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Émanciper les femmes en leur offrant des emplois dans l'économie numérique

27 octobre 2015


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L'économie numérique peut permettre aux femmes de gagner leur vie, même lorsqu'elles sont exclues des marchés de l'emploi traditionnels. Cela vaut particulièrement pour celles qui vivent dans les pays en développement, où les préjugés culturels, les obstacles à la mobilité, les problèmes de sécurité et les contraintes de temps empêchent souvent les femmes de prendre leur juste place dans la population active. L'économie numérique a pour principal avantage de permettre et d'encourager le travail à distance, où le genre a sans doute moins d'importance que dans l'économie physique. Elle offre un monde d'opportunités aux femmes des pays pauvres.

Pourtant, les obstacles qui empêchent les femmes de participer à l'économie numérique peuvent souvent être aussi difficiles à surmonter que ceux qui les empêchent de prendre part à l'économie traditionnelle. Ces restrictions et contraintes peuvent empêcher les femmes de tirer parti de l'économie numérique. 

L'un des principaux problèmes réside dans les inégalités qui existent en matière d'accès à Internet. Selon Mavis Ampah, spécialiste en chef des politiques TIC au sein des pôles Transports (a) et TIC (a) de la Banque mondiale, l'essentiel des efforts déployés au cours de la dernière décennie se sont attachés à améliorer l'accès des pays en développement à l'univers numérique. Des progrès rapides ont été enregistrés dans ce domaine, notamment concernant le taux de pénétration des appareils mobiles. Mais une immense fracture subsiste en matière d'accès à Internet. Sur le plan de l'économie numérique, le prochain Rapport sur le développement dans le monde révèle que seuls 18 % des hommes africains ont accès à Internet. Ce fossé numérique est encore plus marqué pour les femmes africaines, puisqu'elles ne sont que 12 % à bénéficier d'un accès à Internet.

L'éducation des femmes aux technologies numériques constitue un autre obstacle. La société Andela (a) a conçu un modèle d'activité visant à aider les femmes à surmonter les obstacles qui les empêchent de participer au monde du travail. Ce modèle d'activité a pour principe de mettre des développeurs de logiciels travaillant à distance à la disposition d'entreprises du classement Fortune 500 (a) aussi bien que de startups. Mais Andela a aussi pour objectif spécifique de former des jeunes développeuses en Afrique.

Selon Christina Sass, cofondatrice et directrice des opérations de la société, « les formations disponibles sont déplorablement inadaptées aux opportunités qui existent sur le marché ». Mme Sass souligne par ailleurs qu'en Afrique, certains programmes universitaires en sciences informatiques n'accordent aucune place au codage, une compétence pourtant essentielle au sein du secteur. Pour répondre à ce problème, Andela a développé un programme de formation rigoureux à l'intention des femmes, incluant notamment une formation en développement logiciel spécifique et une formation aux compétences transversales (soft skills).

Dans l'ensemble des pays en développement, ce manque de compétences est un obstacle courant à l'entrée des femmes dans le secteur informatique. « Comme de nombreux pays ont des systèmes éducatifs obsolètes qui n'accordent aucune place aux compétences pratiques, nous devons trouver des initiatives en ligne et flexibles », explique Stela Mocan, directrice informatique du département Informations sur les solutions d'entreprise et Solutions technologiques du Groupe de la Banque mondiale. Avant d'occuper ce poste, Mme Mocan a aidé l'État moldave à mettre en place un programme visant à inciter davantage de femmes à s'intéresser à l'informatique.

Le programme qui en a résulté, GirlsGoIT, combine formation au codage de base, pensée critique et résolution de problèmes. Après des débuts réussis au Moldova (a), en particulier en matière de ciblage des femmes rurales, le programme est en train d'acquérir une dimension régionale et d'être étendu à l'Ukraine (a), à la Turquie (a) et à la Roumanie (a). 


« La principale manière d'attirer davantage de femmes sur ces sites est d'améliorer leur formation, et les cours en ligne constituent le seul moyen de toucher les femmes des régions rurales. »

Ferdinand Kjærulff

Fondateur et PDG de CodersTrust

Si offrir une meilleure formation aux femmes leur permet de trouver des emplois dans l'informatique, cela peut aussi s'avérer coûteux. CodersTrust (a) est une entreprise privée qui a trouvé une solution innovante à ce problème. Elle propose des services de formation et de microfinance aux informaticiennes du Bangladesh. Elle les aide ensuite à décrocher un emploi sur les portails en ligne dédiés aux travailleurs freelance, comme Elance et Upwork, qui connaissent actuellement une forte croissance. « La principale manière d'attirer davantage de femmes sur ces sites est d'améliorer leur formation, et les cours en ligne constituent le seul moyen de toucher les femmes des régions rurales », explique Ferdinand Kjærulff, fondateur et PDG de CodersTrust. Ancien capitaine de l'armée danoise, il a joué un rôle de pionnier en lançant un projet de relèvement en Iraq visant à apporter Internet et apprentissage en ligne aux citoyens de la région dans laquelle il était stationné. C'est ce projet qui est à l'origine de CodersTrust.

Mais le plus gros problème est sans doute le manque criant de modèles auxquels s'identifier. Si les jeunes femmes et les membres de leur famille ne voient pas d'autres femmes occuper des postes dans ce secteur, il est très difficile pour elles de ne serait-ce qu'envisager la possibilité de s'inscrire à ce genre de formation. Dans le cadre de son processus de fonctionnement, la société Andela exige des femmes qu'elle forme et qu'elle met à la disposition d'employeurs acceptent en retour de jouer le rôle de tutrices pour les nouvelles candidates potentielles.

Ce problème est particulièrement prononcé en Afghanistan (a) et au Pakistan (a), où les conflits ont exacerbé les obstacles culturels traditionnels à la participation des femmes au monde du travail. Pourtant, même dans ces pays, les femmes parviennent à se débrouiller pour accéder à l'économie numérique. Spécialiste du développement social au sein de la Banque mondiale, Jana El-Horr travaille actuellement sur deux projets pilotes visant à émanciper les femmes en leur donnant accès à l'économie numérique dans ces deux pays.

Selon Mme El-Horr, la clé de la réussite du programme réside dans le fait d'intégrer l'ensemble de la communauté et de faire connaître les opportunités aux familles. Cela permet de faire changer la vision selon laquelle les femmes ne peuvent occuper que des postes d'enseignante ou d'infirmière. Ironiquement, dans les pays en situation de conflit, travailler dans l'économie numérique peut s'avérer beaucoup moins dangereux qu'occuper un emploi plus traditionnel. Jusqu'à présent, le programme a accueilli 75 femmes dans l'un de ses deux projets pilotes, avec un taux de rétention de 90 %, et 60 % des participantes ont trouvé un emploi. Il est en cours d'extension pour accueillir jusqu'à 1 000 femmes.

En encourageant leur participation à l'économie numérique, ces programmes permettent en définitive d'émanciper les femmes. De par sa nature même, l'économie numérique présente des opportunités majeures en termes de participation, parfois davantage que l'économie traditionnelle. Les obstacles à la participation des femmes sont différents de ceux qui les empêchent de prendre pleinement part à l'économie traditionnelle. Mais comme le montrent les programmes de ce genre, ces obstacles ne sont pas insurmontables.


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