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À Kinshasa, la rénovation des routes revitalise certains quartiers

20 mai 2013

L'avenue Ngiri avant (gauche) et après (droite) les travaux de rénovation. 

LES POINTS MARQUANTS
  • Des années de guerre civile ont détruit les infrastructures, et notamment les routes, en RDC.
  • Un projet d’infrastructure routière financé par la Banque mondiale a désenclavé les communes à la périphérie de Kinshasa et amélioré le quotidien des habitants.
  • Depuis que les routes ont été rénovées, les petits commerçants prospèrent le long des avenues.

KINSHASA, le 20 mai, 2013_  Aujourd’hui, les commerces fleurissent le long de l’avenue Nlandu dans la commune de Bumbu, située au sud de Kinshasa et les propriétaires des maisons qui bordent ces avenues font désormais de bonnes affaires.

Pour Adrien, gérant d’hôtel, l’impact est colossal: «Le taux de remplissage de nos chambres, presque nul avant la rénovation de l’avenue Nlandu,  est désormais de 80% et la plupart de nos clients viennent d’autres communes et sont les premiers surpris par la qualité de la voirie qui tranche avec l’image parfois négative qu'ils avaient du quartier », affirme-t-il.

La réhabilitation de l’avenue Nlandu, ainsi qu’un bon nombre d’artères de la ville de Kinshasa, s’inscrit dans le cadre du «projet d’urgence et de réhabilitation urbaine et sociale » (PURUS) financé  par la Banque mondiale. Ce projet d’un montant de 180 millions de dollars a permis de rénover 30 km de routes. La rénovation de dix kilomètres supplémentaires sera achevée d’ici la fin du mois de de mai. Au total, deux millions de personnes bénéficieront de ce projet qui leur donnera un meilleur accès aux services urbains comme les écoles et les centres de santé.

En RDC, les  infrastructures ont été détruites par six années de guerre civile et le gouvernement congolais  a fait de la réhabilitation des routes et autres infrastructures sa priorité.

« Étendre et reconstruire les infrastructures est essentiel pour assurer le développement économique de la République démocratique du Congo, » explique Eustache Ouayoro, directeur de pays pour la Banque mondiale en RDC. «Ces routes rénovées facilitent le commerce, relient les communautés à la capitale Kinshasa, et surtout, dans un contexte post-conflit, elles renforcent la cohésion sociale », ajoute-t-il.

Aujourd’hui, boutiques, pharmacies, débits de boissons prolifèrent et les communes de Bumbu et de Selembao, sa voisine, revivent.  «Je tiens désormais une maison de jeu électronique. Nous sommes une dizaine de jeunes petits commerçants  et nous  gagnons maintenant 15 à 20 $ par jour», confie ainsi un jeune de Selembao. 

 «Je vends une à deux bassines de farine de manioc par jour », témoigne une vendeuse qui n’écoulait jadis que quelques «bikolos » (ndlr : petit récipient en plastique équivalent à environ 1Kg).

Outre les grandes artères de Kinshasa, la rénovation de l’usine de traitement des eaux de Luyaka (à l’ouest de la capitale) a permis l’expansion d’un réseau de distribution en eau potable vers les quartiers pauvres. Pas moins de 150 000 personnes, qui n’ont jusqu’à présent pas accès à l’eau potable, vont en bénéficier.

Selon Jamal Saghir, directeur du développement durable pour la région Afrique de la Banque mondiale, le mauvais état des infrastructures en RDC entraîne des pertes de productivité pouvant aller jusqu’à 40%. « En réalisant les investissements adéquats en la matière, nous pourrions réduire les coûts des entreprises de 80% et diminuer de 70% les coûts occasionnés par le transport des produits agricoles ».

Mahine  Diop,  responsable du projet à la Banque mondiale et ingénieur municipal, estime qu’en ciblant les besoins prioritaires des populations, le projet a  largement contribué à la mobilité des personnes et des biens dans la ville de Kinshasa.  « Il a également aidé  à mieux structurer l'espace urbain et à développer des activités génératrices de revenus et d'emplois," assure-t-il.

Pourtant, selon ce dernier, si la rénovation des routes représente un acquis majeur, il ne s’agit que d’un début.  "Il s'agit maintenant de relever le défi de l’entretien de ces routes qui ne doit pas seulement être l'affaire des autorités mais celle de l’ensemble de la population. Il est  important qu'un budget conséquent d'entretien soit alloué chaque année pour éviter une dégradation précoce de ce patrimoine", note-t-il