mesures prises par la Chine pour faire plus. Hier, j’ai signé un protocole d’accord avec le Président de la Commission nationale du développement et de la réforme en vue de renforcer la coopération dans les domaines du changement climatique, de l’énergie propre, de la réduction des embouteillages et de la pollution atmosphérique, et de l’amélioration de la gestion des risques d’inondation.

Cet accord fait fond sur notre partenariat de longue date avec la Chine, qui compte plus de la  moitié des 125 projets actuellement menés par la Banque mondiale dans le domaine du changement climatique. La Banque a accordé 5,3 milliards de dollars de prêts à la Chine au titre d’initiatives dans ce domaine et mobilisé 36 milliards de dollars supplémentaires auprès des pouvoirs publics, du secteur privé et d’autres sources, ce qui a permis de financer un investissement total de plus de 40 milliards de dollars. Rien que l’année dernière, la Société financière internationale, l’institution de notre Groupe qui intervient à l’appui du secteur privé, a engagé un montant record de 347 millions de dollars au titre de projets liés au climat, soit un tiers du montant total de ses engagements en Chine, qui se chiffrent à un milliard de dollars.

Par exemple, nous travaillons ensemble pour faire de Shanghai une ville sobre en carbone en améliorant l’efficacité énergétique dans les bâtiments et en promouvant la mobilité verte grâce à l’utilisation des transports en commun et de véhicules propres et peu gourmands en énergie.

Au cours des deux dernières décennies, nous avons aidé la Chine à adopter les technologies propres et à les utiliser à grande échelle. Nous soutenons aujourd’hui les  mécanismes pilotes d’échange de quotas d’émissions qu’elle a mis en place pour atteindre ses objectifs écologiques de manière plus efficace par rapport au coût, notamment les mécanismes de plafonnement et d’échange de carbone dans le cadre du Partenariat pour la préparation au marché, les mécanismes d’échange de certificats de rendement énergétique, les quotas d’énergies renouvelables et les mécanismes d’échange de certificats d’énergies renouvelables.

À moins de prendre d’urgence des mesures décisives, comme l’indique notre rapport, les températures de la planète risquent d’augmenter de 2°C par rapport à l’ère préindustrielle au cours des 20 à 30 prochaines années, ce qui aurait des effets catastrophiques sur la production agricole, les ressources en eau, les écosystèmes côtiers et les populations.

Notre institution, qui s’est fixé comme objectif de mettre fin à l’extrême pauvreté à l’horizon 2030 et d’assurer une prospérité partagée, est déterminée à aider les pays à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre et à se préparer à affronter des phénomènes climatiques et météorologiques extrêmes. Le changement climatique aura un impact sur tout le monde, mais ce sont les pauvres qui seront les plus durement touchés et les moins à même d’y faire face.

Le monde a beaucoup à apprendre de l’expérience de la Chine. Je trouve très encourageant qu’elle se soit engagée à jouer un plus grand rôle dans la recherche d’une solution mondiale. La Chine et le monde doivent prendre des mesures énergiques, et le Groupe de la Banque mondiale apportera toute l’aide possible.

 L’auteur est le président du Groupe de la Banque  mondiale.

La version originale de cet article a été publiée dans la revue China Daily sous le titre « Vital Partner in Green Drive”.