COVID-19 : Comment le Groupe de la Banque mondiale aide-t-il les pays à faire face à la pandémie ? Suivez notre actualité

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09 novembre 2020

Face à la montée de la pauvreté, les nations doivent coopérer pour une reprise résiliente

Des enfants jouent sur un terrain vague devant leur logement précaire, dans un bidonville de Mumbai, en Inde. © Shutterstock.com 

M’Balu Tucker, 17 ans, était déjà pauvre avant la pandémie. Elle vit en Sierra Leone, un pays qui sort d’un conflit. Son village ne dispose que d’une école primaire et d'un unique point d'eau. Il n'y a pas d’électricité ni de revêtement sur les routes.

L'adolescente rêve de faire des études, de partir en ville et, d'ici quelques années, de travailler dans une banque, pour pouvoir soutenir sa famille, son village, son pays. Mais ses parents, ouvriers agricoles, doivent parfois s’endetter pour être en mesure de payer son école.

Aujourd’hui, grâce à un projet lancé en réponse à la pandémie de COVID-19, son destin est en train de basculer.

M'Balu Tuker

Télécharger le résumé en français :
Rapport sur la pauvreté et la prospérité partagée : Revers de fortune (pdf)

 

Au sein d’un groupe de jeunes femmes, M’Balu Tucker apprend à fabriquer et vendre du savon dans le cadre d’une opération financée par la Société financière internationale (IFC), une institution du Groupe de la Banque mondiale, et mise en œuvre par l’organisation confessionnelle World Hope (a). À l’heure de la pandémie, la fabrication de savon contribue à la protection de la population contre le coronavirus, tout en fournissant un revenu aux habitants les plus exposés aux difficultés économiques.

Tous les jours, M’Balu Tucker et ses camarades de travail se réunissent pour établir leurs plans de production et discuter de ce qu’elles comptent faire de l’argent ainsi gagné.

« Avant ce projet, nous n’avions pas de source de revenu », témoigne la jeune fille. Désormais, elle peut s’acquitter de ses frais de scolarité et même s’acheter des livres.

La pandémie, les conflits et les dérèglements du climat vont changer le visage de la pauvreté dans le monde

Après 25 ans de recul régulier, l'extrême pauvreté est repartie à la hausse. Ce bond en arrière est principalement imputable aux défis majeurs auxquels sont confrontés tous les pays, mais en particulier ceux qui comptent de nombreux pauvres : la pandémie de COVID-19, les conflits et le changement climatique. L'extrême pauvreté devrait enregistrer, entre 2019 et 2020, une hausse sans précédent depuis que la Banque mondiale a entrepris d’assurer un suivi systématique de la pauvreté dans le monde. Si la pandémie de COVID-19 constitue un obstacle nouveau, les conflits et le changement climatique aggravent déjà l'extrême pauvreté depuis plusieurs années.

L’édition 2020 du rapport de la Banque mondiale sur la pauvreté et la prospérité partagée (Revers de fortune) apporte un nouvel éclairage aux menaces qui pèsent sur la réduction de la pauvreté et propose des recommandations pour traverser cette passe difficile.

Le nombre de personnes vivant dans l’extrême pauvreté a chuté de façon spectaculaire entre 1990 et 2017, pour passer de 1,9 milliard à 689 millions. Au niveau mondial, l'extrême pauvreté a reculé d’un point de pourcentage par an en moyenne entre 1990 et 2015, mais elle n’a cédé que moins d'un demi-point par an entre 2015 et 2017.

Le nombre de personnes vivant dans l’extrême pauvreté a chuté de façon spectaculaire entre 1990 et 2017, pour passer de 1,9 milliard à 689 millions. Au niveau mondial, l'extrême pauvreté a reculé d’un point de pourcentage par an en moyenne entre 1990 et 2015, mais elle n’a cédé que moins d'un demi-point par an entre 2015 et 2017.

Les principales causes de ce ralentissement sont visibles depuis un certain temps, mais leurs effets sont aujourd'hui amplifiés par la pandémie de COVID-19.

Ce sont les plus pauvres qui pâtissent le plus des conflits violents, qui détruisent leurs moyens de subsistance et découragent les investissements dans leurs communautés. Ainsi, entre 2015 et 2018, le taux d'extrême pauvreté a été multiplié par près de deux au Moyen-Orient et en Afrique du Nord, en conséquence des conflits en Syrie et au Yémen.

Dans sa forme la plus extrême, la violence peut mener à des guerres qui détruisent des vies, des familles, des biens et des ressources naturelles, laissant des séquelles qui mettront des années à disparaître.

Le changement climatique menace la réduction de la pauvreté, et il continuera à s'intensifier dans les années à venir. Selon de récentes analyses réalisées pour les besoins de ce rapport, Il représente une menace particulièrement grave pour les pays d'Afrique subsaharienne et d'Asie du Sud, qui concentrent la plupart des pauvres de la planète. Les dérèglements du climat peuvent aussi entraîner une hausse des prix des denrées alimentaires, la dégradation des conditions sanitaires et l'exposition à des catastrophes naturelles, telles que les inondations, qui touchent les pauvres comme l’ensemble de la population.

La pandémie va accroître la pauvreté au sein de groupes de population jusqu’ici relativement épargnés

La pandémie aura des conséquences rapides et substantielles sur la lutte contre la pauvreté. Rien qu'en 2020, elle pourrait entraîner entre 88 et 115 millions de personnes supplémentaires dans l'extrême pauvreté. Le nouveau coronavirus provoque de graves perturbations à tous les niveaux, de la vie quotidienne au commerce international. Les plus pauvres en payent le plus lourd tribut en termes d’incidence de la maladie et de taux de mortalité.

« Cela signifie concrètement que les enfants n’iront pas à l’école, que les taux de mortalité et de malnutrition risquent d’augmenter, que la qualité de l’eau va se détériorer, en même temps que de nombreux autres indicateurs », a expliqué il y a quelques semaines Axel van Trotsenburg, directeur général de la Banque mondiale pour les Opérations, lors des Assemblées annuelles 2020. « Nous le constatons déjà dans les données disponibles pour les secteurs de la santé et de l’éducation. Cette situation nous préoccupe, et nous sommes plus que jamais déterminés à redoubler d’efforts pour y faire face. »

La pauvreté induite par la pandémie progresse au sein de populations jusqu’ici relativement épargnées. Les « nouveaux pauvres » présentent des caractéristiques différentes des populations en situation de pauvreté chronique : ils vivent en général en milieu urbain, sont plus instruits et travaillent dans les services informels et l'industrie manufacturière plutôt que dans l'agriculture. Jusqu’à 75 % d’entre eux pourraient se concentrer dans des pays à revenu intermédiaire comme l'Inde et le Nigéria.

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Prendre de toute urgence des mesures rapides, significatives et solides

Le coût humain et économique de la pandémie de COVID-19, des conflits et du changement climatique sera très lourd. D’après le Rapport 2020 sur la pauvreté et la prospérité partagée,

La lutte contre la pauvreté est confrontée à une crise extraordinaire, où se conjuguent une menace sanitaire mondiale d’une virulence jamais vue, une concentration inédite de l'extrême pauvreté dans des territoires et pays touchés par un conflit, et des changements climatiques anthropiques d’une ampleur sans précédent.

« Nous appelons au secours et à l’aide », confie M’Balu Tucker. La manière dont le monde relèvera aujourd'hui ces défis majeurs aura une incidence directe sur la possibilité de remettre sur les rails le processus de réduction de la pauvreté. Il en va de l’avenir de cette jeune fille, de sa famille, de ses voisins et des millions de personnes qui, comme eux, n’auront pas la chance de réaliser leur potentiel et leurs aspirations.

Partout, la première des priorités doit être de sauver des vies et de restaurer les moyens de subsistance. Certaines des politiques nécessaires pour y parvenir sont déjà en place, comme les systèmes de protection sociale. Le Brésil et l'Indonésie ont, par exemple, élargi leurs programmes de transferts monétaires.

Le Groupe de la Banque mondiale appuie les efforts déployés par les pays en développement pour, dans l’immédiat, sauver des vies et préserver les moyens de subsistance, tout en favorisant une reprise résiliente à moyen et long terme. Le Groupe de la Banque mondiale a renforcé son soutien aux régions où l’extrême pauvreté tend à se concentrer toujours plus, où les conflits armés sévissent de manière disproportionnée et où de vastes pans de la population vivent sous la menace de risques sévères liés au changement climatique, depuis les inondations aux invasions acridiennes.

« Nous nous sommes mobilisés pour affronter un grand nombre de défis urgents — aide alimentaire, connectivité numérique ou encore accès équitable aux outils de diagnostic, traitements et vaccins contre le coronavirus », a souligné le président du Groupe de la Banque mondiale David Malpass. Au-delà de la riposte immédiate à la pandémie, les responsables politiques doivent continuer de traiter les autres problèmes, plus larges, de développement. »

Comment agir dans l’urgence et favoriser un développement à long terme

Même s'il est primordial de lutter contre la pandémie, les pays doivent continuer à mettre en œuvre des solutions aux obstacles qui entravent la réduction de la pauvreté.

Le rapport recommande l’adoption d’une approche complémentaire à deux volets : répondre efficacement à l’urgence de la crise à court terme sans perdre de vue les obstacles fondamentaux au développement, comme les conflits et le changement climatique.

1. Combler le fossé entre les ambitions politiques et les résultats

On observe trop souvent un écart important entre les politiques telles qu'elles sont formulées et leur mise en pratique, et donc entre les attentes légitimes des citoyens et la situation qu'ils vivent au quotidien.

Si les ambitions portées par les politiques publiques sont louables, leurs possibilités de réalisation varient considérablement, de même que les groupes qui en bénéficient. Par exemple, au niveau local, les individus qui exercent le moins d'influence au sein d’une communauté risquent de se voir privés d’accès aux services de base. Au niveau mondial, les considérations d'économie politique se traduiront par la capacité des pays riches et des pays pauvres à accéder à des réserves mondiales d'équipements médicaux dont les quantités sont limitées. Il est essentiel d'élaborer des stratégies de mise en œuvre capables de réagir rapidement et avec souplesse afin de combler ce fossé.

2. Renforcer l'apprentissage et améliorer les données

On ignore encore beaucoup de choses sur le nouveau coronavirus. La vitesse et l'ampleur avec lesquelles il a frappé la planète ont submergé les systèmes d’intervention d’urgence tant dans les pays riches que dans les pays pauvres. Bien souvent, les communautés et les entreprises sont à l’origine de solutions innovantes, car elles ont davantage conscience des problèmes à traiter en priorité et jouissent d'une plus grande légitimité au niveau local pour communiquer et faire appliquer des décisions difficiles, comme l’obligation de rester chez soi. Les mesures sont d’autant plus efficaces que l’on apprend les uns des autres.

Par exemple, la façon dont la République de Corée a réagi à la pandémie de COVID-19 a été largement saluée et attribuée en partie aux efforts résolus qu'elle a déployés pour tirer les leçons de son « expérience douloureuse » dans sa lutte contre le syndrome respiratoire du Moyen-Orient en 2015.

3. Investir dans la préparation et la prévention

« Payer maintenant ou payer plus tard ». C’est peut-être un cliché, mais il est plus que jamais cruellement d’actualité. Bien souvent, les mesures de prévention ne sont guère payantes sur le plan politique, et la population accorde peu de crédit au fait que des catastrophes ont été évitées. Avec le temps, les populations qui n'ont pas vécu de catastrophe risquent de baisser la garde, partant du principe que les risques en question ont été éliminés ou qu'il sera facile d'y remédier s'ils se concrétisent.

La pandémie de COVID-19, ainsi que le changement climatique et les conflits prolongés, nous rappellent combien il est important d'investir dans des mesures de préparation et de prévention complètes et proactives.

4. Développer la coopération et la coordination

Contribuer aux biens publics et les préserver exige une coopération et une coordination de grande envergure. C’est indispensable si l’on veut promouvoir un apprentissage à grande échelle et améliorer les données sur lesquelles repose l'élaboration des politiques, mais aussi créer un sentiment de solidarité partagée pendant les crises et faire en sorte que les choix politiques difficiles des responsables soient à la fois fiables et dignes de confiance.

Enfin, pour être efficaces, les réponses doivent avant tout identifier ce qui rend ces problèmes non seulement différents et difficiles, mais également si lourds de conséquences pour les pauvres. Si l'on n'agit pas au plus vite et de manière globale, les difficultés s’intensifieront encore à l'avenir. Il faut certes prendre des mesures pour surmonter ces chocs aujourd’hui, mais il est tout aussi impératif de ne pas relâcher les efforts pour parvenir aux objectifs de développement qui permettront aux pays de réduire durablement la pauvreté : promouvoir une croissance inclusive, investir dans le capital humain et les actifs productifs, et les protéger.

Il est nécessaire et possible de corriger un bond en arrière aussi massif que celui provoqué par la pandémie. On l'a déjà fait dans le passé, en relevant des défis considérés à l'époque comme insurmontables — éradiquer la variole, mettre fin à la Seconde Guerre mondiale, résorber le trou dans la couche d'ozone — et on le fera encore à l'avenir.

Aucun pays ne peut à lui seul parvenir à juguler, ni encore moins prévenir, une situation d'urgence telle que celle à laquelle le monde est confronté actuellement. À l’avenir, la préparation, la prévention et la réponse des pays en cas de crise devront être globales et collectives. Il est possible d’effacer un revers aussi lourd que celui que nous subissons actuellement en raison de la COVID-19. On l'a fait à maintes reprises dans le passé et on le fera encore à l'avenir. Pour surmonter les obstacles au développement, grands ou petits, le monde doit s’engager sans délai à œuvrer collectivement à une reprise résiliente et faire tout son possible pour venir en aide aux millions de personnes comme M’Balu Tucker et les habitants de son village.