ARTICLE

Le drone, une solution innovante pour la cartographie locale

07 janvier 2016


Image

Il n’a fallu à l’équipe que 24 heures pour élaborer un modèle 3D d’une route en construction et d’un site archéologique.

Banque mondiale

LES POINTS MARQUANTS
  • Presque 20 ans après les conflits survenus dans les Balkans, les habitantes de Krusha e Madhe, un village du Kosovo, tentent encore de reconstruire leur communauté et leur vie. Mais, comme près de 70 % de la population dans le monde, ces femmes ne bénéficient pas de droits fonciers protégés.
  • La Banque mondiale vient de lancer un projet de 12 millions de dollars afin d’aider le Kosovo à se doter d’un cadastre national et d’une infrastructure de qualité pour compiler des données géospatiales. Ce projet s’appuie sur l’utilisation de drones.
  • Les Laboratoires d’innovation établis au sein de la vice-présidence Leadership, apprentissage et innovation de la Banque mondiale possèdent un drone, l’eBee, conçu par senseFly, qu’ils peuvent mettre à disposition pour des projets spécifiques. Les drones s’affirment de plus en plus comme un outil de cartographie efficace pour répondre à des besoins aussi nombreux que variés.

En 1999, la guerre qui sévissait dans les Balkans a décimé les hommes et les garçons du village de Krusha e Madhe, au Kosovo. Depuis, les femmes qui habitent ce village s’efforcent, avec l’aide internationale, de reconstruire leur communauté et leur vie. Comme beaucoup d’autres petits entrepreneurs à travers le monde, elles ont créé des coopératives agricoles pour vendre leurs produits localement. Mais elles sont confrontées à un problème majeur : la plupart d’entre elles ne disposent pas d’un titre de propriété officiel pour leurs terres ou leur maison, ce qui les empêche d’en faire un usage économique véritable. Actuellement, dans le monde, près de 70 % de la population, surtout des femmes, ne bénéficient pas de droits fonciers protégés.

« J’ai très souvent essayé d’obtenir un prêt, mais ma demande a été rejetée à chaque fois parce que je n’avais pas les titres fonciers à présenter en garantie », explique Fahrije Hoti, qui dirige la coopérative du village. 

Les délais, le coût et la complexité de la méthode classique de relevé topographique et d’enregistrement cadastral constituent un obstacle. Souvent, en effet, cette procédure prend plusieurs années et son coût est prohibitif. Ces femmes ne disposent donc pas d’informations sur leurs droits fonciers, et ces droits ne sont pas protégés.

La Banque mondiale met actuellement en œuvre un projet de 12 millions de dollars afin d’aider le Kosovo à se doter d’un cadastre national et d’une infrastructure de qualité pour compiler des données géospatiales. Dans l’optique d’améliorer l’efficacité de ce projet, l’équipe qui en est en charge a décidé d’innover en recourant notamment à de petits drones ultralégers, disponibles dans le commerce. Ces engins permettent une cartographie très rapide, en quelques jours ou quelques semaines à compter de la phase de planification, au lieu de plusieurs mois ou d’une année comme c’est généralement le cas, et pour un coût nettement inférieur à celui de la topographie aérienne classique, laquelle nécessite un avion avec pilote.  

Les Laboratoires d’innovation établis au sein de la vice-présidence Leadership, apprentissage et innovation de la Banque mondiale possèdent un drone, l’eBee, conçu par senseFly, qu’ils peuvent mettre à disposition pour des projets spécifiques de la Banque. Kathrine Kelm, spécialiste senior de l’administration foncière au sein du service Politique foncière et géomatique du Groupe de la Banque mondiale, s’était déjà penchée sur le cas du Kosovo et cherchait un moyen de travailler plus efficacement. En 2014 déjà, son équipe avait proposé d’employer des drones pour des relevés cadastraux en Albanie, mais souhaitait opérationnaliser cette technique. Avec Bruno Sánchez-Andrade Nuño, scientifique des données auprès des Laboratoires d’innovation, et une équipe internationale de consultants spécialisés, elle s’est attachée à élaborer une stratégie permettant de localiser des parcelles grâce à des drones.

Kathrine Kelm et Bruno Sánchez-Andrade Nuño se sont rendus au Kosovo en décembre dernier pour procéder à des relevés cadastraux durant une semaine. Ils ont travaillé en étroite collaboration avec l’autorité topographique nationale et effectué 25 vols.


Image

Après trois jours de formation, l’équipe se sert du drone comme d’une unité cartographique mobile en mesure de produire des cartes précises en coopération avec la population locale. 

Erik Sundheim

« Les relevés de terrain à l’aide de drones ont constitué une expérience nouvelle et particulière pour nos spécialistes et notre direction. Cette technologie permettra de reconstituer le cadastre de la République du Kosovo plus rapidement et à moindre coût. C’est pourquoi nous remercions la Banque mondiale d’avoir soutenu notre Agence cadastrale avec ce projet pilote qui permet de tester des approches innovantes pour l’élaboration de cadastres en République du Kosovo et ailleurs.  »

Dr. Murat Meha

Directeur général de l’Agence cadastrale du Kosovo

Le drone vole à environ 100 mètres au-dessus du sol, et reste toujours dans un périmètre permettant de le contrôler à distance. Les clichés qu’il prend ont une résolution élevée, d’environ 3 centimètres par pixel. L’équipe a pu traiter les images sur place avec l’aide des services cartographiques nationaux. Les autorisations de vol ont été accordées par l’autorité de l’aviation civile et par la KFOR, la force de maintien de la paix de l'OTAN.

« Cette nouvelle solution réduit significativement les coûts et les délais des opérations de cartographie, et elle donne des résultats de qualité. Elle associe en outre la population locale au processus », explique Mme Kelm. « Ces cartes nous serviront à aider les femmes à délimiter leur propriété et à faire officiellement enregistrer leurs titres. »

Au cours des deux dernières décennies, de nombreuses villes du Kosovo ont connu une urbanisation rapide et anarchique qui a conduit à l’apparition d’établissements informels et de constructions illégales, ainsi qu’à un développement urbain désordonné. Les autorités du Kosovo viennent d’introduire un programme grâce auquel les propriétaires fonciers peuvent faire valoir leurs droits de propriété, et les communes s’emploient à intégrer ces nouveautés et à proposer des services spécifiques aux citoyens.  

« La technologie des drones offre un nouvel outil permettant de produire des cartes et des maquettes de villes en 3D précises, actualisées et d’un bon rapport qualité/prix, qui servent aux citoyens, aux autorités locales, aux entreprises de services publics, au secteur privé et à d’autres acteurs », ajoute M. Sanchez.

L’adaptation aux besoins en temps réel : routes et patrimoine culturel

Même si sa mission initiale consistait à intégrer des drones dans le processus de cartographie cadastrale, l’équipe a reçu une demande d’aide spontanée des autorités routières. Un représentant de la ville l’a informée que des ouvriers de la voirie venaient de découvrir un site archéologique à proximité d’une route en construction. Les images aériennes existantes ne fournissaient aucune preuve de la présence d’un tel site.

Grâce au drone, l’équipe a pu produire en moins de 24 heures une carte haute résolution en 3D de la zone. Cette carte donne des informations récentes et précises qui servent à définir un nouveau tracé pour la route, à préciser les besoins d’acquisition de terrains supplémentaires, à tenir compte des exigences de préservation du patrimoine culturel et à prendre d’autres décisions importantes.

Les drones sont en passe de devenir un outil de cartographie efficace dans de nombreux contextes, et les travaux menés au Kosovo ne montrent que quelques exemples de leurs possibilités.

L’équipe de la Banque mondiale se compose de Kathrine Kelm, de Bruno Sánchez-Andrade Nuño, d’Eric Sundheim, expert géodésique de Geomatikk Norway, d’Ana Jesenicnik, ingénieur cadastral chez Sensefly Switzerland, et de Qazim Sinani et de Korab Ahmetaj, arpenteurs géomètres à l’Agence de cartographie du Kosovo.


Api
Api