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Donner les moyens d'agir aux femmes des mines de l'Est de la République démocratique du Congo

30 avril 2015


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Photo : Myriam Asmani / MONUSCO via Flickr Creative Commons


LES POINTS MARQUANTS
  • Dans l'Est de la République démocratique du Congo (RDC), 40 % des femmes qui travaillent dans les exploitations minières artisanales doivent faire face à des abus sexuels pour pouvoir travailler ou accéder à des biens de première nécessité.
  • Selon une étude récente, ces abus sont commis par des citoyens ordinaires — plutôt que par des bandes armées — qui profitent de la vulnérabilité de ces femmes en matière de moyens de subsistance, d'éducation et d'accès aux ressources économiques.
  • La Banque mondiale s'apprête à lancer en RDC un réseau qui aura pour but de sensibiliser le public à ces problèmes et de promouvoir des politiques efficaces visant à protéger les droits des femmes dans les zones minières.

Après deux décennies de guerre civile et de conflits larvés, les populations vulnérables vivant sur tout le territoire de la République démocratique du Congo (RDC) ont continuellement été chassées de leurs exploitations agricoles traditionnelles et forcées à chercher d'autres moyens de subsistance, parmi lesquels l'exploitation minière artisanale. On estime qu'il y aurait entre 500 000 et 2 millions de personnes qui travaillent de manière informelle dans les mines artisanales et de petite taille en RDC. Ces personnes connaissent une grande variété de problèmes sociaux et liés aux conditions de travail, mais les violations des droits humains et, plus spécifiquement, les violences sexuelles dont elles sont victimes, ont été particulièrement mises en avant par les médias internationaux et les ONG.

Des articles récents ont établi des liens étroits entre viols, conflits armés et extraction des ressources naturelles, alimentant des histoires de femmes qui se font violer par des bandes armées dans les zones minières de l'Est de la RDC. Toutefois, peu de travaux probants ont analysé à quel point cette version des faits correspond à la réalité des difficultés auxquelles les femmes sont confrontées dans les mines de la partie orientale de la RDC.

Entre 2012 et 2014, la Banque mondiale et la Harvard Humanitarian Initiative (HHI) ont élaboré et mené à bien un projet de recherche (a) visant à examiner la portée et l'évolution des abus des droits humains auxquels les hommes et les femmes de la région sont confrontés. Les résultats de ces travaux remettent en cause l'image selon laquelle les actes de violence seraient dus à des bandes armées : il semblerait qu'ils soient plutôt le fait de citoyens ordinaires qui profitent de la vulnérabilité de ces populations en matière de moyens de subsistance, d'éducation et d'accès aux ressources économiques.



« Ces résultats suggèrent que le simple fait de désarmer les groupes de rebelles qui sévissent dans la région ne mettra pas fin aux abus en vigueur dans le secteur minier, car ce sont des structures de pouvoir civiles qui sont le plus à l'origine de cette exploitation.  »

Rachel Perks

Spécialiste du secteur minier à la Banque mondiale


Une femme a raconté dans une interview à quel point les violences sexuels sont monnaie courante dans les exploitations minières informelles. Parlant du responsable d'une mine, elle explique qu'« il a dit à ses amis de ne pas travailler avec moi parce que j’ai refusé de coucher avec eux. Les femmes sont obligées de se prostituer pour avoir du travail. Vous êtes obligée de vous vendre et de vous tuer à la tâche pour nourrir vos enfants. »

L'étude a montré que 25 % des femmes travaillant dans les villes minières se considèrent comme des travailleuses du sexe, et que 40 % disent être contraintes à prodiguer des faveurs sexuelles simplement pour pouvoir travailler ou accéder à des biens de première nécessité. Selon elles, les viols sont monnaie courante, mais ils ne sont pas majoritairement le fait de forces armées. Les auteurs de ces abus sexuels sont principalement des civils qui travaillent au sein des structures de pouvoir traditionnelles, locales et étatiques.

« Ces résultats suggèrent que le simple fait de désarmer les groupes de rebelles qui sévissent dans la région ne mettra pas fin aux abus en vigueur dans le secteur minier, car ce sont des structures de pouvoir civiles qui sont le plus à l'origine de cette exploitation », explique Rachel Perks, spécialiste du secteur minier à la Banque mondiale et co-auteure de l'étude.

En réalité, la RDC fait face à des problèmes institutionnels bien plus larges. Selon Laura Seay, maître-assistant au Colby College, « ces travaux montrent qu'avoir une approche étroite de la situation en RDC ne fonctionnera pas. En effet, les problèmes sont de nature institutionnelle et nécessiteront une implication à long terme pour rebâtir l'État de droit, un système judiciaire fonctionnel et des services publics effectifs. »

L'étude a également montré le manque généralisé d'éducation concernant les droits et le peu de formes sociales d'organisation pour les femmes et les autres groupes vulnérables. Ainsi, seuls 40 % des hommes et 26 % des femmes ont déclaré savoir que la RDC possède un Code minier dont les dispositions protègent leur droit au travail. Plus alarmant, seuls 20 % des hommes et 17 % des femmes interrogés ont déclaré savoir que les femmes ont légalement le droit de travailler dans les mines.

Dans l'optique d'informer sur leurs droits les femmes qui travaillent dans le secteur minier, la Banque mondiale est en train de mettre en place un réseau « Femmes du secteur minier » qui sera lancé en août 2015 en RDC. Promines, le programme de réformes du secteur minier conduit par le ministère des Mines en partenariat avec la Banque mondiale, financera une conférence de trois jours qui réunira des femmes issues de tous les niveaux de ce secteur pour discuter des derniers travaux sur la situation des femmes dans les mines du pays, ainsi que pour fixer les objectifs du réseau et définir son fonctionnement. La conférence se tiendra à l'Université catholique de Bukavu (Sud-Kivu), et des membres d'autres réseaux « Femmes du secteur minier » d'Afrique subsaharienne participeront à l'événement pour parler de la manière dont la mise en place de ces réseaux s'est passée dans leur pays respectif ainsi que pour apporter leur soutien à cette opportunité historique de renforcer les capacités des femmes en RDC.

Les réseaux de femmes se sont avérés essentiels pour sensibiliser les autorités et les décideurs aux importants problèmes relevant des politiques publiques auxquels les femmes font face dans le secteur minier. En RDC, le réseau se concentrera sur les efforts de sensibilisation à l'échelon national et infranational pour faire progresser les conditions de travail des femmes, mais s'efforcera aussi de leur donner accès à des solutions et à des connaissances utiles dans des domaines variés qui leur permettront d'améliorer leur situation sociale et familiale.


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