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S’attaquer à la corruption dans les États fragiles

15 décembre 2015


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Enfants à Gaza. 

Natalia Cieslik/Banque mondiale

LES POINTS MARQUANTS
  • Avec d’autres, le Groupe de la Banque mondiale cherche à innover pour contrer un phénomène fréquent dans les États fragiles : la corruption.
  • Un panel d’experts s’est penché sur les liens étroits entre insécurité et corruption, avant d’avancer des solutions.
  • Pots-de-vin, fraude, népotisme, accaparement des ressources naturelles et autres formes de corruption constituent autant d’entraves au développement et peuvent même nourrir les violences politiques.

Près de 1,5 milliard d’êtres humains vivent au quotidien dans une situation de conflit et de violence.

Et quelque 19,5 millions de réfugiés tendent d’y échapper, tandis que 38 millions de personnes sont contraintes de se déplacer au sein de leur pays.

Face à ces statistiques, le Groupe de la Banque mondiale cherche, avec d’autres partenaires, à innover pour contrer un phénomène banal dans les États « fragiles » : la corruption.

Lors d’un événement organisé à la Banque mondiale sur le thème « Corruption dans les États fragiles : un défi pour le développement », un panel d’experts s’est intéressé aux liens étroits entre insécurité et corruption, avant d’avancer des solutions.

Pots-de-vin, fraude, népotisme, détournement des ressources naturelles et autres formes de corruption constituent autant d’entraves au développement, pouvant même aller jusqu’à nourrir les violences politiques.

La corruption est aussi un problème financier majeur : l’évasion fiscale fait ainsi perdre aux pays environ 3 100 milliards de dollars (l’équivalent de 5,1 % du PIB mondial). L’exploitation illégale de bois représente entre 30 et 100 milliards de dollars. Dix à 30 % environ de la valeur des infrastructures financées par l’État s’évanouissent dans l’air. Et, selon une récente enquête auprès des entreprises réalisée dans 127 pays, une transaction sur sept s’accompagne d’un dessous-de-table.

Shanta Devarajan, l’économiste en chef de la Banque mondiale pour la Région Moyen-Orient et Afrique du Nord, a rappelé que la corruption n’impliquait pas obligatoirement un pot-de-vin ou une fraude et pouvait ainsi échapper au radar des indicateurs économiques.

La « corruption silencieuse » qui prévalait en Tunisie avant le Printemps arabe favorisait par exemple les affidés du clan du président Ben Ali, ce qui a permis de protéger certains secteurs et de créer des monopoles. « Pendant 20 ans, il n’y a pas eu de création d’emplois », a-t-il souligné.

Selon lui, l’essor du groupe État islamique s’explique en partie par la perte de légitimité des gouvernants aux yeux de la jeunesse.

« Nous devons faire preuve de vigilance et traquer toutes les formes de corruption, même quand l’argent ne change pas de mains ».

Pour R. David Harden, directeur de mission de l’USAID en Cisjordanie et à Gaza, la fragilité a toujours été un facteur de conflit et de « dé-développement » : « Notre objectif fondamental doit viser à ouvrir les marchés au profit de tous ».

« Si un pays refuse de s’ouvrir, les bailleurs de fonds peuvent aller voir ailleurs », a-t-il insisté. « Nous devons être prêts à nous retirer », sauf en cas de crise humanitaire.

Jan Walliser, vice-président du Groupe de la Banque mondiale pour la croissance équitable, la finance et les institutions, a estimé qu’au vu du nombre de personnes vivant dans des régions fragiles, la pauvreté perdurera « tant que nous ne résoudrons pas leurs problèmes ».

« Nous devons trouver des moyens stratégiques de combattre la corruption dans les États fragiles », a-t-il déclaré.


« Nous devons faire preuve de vigilance et traquer toutes les formes de corruption, même quand l’argent ne change pas de mains.  »
Shanta Devarajan, Chief Economist, Middle East and North Africa

Shanta Devarajan

économiste en chef de la Banque mondiale pour la Région Moyen-Orient et Afrique du Nord.

Une solution consiste à travailler directement avec les organisations non gouvernementales ou de la société civile, a estimé Daniel Kaufmann, président du Natural Resource Governance Institute. « Nous devons mieux sélectionner nos partenaires. »

Comme l’a rappelé Shanta Devarajan, en 1971, alors qu’il sortait d’un conflit, le Bangladesh s’est tourné avec succès vers les ONG et les bailleurs de fonds pour assurer les services publics.

Dans des pays comme l’Afghanistan, le Bangladesh ou le Guatemala, la mobilisation des citoyens a été déterminante pour marquer des points contre la corruption. Mais Melissa Thomas, économiste politique, a souligné que le problème tenait à la pérennité de ces avancées.

Et si les organisations de développement appliquaient des filtres différents à leur analyse de la corruption ? « En condamnant la corruption, ne rendons-nous pas la tâche impossible aux gouvernements des pays les plus pauvres ? », a-t-elle voulu savoir.

Certains gouvernements, dépourvus de moyens pour fournir des biens et des services, ont opté pour des stratégies de clientélisme notamment, autorisant par exemple les fonctionnaires à monnayer leurs services. « Dans ce cas, nous devrions tâcher de réglementer ces pratiques plutôt que d’assimiler les responsables à des criminels. »

Pour Galina Mikhlin-Oliver, directrice chargée de la stratégie et des services essentiels au sein de la vice-présidence du Groupe de la Banque mondiale pour les questions de déontologie institutionnelle, cet événement a été l’occasion d’envisager de nouvelles approches et de tirer les leçons des échecs passés.

« Nous devons réfléchir à ce qu’il faut changer dans nos pratiques pour obtenir plus de réussite dans ces situations, car l’argent se fait rare et la situation est plutôt désespérée », a-t-elle conclu.

One option is working directly with non-government organizations or civil societies, said Daniel Kaufmann, president of the Natural Resource Governance Institute. “We can be more selective about who we engage with.”

Bangladesh successfully turned to NGOs and donors to deliver public services when it emerged from conflict in 1971, said Devarajan.

Citizens have played a key role in anti-corruption success stories in places such as Afghanistan, Bangladesh, and Guatemala. But the real test is whether progress is sustainable, said Melissa Thomas, a political economist and author.

She raised the question of whether development institutions should look at corruption differently.

“By condemning corruption, are we making it impossible for the poorest governments to govern?” she asked.

Some governments that do not have enough money to provide services and goods have turned to patronage and other strategies to cope, including allowing the civil service to charge for services, said Thomas. “If that’s the case, let’s see it regulated rather than lumped in with criminology.”

Galina Mikhlin-Oliver, the director of Strategy and Core Services for the Bank Group’s Integrity Vice Presidency, said the event was an opportunity to explore new approaches and learn from failure.

“We need to find out what we can do differently to be more successful in these environments, because the money is very scarce and the situation is pretty dire,” she said.

One option is working directly with non-government organizations or civil societies, said Daniel Kaufmann, president of the Natural Resource Governance Institute. “We can be more selective about who we engage with.”

Bangladesh successfully turned to NGOs and donors to deliver public services when it emerged from conflict in 1971, said Devarajan.

Citizens have played a key role in anti-corruption success stories in places such as Afghanistan, Bangladesh, and Guatemala. But the real test is whether progress is sustainable, said Melissa Thomas, a political economist and author.

She raised the question of whether development institutions should look at corruption differently.

“By condemning corruption, are we making it impossible for the poorest governments to govern?” she asked.

Some governments that do not have enough money to provide services and goods have turned to patronage and other strategies to cope, including allowing the civil service to charge for services, said Thomas. “If that’s the case, let’s see it regulated rather than lumped in with criminology.”

Galina Mikhlin-Oliver, the director of Strategy and Core Services for the Bank Group’s Integrity Vice Presidency, said the event was an opportunity to explore new approaches and learn from failure.

“We need to find out what we can do differently to be more successful in these environments, because the money is very scarce and the situation is pretty dire,” she said.

One option is working directly with non-government organizations or civil societies, said Daniel Kaufmann, president of the Natural Resource Governance Institute. “We can be more selective about who we engage with.”

Bangladesh successfully turned to NGOs and donors to deliver public services when it emerged from conflict in 1971, said Devarajan.

Citizens have played a key role in anti-corruption success stories in places such as Afghanistan, Bangladesh, and Guatemala. But the real test is whether progress is sustainable, said Melissa Thomas, a political economist and author.

She raised the question of whether development institutions should look at corruption differently.

“By condemning corruption, are we making it impossible for the poorest governments to govern?” she asked.

Some governments that do not have enough money to provide services and goods have turned to patronage and other strategies to cope, including allowing the civil service to charge for services, said Thomas. “If that’s the case, let’s see it regulated rather than lumped in with criminology.”

Galina Mikhlin-Oliver, the director of Strategy and Core Services for the Bank Group’s Integrity Vice Presidency, said the event was an opportunity to explore new approaches and learn from failure.

“We need to find out what we can do differently to be more successful in these environments, because the money is very scarce and the situation is pretty dire,” she said.

One option is working directly with non-government organizations or civil societies, said Daniel Kaufmann, president of the Natural Resource Governance Institute. “We can be more selective about who we engage with.”

Bangladesh successfully turned to NGOs and donors to deliver public services when it emerged from conflict in 1971, said Devarajan.

Citizens have played a key role in anti-corruption success stories in places such as Afghanistan, Bangladesh, and Guatemala. But the real test is whether progress is sustainable, said Melissa Thomas, a political economist and author.

She raised the question of whether development institutions should look at corruption differently.

“By condemning corruption, are we making it impossible for the poorest governments to govern?” she asked.

Some governments that do not have enough money to provide services and goods have turned to patronage and other strategies to cope, including allowing the civil service to charge for services, said Thomas. “If that’s the case, let’s see it regulated rather than lumped in with criminology.”

Galina Mikhlin-Oliver, the director of Strategy and Core Services for the Bank Group’s Integrity Vice Presidency, said the event was an opportunity to explore new approaches and learn from failure.

“We need to find out what we can do differently to be more successful in these environments, because the money is very scarce and the situation is pretty dire,” she said.


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