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ARTICLE 21 juin 2019

Journée mondiale des réfugiés 2019 : comment l’aide aux réfugiés et aux communautés d’accueil au Moyen-Orient et en Afrique du Nord a fait bouger les lignes

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Alors que le monde célèbre la Journée mondiale des réfugiés 2019, il est utile d’examiner combien l’approche à l’égard des réfugiés et des communautés qui les accueillent a changé au cours des huit dernières années, et comment la Banque mondiale — et la région du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord (MENA) en particulier — est au centre de cette évolution. 

Traditionnellement, les réfugiés étaient rassemblés dans de vastes camps en attendant que le conflit se termine dans leur pays d’origine. Cette stratégie d’accueil face aux déplacements forcés présentait des lacunes, particulièrement évidentes dans la région MENA. Au Moyen-Orient et en Afrique du Nord, 86 % des réfugiés vivent dans des villes et des agglomérations. Il en résulte un accroissement considérable de la demande pour tous les services de base, de la gestion des déchets à la santé et à l’éducation, mais également une hausse du chômage. Du fait de la durée du conflit syrien, se contenter de maintenir les réfugiés à l’abri risquait de provoquer une perte de capital humain considérable. La communauté internationale a tiré la sonnette d’alarme au sujet d’une possible « génération perdue » d’enfants syriens qui, privés d’accès à l’éducation et à l’acquisition de compétences, auraient du mal à se réinsérer au sein de la société même une fois les combats terminés.

Comme l’a souligné Ferid Belhaj, vice-président de la Banque mondiale pour le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord, « l’ancienne approche n’était clairement pas à la hauteur des défis auxquels la région était confrontée ; nous devions impérativement revoir les règles ». 

Il s’agissait d’abord de reconnaître que la crise des réfugiés à laquelle la Jordanie et le Liban devaient faire face exigeait une intervention d’urgence en matière de développement, en complément de l’aide humanitaire. Cet appui au développement était particulièrement urgent pour renforcer la résilience de ces deux pays afin d’éviter qu’ils ne sombrent dans l’instabilité sous l’effet de l'onde de choc venue de Syrie. Un projet destiné à verser des subventions aux municipalités jordaniennes accueillant un grand nombre de réfugiés syriens a été lancé en 2013.

Ces financements ont rendu possible l’expansion des services et programmes publics visant à améliorer les conditions de vie des Syriens et des Jordaniens, et donc à apaiser les tensions au sein des communautés et à renforcer la cohésion sociale. Plusieurs projets ont depuis été mis en œuvre dans ces deux pays. Ils portent sur le développement des services de santé et d’éducation pour les communautés d’accueil et les réfugiés, le renforcement de la gestion des déchets et de l’approvisionnement en eau, l’expansion de la couverture des filets sociaux et la création d’opportunités économiques pour tous.

La Jordanie et le Liban étant des pays à revenu intermédiaire, ils ne pouvaient pas accéder aux financements concessionnels. Or, l’expansion de l’infrastructure et des services exigeait d’importants investissements et, dans les deux pays, le niveau de la dette publique connaissait une hausse rapide. Une évaluation de l’impact social et économique du conflit en Syrie sur le Liban, réalisée en un temps record, a permis à la communauté internationale de prendre la pleine mesure du problème. Publié fin 2013, ce rapport a révélé qu’à la suite de l’afflux de réfugiés, 170 000 Libanais avaient basculé dans la pauvreté et le taux de chômage avait doublé, tandis que les dépenses publiques avaient augmenté de 1,1 milliard de dollars et les recettes reculé de 1,5 milliard.

Le rapport sur le Liban a fourni les éléments nécessaires à un débat mondial sur l’appui à apporter aux pays à revenu intermédiaire qui accueillent un grand nombre de réfugiés. Il a été reconnu que le Liban et la Jordanie fournissaient un bien public mondial et que leur générosité ne devait pas conduire à ce qu’ils s’endettent encore davantage. La solution passait par de l’innovation et une révision des règles à l’échelle mondiale. L’un des principaux changements a été un changement de perspective : il s’agissait désormais de mettre l’accent sur les personnes dans le besoin plutôt que sur l’endroit où elles se trouvaient. L’idée de « suivre les gens » et d’apporter une aide ciblée à la communauté d’accueil, quel que soit son niveau de revenu, a débouché sur des interventions et des innovations sans précédent.

En 2016, la Banque mondiale a octroyé au Liban et à la Jordanie une enveloppe de 100 millions de dollars chacun, par le biais de l’Association internationale de développement (IDA), sa branche dédiée traditionnellement aux pays les plus pauvres du monde. Il s’agissait du tout premier programme de financement concessionnel de l’IDA destiné à des pays à revenu intermédiaire. Le projet de l’IDA pour le Liban a financé l’expansion du système scolaire afin que tous les enfants libanais et syriens aient accès à l’éducation. En Jordanie, le projet a servi à améliorer l’environnement des entreprises de sorte à attirer les investissements, dans le but d’accroître les opportunités économiques pour les réfugiés syriens et la population jordanienne. 

En 2016, la Banque mondiale s’est également associée à l’ONU et à la Banque islamique de développement pour mettre en place un mécanisme qui apporterait des financements assortis de conditions préférentielles à la Jordanie et au Liban. Ce mécanisme innovant fait en sorte de lever 4 dollars pour chaque dollar recueilli auprès des pays donateurs, procurant ainsi un financement essentiel de long terme et bon marché. Il a été élargi dès la fin de 2016 : tout en restant axé sur la Jordanie et le Liban, le nouveau Mécanisme mondial de financement concessionnel (GCFF) garantit une réponse internationale coordonnée à la crise des réfugiés dans les pays à revenu intermédiaire. En à peine plus de deux ans, il a débloqué plus de 2,5milliards de dollars de financements concessionnels pour la Jordanie et le Liban. 

Les innovations qui ont vu le jour pour faire face à la crise des réfugiés dans la région MENA font désormais partie intégrante de la panoplie d’instruments dont disposent la Banque mondiale et la communauté internationale. Une évaluation de l’impact social et économique des effets de la crise syrienne a été lancée dans la région du Kurdistan iraquien. Cette année, le GCFF a par ailleurs appuyé un prêt concessionnel à la Colombie, afin de l’aider à accueillir les réfugiés vénézuéliens. L’appui de la Banque mondiale est désormais guidé par l’importance accordée à l’impact des déplacements forcés sur le développement et la nécessité de renforcer la résilience des pays d’accueil, quel que soit leur niveau de revenu. En outre, les réfugiés doivent avoir la possibilité de développer leur capital humain et de préserver leur dignité en étant autorisés à travailler et à participer à la vie de la communauté qui les accueille.

Cette nouvelle approche a permis de faire progresser le développement y compris dans des situations très difficiles. Ainsi, grâce à un projet visant à renforcer la résilience de Djibouti face à l’afflux de réfugiés yéménites, des communautés rurales ont pour la première fois été raccordées à l’électricité. La ville de Deir Abi Saeed, au nord de la Jordanie, bénéficiaire des subventions aux municipalités mentionnées précédemment, a créé des possibilités d’emploi pour les femmes syriennes dans des secteurs autrefois exclusivement masculins. Des réfugiées syriennes participent désormais à la réfection des routes de la ville. « Ce type de travail était auparavant réservé aux hommes, mais nous l’avons ouvert aux femmes », se félicite le maire de la ville Ibrahim AlAideh, ajoutant qu’il s’agit d’un projet sans précédent dans la lutte contre les stéréotypes sexuels.



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