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ARTICLE 07 novembre 2019

La République kirghize mise sur les données pour renforcer l’action et le financement climatiques

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Prairie alpine des monts Tien Shan en République kirghize.

 

Photo: Shutterstock / karenfoleyphotography


Cet article s’inscrit dans une série de textes consacrés aux mesures ambitieuses engagées par les pays pour enclencher une transition vers la sobriété carbone et la résilience au changement climatique. Il met en lumière des projets soutenus par le Mécanisme de soutien à la mise en œuvre des contributions déterminées au niveau national, un fonds fiduciaire administré par la Banque mondiale et financé par le ministère fédéral allemand de la Coopération économique et du développement (BMZ).

LES POINTS MARQUANTS

  • À travers son Mécanisme de soutien à la mise en œuvre des contributions déterminées au niveau national (a), la Banque mondiale a aidé la République kirghize à améliorer l’inventaire de ses émissions de gaz à effet de serre (GES) et à mettre au point un système de suivi, de notification et de vérification (MRV) pour suivre les progrès accomplis sur le front de l’action climatique et des financements.
  • La promotion d’un développement sobre en carbone et résilient est vitale pour faire reculer la pauvreté et améliorer les niveaux de vie de la population kirghize — un peu plus de six millions d’individus qui vivent majoritairement en milieu rural.
  • La mise en œuvre des contributions nationales dépend de l’existence d’un système MRV fiable et d’un inventaire complet des émissions de GES, lesquels peuvent aussi favoriser la mobilisation de financements climatiques auprès d’investisseurs privés et de bailleurs de fonds.

 

Avec son territoire traversé par la plupart des grands fleuves d’Asie centrale, la République kirghize dispose d’importantes réserves d’eau douce, pour sa population comme pour plusieurs de ses pays voisins. Mais dans ce pays très montagneux, le réchauffement climatique fait fondre les glaciers, ce qui a des conséquences néfastes pour l’approvisionnement en eau, la production alimentaire et la sécurité énergétique de la région.

Le pays affiche un taux de pauvreté de 19 % (part de la population vivant avec moins de 3,2 dollars par jour, en PPA de 2011) et les habitants des régions montagneuses subissent déjà des sécheresses, des précipitations aléatoires ou encore l’érosion et la dégradation des sols.

Membre du Partenariat pour la mise en œuvre des contributions nationales (NDC Partnership) (a), le Kirghizistan oppose une riposte vigoureuse au changement climatique, en installant une trajectoire de développement sobre en carbone et résilient. Son taux d’émissions de GES est parmi les plus faibles du monde, mais l’énergie et l’agriculture sont responsables de respectivement 55 et 34 % des émissions.

Au titre de sa contribution déterminée au niveau national, le pays s’est engagé à réduire ses émissions d’ici 2030 dans une fourchette allant de 11,49 à 13,75 % par rapport au statu quo, une réduction qui pourrait atteindre entre 29 et 30,89 % avec l’aide de la communauté internationale. Il prévoit également de renforcer la résilience de secteurs prioritaires comme l’eau, l’énergie, la foresterie, la biodiversité et l’agriculture.

La République kirghize se tourne de plus en plus vers les données pour tenir ses engagements et garantir un financement climatique responsable. Avec le soutien de la Banque mondiale, par le biais de son Mécanisme de soutien à la mise en œuvre des contributions déterminées au niveau national, les autorités ont mis au point un système de suivi, de notification et de vérification (MRV) : il s’agit de suivre les progrès accomplis sur le plan de l’action climatique et des flux de financement en faveur de la foresterie et de la biodiversité. Elles ont également actualisé l’inventaire des GES, qui surveille les émissions de plusieurs secteurs.

Grâce à ces mesures, le Kirghizistan a déjà pu observer plusieurs transformations positives.

Des politiques ne faisant pas d’exclus

Le système MRV a permis de collecter des données qui ont favorisé la collaboration entre décideurs et la prise de décisions partagées entre ministères. Un niveau de référence a été ainsi établi, pour suivre et rendre compte de l’évolution des émissions de GES, des effets et des coûts des actions climatiques et l’utilisation des financements climatiques nationaux et internationaux.

L’inventaire actualisé des GES, parfaitement conforme au cadre MRV de la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (CCNUCC), fournit des données précises pour apprécier l’impact des mesures de sobriété carbone mises en œuvre dans plusieurs régions.

Auparavant, les ministères produisaient des données dans un format interdisant leur partage et leur utilisation en appui aux décisions politiques. L’actuel système MRV, conçu avec la participation de tous les acteurs concernés, est totalement adapté aux besoins de la foresterie et de la biodiversité : 31 % de la population du Kirghizistan vivent à proximité de forêts et dépendent des ressources forestières pour survivre.

Des données intégrées garantissent des réponses et des politiques mieux ciblées dans des secteurs clés comme l’agriculture, la foresterie et l’aménagement du territoire et peuvent renforcer les résultats de développement tout en améliorant le quotidien et les moyens de subsistance des populations. Le projet a également jeté les bases d’un soutien ultérieur au système MRV dans différents secteurs relevant du plan du Partenariat NDC.

La formation d’agents de l’État aux outils utilisés dans l’inventaire des GES a conforté l’accès à des données de qualité et mis en place un vaste réseau de parties prenantes qui intègrent des considérations climatiques dans la planification du développement du pays, y compris pour comprendre certaines vulnérabilités liées au climat ou identifier le potentiel de réduction des émissions de GES dans les secteurs prioritaires.

Les fonctionnaires peuvent désormais actualiser l’inventaire des GES chaque année et ont suffisamment d’expertise pour collecter et gérer des données de qualité conformes aux dernières normes et exigences en matière de notification.

Une transparence accrue propice au déblocage de financements climatiques

La République kirghize est désormais mieux équipée pour satisfaire aux règles de notification à la CCNUCC au titre de l’accord de Paris, y compris pour la soumission de ses communications nationales et rapports d’avancement bisannuels.

Ces documents permettent de relever progressivement les ambitions des pays et de renforcer la confiance dans une action collective mondiale visant à atteindre le seuil de zéro émissions nettes à l’horizon 2050 et, à partir de là, de parvenir à la neutralité climatique.

Les systèmes MRV permettent non seulement d’évaluer les effets des actions climatiques engagées mais aussi de mieux voir où se situe tel pays par rapport aux efforts de la communauté internationale, contribuant ainsi à identifier les meilleures pratiques internationales pour les appliquer à l’échelle nationale.

Dans le cas de la République kirghize, ces deux instruments ont également démontré son engagement en faveur de l’action climatique et, ce faisant, renforcé la confiance des investisseurs et des bailleurs de fonds. Les travaux en cours ont ainsi mis en évidence la nécessité d’étendre l’action à d’autres secteurs (adaptation des sols au changement climatique, foresterie, tourisme durable...) et de lever des financements auprès du Partenariat pour la comptabilisation de la richesse et la valorisation des services écosystémiques (WAVES) (a). Cette initiative pilotée par la Banque mondiale — et financée par l’Allemagne, la Commission européenne, le Danemark, la France, le Japon, la Norvège, les Pays-Bas, le Royaume-Uni et la Suisse — vise à promouvoir un développement durable en s’assurant que les ressources naturelles sont effectivement prises en compte dans la planification du développement et les comptes nationaux.

Globalement, le renforcement du système MRV et l’inventaire des GES ont renforcé la transparence des flux financiers et aidé le pays à mobiliser des financements climatiques auprès de différentes sources.

Grâce à la qualité des données disponibles pour évaluer l’action et les flux financiers climatiques, la République kirghize est bien mieux armée pour accélérer la mise en œuvre de sa contribution nationale et relever ses ambitions en matière de climat.

 

Chefs de projet

Gillian Ann Cerbu est spécialiste de la gestion des ressources naturelles à la Banque mondiale. Pour la contacter : gcerbu@worldbank.org

Philippe Ambrosi est économiste senior de l’environnement à la Banque mondiale. Pour le contacter : pambrosi@worldbank.org



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