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Le Brésil face aux pénuries d’eau alors qu’il abrite 20 % des réserves d’eau de la planète

05 août 2016


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Mariana Ceratti/Banque mondiale

Le Brésil doit améliorer la gestion de ses ressources en eau pour pouvoir satisfaire la hausse de la demande d’eau potable et les besoins toujours plus grands de l’agriculture et du secteur énergétique.

Le Brésil abrite près de 20 % des réserves en eau de la planète. Et pourtant, ces derniers temps, les pénuries d’eau défrayent la chronique. Comment expliquer ce paradoxe ?

Il y a de nombreux éléments de réponse à cette interrogation, qui vont de la manière dont les ressources hydriques sont inégalement réparties dans le pays à la dégradation des zones entourant les bassins fluviaux, en passant par le changement climatique et la mauvaise qualité des infrastructures d’adduction d’eau.

Les secteurs qui sont les piliers de l’économie brésilienne sont aussi ceux qui dépendent le plus des ressources en eau. Plus de la moitié de l’énergie produite (62 % précisément) est d’origine hydroélectrique, tandis que dans l’agriculture, autre secteur clé de l’économie nationale, l’irrigation représente 72 % de la consommation d’eau du Brésil.

Cette dépendance signifie qu’en cas de pénuries d’eau, comme celles qu’a connues São Paulo en 2014 et 2015, c’est la productivité de plusieurs secteurs économiques du pays qui est menacée.

Cette problématique fait partie des aspects traités dans le nouveau diagnostic-pays systématique effectué par la Banque mondiale, qui examine notamment comment ses ressources naturelles peuvent contribuer au développement économique du Brésil.

 

« Pendant quelques mois, avec les pénuries d’eau qui ont frappé São Paulo, on n’a pas su avec certitude si des industries telles que celle de l’aluminium, très consommatrice d’eau, allaient pouvoir assurer le même niveau de production qu’avant la crise », indique Gregor Wolf, responsable du programme de développement durable de la Banque mondiale au Brésil.

Le rapport examine les principales caractéristiques de la gestion des ressources en eau du Brésil et examine les grands obstacles à surmonter pour instaurer un système durable et global.

Eau, forêt et villes

Compte tenu des éléments scientifiques de plus en plus nombreux qui rendent compte de la déforestation, de la dégradation des forêts et de l’évolution du régime des pluies, le rapport avertit que des crises de l’eau comme celle que connaît actuellement la plus grande ville du Brésil pourraient devenir monnaie courante dans les quarante prochaines années. De tels épisodes risquent d’affecter l’approvisionnement en eau, la production agricole et la production d’électricité, entre autres activités. Mais l’étude souligne aussi le recul de la déforestation de l’Amazonie ces dernières années (82 %) et l’adoption de règlementations qui, à l’instar du Code forestier, ont été mises en place pour soutenir la préservation des ressources naturelles dans les zones rurales. Ces avancées récentes font suite à des décennies de destruction. Elles s’accompagnent d’un besoin de contrôle continu de plus en plus grand pour veiller à ce que ses ressources ne soient pas perdues.


« Si le taux d’accès à l’eau potable atteint globalement 82,5 % à l’échelle nationale, le taux d’accès au réseau d’égout est de 48,6 % tandis que 39 % seulement des eaux usées sont effectivement traitées.  »

Les secteurs les plus tributaires de l’eau

Le Brésil est le deuxième plus grand exportateur de produits alimentaires au monde. Dans un pays où l’agriculture et l’agro-industrie représentent 8,4 % du PIB, les terres irriguées ont augmenté de manière exponentielle au cours de la dernière décennie et l’on s’attend à ce que la consommation d’eau continue de croître. Moins de 20 % des terres irrigables sont en effet actuellement alimentées en eau. Dans le secteur énergétique, les centrales hydroélectriques continueront d’assurer la plus grosse part de la production d’électricité du pays, en dépit de la diversification des sources d’énergie programmée sur les deux prochaines décennies.

Le secteur le plus polluant

L’industrie continue d’être l’un des principaux facteurs de dégradation de l’environnement au Brésil. Comme le rappelle le rapport de la Banque mondiale, les experts ont trouvé des effluents industriels, et notamment des métaux lourds, dans les eaux de surface de plusieurs zones métropolitaines. Les eaux résiduaires industrielles continuent en effet d’être rejetées sans traitement dans les cours d’eau. Des villes comme São Paulo et Recife, par exemple, ne disposent plus de sources d’eau potables à proximité et doivent s’approvisionner dans des bassins distants ou des forages. En outre, le développement de complexes industriels qui se profile à l’horizon, en particulier dans le Nordeste, pourrait avoir des conséquences durables sur l’environnement, avec notamment une aggravation de la pollution et de la concurrence qui s’exerce sur les ressources naturelles (l’eau principalement).

 

Des inégalités d’accès à l’eau et à l’assainissement

Le rapport souligne que le pourcentage des ménages disposant de sanitaires raccordés au réseau d’assainissement dans la tranche des 40 % les plus pauvres a progressé de 33 à 43 % entre 2004 et 2013. Il n’en reste pas moins que ce taux est encore inférieur à celui enregistré dans les classes plus aisées. En outre, si le taux d’accès à l’eau potable atteint globalement 82,5 % à l’échelle nationale, le taux d’accès au réseau d’égout est de 48,6 % tandis que 39 % seulement des eaux usées sont effectivement traitées. Ce dernier point signifie concrètement que les polluants sont rejetés directement dans l’eau ou traités dans des fosses septiques non conformes, ce qui entraîne de graves conséquences sur le plan de la qualité de l’eau et donc aussi sur le bien-être de la population.

Que faudrait-il améliorer ?

Le rapport pointe les fuites et les pertes considérables qui grèvent les performances d’un grand nombre de compagnies des eaux du pays (en moyenne, plus d’un tiers de l’eau produite est perdue), ainsi que leur excédent d’effectifs et le niveau élevé de leurs frais d’exploitation. Le financement de ce secteur repose sur un système de tarification des services d’eau et de subventions croisées obsolète qui ne permet pas de fournir des services plus efficaces et durables. Résultat : les compagnies n’ont pas assez de capitaux pour étendre la couverture des services et renforcer les infrastructures pour qu’elles résistent mieux aux sécheresses, inondations et autres événements climatiques extrêmes.

Enfin, les auteurs du diagnostic insistent sur le fait que la qualité de vie des habitants les plus pauvres du Brésil est étroitement liée à la gestion de l’eau et des autres ressources naturelles, et plaident pour l’adoption urgente de mesures de préservation.


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