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La population d'Amérique latine est dépourvue des anticorps nécessaires pour lutter contre le chikungunya

14 août 2014


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Le moustique Aedes aegypti, principal vecteur de la dengue et du chikungunya.

Reuters

Près de 6 000 latino-américains ont été infectés par le virus, mais ce bilan pourrait rapidement s'alourdir selon les experts.

Le chikungunya s'est propagé en Amérique latine et dans les Caraïbes en moins de temps qu'il n'en faut pour parvenir à épeler son nom et à le prononcer correctement…

Le virus a déjà tué 21 personnes et en a infecté près de 6 000 dans la région, un nombre cependant relativement limité par rapport à d'autres maladies similaires. Toutefois, ce qui inquiète les experts, c'est le fait que les latino-américains n'ont pas encore développé d'anticorps contre la maladie, en raison de son apparition récente.

En d'autres termes, la population latino-américaine toute entière pourrait être infectée.

Tout comme Ebola, qui constitue à présent un problème mondial, le chikungunya est originaire d'Afrique. En makonde, une langue africaine, le nom de la maladie signifie « se tordre de douleur ». Sur ce continent, les premiers cas ont été signalés en 2004. Depuis, le virus s'est étendu à l'Océanie, l'Asie du Sud-Est et certaines régions d'Europe.

Et il est désormais présent en Amérique latine.

Les premiers cas ont été détectés fin 2013. À l'heure actuelle, on estime que 500 000 personnes l'ont contracté, principalement dans les Caraïbes. Le virus s'est propagé rapidement : il a maintenant atteint la partie australe de l'Amérique du Sud, avec deux cas confirmés en Argentine.

Cela n'a rien de surprenant, du fait que le vecteur du chikungunya est le moustique Aedes aegypti, le même que pour la dengue, une maladie bien connue dans la région. Rien qu'au cours de l'année dernière, la dengue a affecté plus de 2,3 millions de personnes.

Fernando Lavadenz, spécialiste santé de la Banque mondiale, explique pourquoi les cas se sont multipliés en Amérique latine et dans les Caraïbes, et quelles mesures les autorités peuvent prendre pour contrôler le virus.

Question : Pourquoi cette maladie semble-t-elle « voyager » plus rapidement que les autres maladies virales ?

Réponse : Notre siècle est fait de migrations de populations entières et de voyages individuels fréquents, ce qui constitue un contexte dans lequel les maladies se propagent rapidement. À ce jour, 30 pays du continent américain ont été touchés – l'Argentine étant le dernier en date – et la plupart des cas ont été « importés ».

Pour vous donner un ordre d'idée, rien que pour les États-Unis, neuf millions de personnes se rendent dans les Caraïbes chaque année, là où le chikungunya a fait sa première apparition dans la région. Il est certain qu'une partie de ces personnes ne prennent pas les précautions nécessaires et se font piquer par le moustique Aedes aegypti. Lorsqu'elles rentrent dans leur pays, au stade virémique (le virus est présent dans leur sang), elles peuvent transmettre la maladie si elles se font piquer par des moustiques non porteurs du virus. C'est ainsi que la maladie se propage. Aujourd'hui, nous observons des cas indigènes dus à ce processus.

De plus, comme cette maladie n'a jamais existé auparavant dans la région, 100 % de la population d'Amérique latine et des Caraïbes y est vulnérable. En d'autres termes, la population ne possède pas les anticorps nécessaires pour combattre le chikungunya et ne présente aucune résistance naturelle à la maladie. Par conséquent, les contaminations dues aux piqûres de moustique sont extrêmement nombreuses. Enfin, du fait qu'Aedes aegypti est le même vecteur que pour la dengue, les pays où la prévalence de cette maladie est élevée seront également vulnérables au chikungunya.



« Les pays qui ont mis en place un système de surveillance épidémiologique efficace pour la dengue sont en meilleure position pour faire face au chikungunya. »


Q. : Comment les autorités de la région peuvent-elles contrôler le chikungunya ?

R. : Elles doivent commencer par améliorer les informations sanitaires dont elles disposent, notamment en termes de recherche et de contrôle, et avoir un système de surveillance épidémiologique qui leur permette d'identifier rapidement les patients qui présentent des symptômes caractéristiques du chikungunya. Tous les cas doivent être signalés et traités. De plus, des tests en laboratoire doivent être réalisés dans les cas suspects, et l'environnement doit être contrôlé pour prévenir toute épidémie.

Certains pays ont d’ores et déjà mis en place un système d'information sanitaire de ce type. Ceux qui disposent d'un système de surveillance épidémiologique efficace pour la dengue sont en meilleure position pour faire face au chikungunya, car ils peuvent utiliser les mêmes mécanismes de prévention et de contrôle pour les deux maladies. L'Argentine fait partie de ces pays, et les efforts qu'elle a déployés pour lutter contre la dengue peuvent servir de modèle pour le reste de l'Amérique latine.

Par ailleurs, les professionnels de la santé et les décideurs doivent être formés. Ils doivent être informés des caractéristiques cliniques de la maladie et de son taux de morbidité. Des guides décrivant le protocole spécifique à observer pour identifier et lutter contre la maladie doivent être distribués à l'échelle nationale. On estime que 50 % des patients présentent des symptômes ; toutefois, pour les identifier, il est essentiel d'avoir le niveau approprié d'information et de formation.

Q. : Comment la population peut-elle se préparer ?

R. : Il faut, au niveau local, apprendre à la population à se protéger des piqûres de moustiques à l'aide de moyens simples tels que les moustiquaires et les répulsifs. Et il faut conseiller aux gens de porter des vêtements à manches longues et des pantalons. De plus, les actions de lutte contre les moustiques doivent être intensifiées : la croissance illimitée de leur population doit être contenue, notamment en évitant de stocker de l'eau dans des pots en terre cuite, car ceux-ci constituent des endroits propices à leur reproduction. Il s'agit des mêmes précautions que pour lutter contre la dengue. Les zones exposées à la dengue le sont également au chikungunya.

Q. : Existe-il suffisamment d'informations sur le chikungunya ? Ses symptômes ne risquent-ils pas d'être confondus avec ceux de la dengue ?

R. : L'Organisation panaméricaine de la santé a élaboré des directives et des recommandations techniques qui doivent être distribuées aux personnes concernées pour les aider à distinguer la dengue du chikungunya. La principale différence tient au fait que le chikungunya produit des douleurs articulaires extrêmes et permanentes, alors que ces douleurs sont rares et moins intenses dans le cas de la dengue. Mais les deux maladies ont beaucoup d'autres symptômes en commun, notamment la fièvre.

Si les autorités et la population sont préparées à y faire face, personne ne devrait mourir du chikungunya ou de la dengue, bien qu'il existe pour cette dernière une variante hémorragique qui présente un risque vital plus élevé. Dans les deux cas, il est nécessaire d'améliorer les services de santé prodigués aux patients atteints de maladies chroniques et aux personnes âgées.


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