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Financement climatique : encore 70 milliards de dollars à trouver

09 avril 2015


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LES POINTS MARQUANTS
  • En 2009, les pays industrialisés avaient convenu de mobiliser 100 milliards de dollars par an d’ici 2020 pour aider les pays en développement à réduire leurs émissions de CO2 et mieux s’adapter aux conséquences du changement climatique.
  • Le déficit par rapport aux engagements est d’environ 70 milliards. Or, pour espérer conclure un accord viable lors de la conférence de Paris en décembre prochain, il est indispensable de réunir la totalité de cette somme.
  • Comme d’autres, le Groupe de la Banque mondiale cherche des méthodes pour y parvenir.

Soixante-dix milliards de dollars, c’est un tiers environ de la consommation totale de kérosène (a) des compagnies aériennes en 2012 et c’est moins que la richesse nette (a) des trois personnes les plus fortunées du monde.

C’est aussi à peu près un tiers des pertes économiques engendrées chaque année par les catastrophes naturelles (a), un tiers environ des dommages économiques directs liés au séisme et au tsunami qui ont frappé le Japon (a) en 2011 et deux tiers des dégâts provoqués par l’ouragan Katrina (a) en 2005.

Et cela correspond au financement climatique que les pays développés se sont engagés à fournir chaque année d’ici 2020 aux pays en développement.

En 2010, les pays industrialisés ont en effet convenu de mobiliser 100 milliards de dollars par an d’ici 2020 auprès de sources publiques et privées pour aider les pays en développement à s’adapter aux conséquences du changement climatique et réduire leurs émissions. On sait en effet que si le changement climatique concerne chacun d’entre nous, ce sont les plus pauvres, avec peu de moyens pour s’adapter, qui seront les plus durement touchés. Selon Climate Policy Initiative (a), sur les 331 milliards de dollars de financement climatique mobilisés en 2013, 34 milliards seulement sont allés aux pays en développement, soit un déficit d’environ 70 milliards par rapport aux engagements.

Or, pour obtenir la confiance nécessaire à la conclusion d’un accord viable lors de la conférence internationale sur le climat prévue à Paris en décembre prochain, nous devons impérativement réunir cette somme.

L’accord de Paris aura une portée globale, avec, en jeu, les milliers de milliards requis pour bâtir des infrastructures sobres en carbone et engager les mutations économiques indispensables à un avenir décarboné et résilient. Mais sa concrétisation passe par le respect préalable des engagements pris et donc par une solution qui permette de fournir chaque année jusqu’en 2020 l’argent promis.



« Si tous les pays développés prenaient le temps de réfléchir aux options envisageables, nous parviendrions à trouver ces 70 milliards et à nous engager dans une trajectoire de développement résilient et sobre en carbone. Nous devons faire mieux et c’est notre ambition. »

Rachel Kyte

vice-présidente et envoyée spéciale pour le changement climatique du Groupe de la Banque mondiale


Comme d’autres, le Groupe de la Banque mondiale œuvre à la recherche de méthodes pour y parvenir.

« Si tous les pays développés prenaient le temps de réfléchir aux options envisageables, nous parviendrions à trouver ces 70 milliards et à nous engager dans une trajectoire de développement résilient et sobre en carbone. Nous devons faire mieux et c’est notre ambition », déclare Rachel Kyte, vice-présidente et envoyée spéciale pour le changement climatique du Groupe de la Banque mondiale.

Financement du développement

Une partie de ces besoins pourrait être couverte par les institutions de financement du développement — multilatérales, nationales, régionales et bilatérales — qui, en augmentant d’une manière générale leurs investissements pourraient accroître la part consacrée au financement climatique.

Après avoir fourni 11,9 milliards de dollars pour le financement climatique en 2014 (soit près de 20 % de toutes ses opérations de prêt), le Groupe de la Banque mondiale envisage de relever ce niveau. Les Réunions de printemps avec le FMI, pendant la semaine du 13 avril, seront l’occasion de discuter de ces questions.

Les mécanismes de financement qui, comme les obligations vertes, permettent de réduire les risques pour les investisseurs, jouent un rôle croissant pour appuyer des projets respectueux du climat. Les émissions d’obligations vertes ont atteint 36 milliards de dollars l’an dernier et pourraient, grâce à un recours accru aux titres adossés à des actifs, mobiliser plus de moyens pour les pays en développement. Le Fonds vert pour le climat (a), créé en 2010 à l’initiative des pays développés pour lever des financements en faveur des pays en développement, participe aussi au financement climatique, avec à ce jour quelque 10 milliards de dollars d’engagement.

Choix politiques

Par leurs choix de politiques, les pays développés peuvent libérer des fonds publics pour combler le déficit de financement climatique.

La tarification du carbone, à travers un impôt ou un mécanisme de marché, aurait le double avantage de mobiliser des fonds et d’inciter à la réduction des émissions.

Le Groupe consultatif de haut niveau sur le financement de la lutte contre les changements climatiques (a), constitué en 2010 par le secrétaire général des Nations Unies, a estimé qu’un prélèvement de 25 dollars par tonne de dioxyde de carbone émis permettrait de réunir 25 à 50 milliards de dollars par an, à condition que les gouvernements allouent une faible proportion de ces recettes aux pays en développement.

Le démantèlement des subventions aux combustibles fossiles et la réaffectation d’une partie de l’argent économisé au financement climatique pourrait également, comme le souligne le Groupe consultatif, libérer des fonds publics en faveur du climat.

Dans les 34 pays membres de l’OCDE et selon les propres calculs de l’organisation, les 550 mécanismes de soutien aux combustibles fossiles (a) ont coûté entre 55 et 90 milliards de dollars par an entre 2005 et 2011. L’Agence internationale de l’énergie (AIE) estime qu’en 2013, ces subventions ont frôlé les 550 milliards de dollars (a), tous pays confondus. Soit 0,7 % environ du PIB mondial et 2 % des recettes publiques, sachant que ces dispositions profitent majoritairement aux ménages aisés.

Le G20 (a) et l’APEC (a) ont l’un comme l’autre décidé de supprimer progressivement ces subventions.

Il ne s’agit pas d’une décision facile, mais c’est une étape indispensable pour inciter les acteurs économiques à renoncer à un développement gourmand en carbone au profit d’une trajectoire de sobriété. Une partie des économies ainsi réalisées pourrait aider les pauvres à supporter la transition. Une autre partie pourrait être affectée au financement climatique pour les pays en développement.

La gestion économique

La réforme des subventions et la tarification du carbone sont deux solutions parmi d’autres pour mobiliser les milliards de dollars (a) requis pour engager notre planète dans une trajectoire de croissance verte.

Chaque pays peut gérer son économie dans cet objectif, afin de renforcer sa résilience et, parallèlement, mettre fin à la pauvreté et promouvoir une prospérité partagée. Car des politiques vertueuses comme la tarification du carbone et la réforme des subventions aux combustibles fossiles contribueront, en définitive, à réduire les émissions, soutenir une croissance décarbonée et mobiliser l’argent dont le monde a cruellement besoin.


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