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Planifier et financer des villes vivables et sobres en carbone

25 septembre 2013

Cette nouvelle initiative devrait permettre d'améliorer les conditions de vie de plus de 700 millions de personnes dans 300 villes situées dans des pays en développement.

LES POINTS MARQUANTS
  • On estime que 6,2 milliards d'individus (les deux tiers de la population mondiale) vivront dans des villes d'ici 2050.
  • Les villes représentent déjà près de deux tiers de la consommation totale d'énergie et environ 70 % des émissions de gaz à effet de serre (GES). Ces émissions pourraient être réduites de 30 à l’échelle mondiale.
  • Une nouvelle initiative de la Banque mondiale vise à aider les pays en développement à dresser le bilan de leurs émissions de GES, à évaluer le potentiel de réduction de ces émissions, à définir des plans d'action climatiques et à obtenir les financements nécessaires à un développement sobre en carbone.
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Quel est le point commun entre Kampala et Rio de Janeiro ? À première vue, la capitale de l'Ouganda, pays enclavé, et la mégapole de la côte brésilienne peuvent sembler très différentes. Mais les apparences sont trompeuses, et ces deux villes ont en réalité bien des choses en commun.

Toutes deux confrontées aux défis que posent l'urbanisation rapide et le changement climatique, elles sont en effet passées à l’action en concevant leurs propres trajectoires de développement sobre en carbone.

À Rio de Janeiro (a), les autorités municipales ont développé un plan détaillé visant à réduire les émissions de la ville et à renforcer sa résilience aux effets du changement climatique : création d'un inventaire des gaz à effet de serre (GES), surveillance des risques climatiques pilotée par un Centre des opérations (a) de pointe, adoption de différentes mesures sobres en carbone, avec notamment la mise en place d’un système de vélos en libre-service, le doublement du nombre de pistes cyclables de la ville et la généralisation des services d’assainissement de base dans la Zona Oeste, etc. Kampala a également commencé par dresser le bilan de ses émissions de GES et a réalisé son premier inventaire en 2012.

Déterminée à soutenir ces mutations, la Banque mondiale a annoncé aujourd'hui la création d’une nouvelle opération : l’Initiative pour des villes vivables et sobres en carbone (Low-Carbon Livable Cities ou LC2) vise à accompagner les villes des pays en développement alors qu’elles s’emploient à planifier un développement soucieux du changement climatique et sobre en carbone et qu’elles recherchent les financements nécessaires à cette transition. Ayant pour objectif de toucher 300 des plus grandes villes des pays en développement au cours des quatre prochaines années, cette initiative fournit un ensemble complet d'outils et d'activités adaptés aux besoins spécifiques des villes et à leur degré d'avancement sur la voie d’un développement « climato-intelligent » : du stade de l’inventaire et de l’évaluation des émissions de GES à celui de la planification d'investissements sobres en carbone et, enfin, aux solutions de financement. 

« Le changement climatique est l'un des plus grands défis auxquels nous sommes confrontés à l'heure actuelle. Il constitue un problème économique susceptible d'empêcher des millions de personnes d'atteindre un jour la prospérité », a déclaré aujourd'hui à New York le président du Groupe de la Banque mondiale, Jim Yong Kim. « Les villes offrent des opportunités uniques en matière de lutte contre le changement climatique. De nombreuses villes des pays en développement désirent suivre une trajectoire de croissance intelligente face au climat, et c'est à ce niveau que notre nouvelle initiative intervient. »

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Jim Yong Kim
Président du Groupe de la Banque mondiale

Planifier des villes vivables et sobres en carbone

En matière de planification, la première étape consiste à bien appréhender le problème. Une étude réalisée récemment par le personnel de la Banque mondiale a révélé que seulement 20 % environ des 150 plus grandes villes du monde disposent des outils d'analyse de base qu'exige la planification d'un développement sobre en carbone.

Un aspect essentiel de l'initiative LC2 consiste à établir cette base d'observations. Elle va pour cela introduire une nouvelle méthodologie élaborée en collaboration avec plusieurs partenaires (dont le réseau C40, l'ICLEI et le WRI, notamment). Cette méthodologie exhaustive sert à quantifier les émissions de GES liées à l'activité économique et à la consommation d'une ville. La Banque mondiale et ses partenaires mettent actuellement au point un programme d'accréditation visant à former les autorités municipales et les professionnels du secteur privé à cette méthodologie. Les inventaires ainsi obtenus fourniront aux villes un instantané de leur profil d'émissions et leur permettront d'identifier la combinaison de mesures politiques et d'investissements susceptible de les aider à réaliser pleinement leur potentiel de réduction de ces émissions.

Mobiliser le secteur privé pour financer un développement sobre en carbone            

Savoir planifier intelligemment ne constitue qu'une partie de la solution. Pour que les plans puissent être mis en œuvre, les villes doivent avoir accès aux financements requis. Dans l’ensemble des pays à revenu faible et intermédiaire, l’insuffisance des infrastructures se chiffre à plus de 1 000 milliards de dollars par an, les villes représentant 70 % de ces besoins de financement. Parallèlement, l'aide publique au développement ne représente actuellement que 125 milliards de dollars. L'initiative LC2 fournit des outils permettant aux villes de tirer parti de cette aide pour accéder à d'autres sources de financement.

Une analyse des 500 plus grandes villes des pays en développement montre que seul un faible pourcentage d'entre elles sont considérées comme solvables (environ 4 % sur les marchés financiers internationaux et 20 % sur les marchés locaux). La première étape pour obtenir les financements nécessaires à la planification d'un développement sobre en carbone consiste à rendre les municipalités plus attrayantes pour les investisseurs privés et à les aider à accéder aux marchés financiers.

Dans ce contexte, la Banque mondiale et ses partenaires ont conçu un programme destiné à aider les responsables financiers des villes à réaliser des audits détaillés de leurs systèmes de gestion des recettes municipales et à engager les mesures préliminaires en vue d'obtenir une notation financière. Ce programme sera officiellement inauguré du 14 au 19 octobre à Nairobi (Kenya), et d'autres formations sont prévues en Corée, en Inde et en Colombie.

Aider les villes à accéder aux financements privés constitue un investissement intelligent. Les estimations internes de la Banque mondiale indiquent que chaque dollar investi dans la solvabilité d'une ville d'un pays en développement est susceptible de mobiliser plus de 100 dollars de fonds privés pour le financement d'infrastructures sobres en carbone et résilientes aux effets du changement climatique.

L'obtention d'une notation financière est un processus à long terme qui prend en moyenne de trois à cinq ans — à Lima, par exemple, il a pris près de quatre ans. Pour amorcer ce processus et répondre aux besoins de financement immédiats, l'initiative tirera également parti de l'expérience de la Banque mondiale en matière de solutions de financement novatrices pour développer des mécanismes visant à attirer davantage de capitaux privés vers le marché des collectivités locales. L'un de ces mécanismes consiste à regrouper les possibilités de financement. En mettant en relation des villes désirant financer le même type d'investissement, l'initiative les aidera à accéder ensemble aux marchés et à profiter ainsi de meilleures conditions de financement.

Le développement sobre en carbone : une question de compétitivité

« Pour les autorités municipales, trouver la voie d'un développement sobre en carbone est une question de compétitivité, de croissance et de santé publique », explique Rachel Kyle, vice-présidente de la Banque mondiale pour le Développement durable.

En intégrant une dimension climatique aux programmes de développement des villes, les économies d'énergie générées libèreront des budgets pour d'autres investissements, les infrastructures résilientes résisteront aux forces de la nature et les citoyens respireront un air plus pur.

Cette nouvelle initiative peut potentiellement améliorer la vie de plus de 700 millions de personnes vivant dans les villes concernées et celle de milliards d'individus à l'échelle mondiale grâce à la réduction des émissions.