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Aider les populations les plus pauvres à s'aider elles-mêmes

28 octobre 2014


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Le 29 septembre 2014, le président Hery Rajaonarimampianina a lancé un programme pilote de filets de protection sociale.

@ Felana Rajaonarivelo

LES POINTS MARQUANTS
  • À Madagascar, la pauvreté s’est aggravée sous l’effet conjugué de catastrophes climatiques et d’impacts socio-économiques de la crise politique qui a secoué le pays de 2009 à 2013
  • Plus de 13 millions de Malgaches souffrent de malnutrition, soit 60% de la population, et n’ont pas les ressources pour acquérir les 2100 calories nécessaires chaque jour
  • 5000 ménages bénéficient actuellement d’un programme pilote de transferts monétaires conditionnés

ANTANANARIVO, le 28 octobre 2014 —Arinesta est menuisier et père d’une famille de cinq enfants. Il vit dans la commune d’Ampanihy, au sud-ouest de Madagascar.  Ici, il y a à peine un an, le cyclone Haruna a fait des ravages, provoquant une grave crise alimentaire et plongeant dans l’extrême pauvreté une région déjà malmenée par de rudes conditions climatiques. Presque toutes les activités économiques  ont été affectées, dont bien sûr la menuiserie, la population n’ayant plus les moyens d’acheter des meubles.

 « J’ai dû vendre mes biens pour faire face à la situation, et nous avons réduit les dépenses pour l’alimentation. Avant, nous mangions du manioc à midi, et du riz le soir. Maintenant, nous mangeons du manioc midi et soir. Le matin, nous ne mangeons rien », confie-t-il.

Selon le rapport d’évaluation de la pauvreté, du genre et de l’inégalité (PGIA) publié en mars 2014, près de 60 % de la population malgache vit aujourd’hui dans l’extrême pauvreté. Arinesta et sa famille font ainsi partie des 13 millions de Malgaches qui ne peuvent manger à leur faim (sur la base minimale de 2100 calories par jour).



« Parfois, on confond protection sociale avec assistanat ; du point de vue du développement d'un pays, une bonne politique de protection sociale stratégique et ciblée permet en fait d'aider les plus pauvres à s'aider eux-mêmes. »

Coralie Gevers

Responsable des opérations de la Banque mondiale pour le Madagascar


Si le taux de pauvreté a toujours été élevé dans le pays, la situation s’est aggravée durant les dernières années sous l’effet conjugué de catastrophes climatiques dans certaines régions et des impacts socio-économiques de la crise politique qui a secoué le pays entre 2009 et 2013. Dans ce contexte, où les besoins sont accrus, les programmes de protection sociale sont pourtant largement insuffisants.

À Madagascar, les dépenses publiques en matière de protection sociale sont extrêmement faibles par rapport à plusieurs pays d’Afrique. En effet, dans neuf pays d’Afrique, les dépenses de protection sociale représentaient 4,4% du PIB en 2007, avec une tendance à la hausse au cours de la dernière décennie. Ce chiffre était seulement de 1,5% en 2008 à Madagascar, un an avant la crise politique qui a entraîné une chute dramatique des dépenses publiques de protection sociale à 1,1% du PIB en 2010 (En chiffres absolus, les dépenses de Protection Sociale sont passées d’environ 145 millions de dollars en 2008 à 56 millions de dollars en 2010).

En outre, la composition de ces dépenses a profondément changé depuis le début de la crise. Depuis 2009, le paiement des retraites représentent l’essentiel du budget tandis que les autres dépenses de protection sociale ont été fortement réduites, notamment au niveau des filets de sécurité.

Toutefois, la tendance est au changement depuis la première moitié de 2014, car les autorités nouvellement établies dans le pays ont souligné leur engagement dans ce secteur.

 « Pour l’avenir, je m’engage à réunir toutes les conditions pour que la protection sociale malagasy ne soit pas perçue comme une simple rubrique de dépenses, budgétivore de surcroît, mais comme un levier de la croissance et un outil de réduction des inégalités sociales, éléments cruciaux d’une stabilité politique indispensable pour le devenir du pays et de chacun de ses citoyens », a notamment déclaré le président de la République Hery Rajaonarimampianina, lors d’un colloque international sur la protection sociale qui s’est tenu le 7 mai 2014 à Antananarivo, la capitale.

Ce colloque parrainé par le Président Rajaonarimampianina a réuni des membres du Gouvernement, ainsi que des experts nationaux et internationaux, de même que des représentants de la société civile et des partenaires au développement qui travaillent dans des activités relatives à la protection sociale. Des responsables venant d’Amérique latine, de l’Asie du sud et de l’Afrique ont partagé leur expérience. Patricia Veira da Costa, secrétaire adjointe à l’éradication de l’extrême pauvreté du Brésil, a présenté l’exemple de son pays, qui alloue 0,46% de son budget à la protection sociale. Selon elle, chaque dollar investi dans ce secteur contribue à 1,7 dollars dans le PIB.

A la suite de ce colloque, un processus d’élaboration d’une politique de protection sociale a été mis en place par le ministère de la Population, de la Protection sociale et de la Promotion de la femme, avec l’appui des partenaires techniques et financiers au rang desquels la Banque mondiale. La Ministre Eléonore Johasy a l’intention de finaliser l’élaboration d’un projet de politique de protection sociale d’ici la fin de l’année 2014.

Pour la Banque mondiale, la protection sociale a une dimension économique. « Parfois, on confond protection sociale avec assistanat. Du point de vue du développement d'un pays, une bonne politique de protection sociale stratégique et ciblée permet en fait d'aider les plus pauvres à s'aider eux-mêmes. C'est leur donner quelques moyens pour leur permettre de participer à l'économie locale » souligne Coralie Gevers, responsable des opérations de la Banque mondiale à Madagascar.

C’est pourquoi la Banque mondiale soutient la préparation d'un nouveau projet de filets de sécurité sociale au bénéfice des familles les plus pauvres, basé sur un système de transferts d’argent réguliers. L'objectif de ce nouveau type de programme de filets de sécurité sociale est double : il permet de soutenir à court terme le revenu des familles extrêmement pauvres tout en encourageant la scolarisation et l’assiduité scolaire de leurs enfants. Il promeut également l'utilisation d'aliments nutritifs et l’adoption de pratiques d'alimentation appropriées. Le projet comprend également un programme d'emploi à court terme pour les ménages touchés par des catastrophes naturelles, afin qu'ils n'aient pas à vendre leurs actifs pour faire face à la crise, comme ce fut le cas d’Arinesta.

5000 ménages de Betafo (dans la région du Vakinankaratra) bénéficient actuellement d’un programme pilote lancé par le président Hery Rajaonarimampianina le 29 septembre 2014. Au total, 16 000 élèves bénéficieront de cette opération appelée «Vatsin'Ankohonana» (bourse familiale), mis en œuvre par le Fonds d'intervention pour le développement (FID), en collaboration avec le ministère de la Population, de la Protection sociale et de la promotion de la Femme; le Ministère de l'Education et l’Office national de nutrition (ONN). Un premier paiement a été effectué aux familles sélectionnées fin septembre. Son extension est prévue pour juillet 2015, sur la base de l'évaluation et de l'apprentissage des résultats du projet pilote.

« Nous voulons soutenir le Gouvernement malgache à passer d'une logique dictée par l'urgence vers une approche de la protection sociale qui puisse établir un système fiable de sécurité sociale pour aider les pauvres et les ménages plus vulnérables », indique Andrea Vermehren, spécialiste de la protection sociale à la Banque mondiale. 


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