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Pour un meilleur accès à l’eau potable en RDC

10 octobre 2013


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© Oistein Thorsen/Oxfam

LES POINTS MARQUANTS
  • Le « projet d’alimentation en eau potable en milieu urbain » (PEMU) vise à améliorer l’accès à l’eau potable des habitants des trois principales villes du pays.
  • Ces trois villes ont été ciblées car elles représentent 79% des clients de la Regideso, régie de distribution de l’eau en RDC
  • Ce projet a été financé à hauteur de 190 millions de dollars par la Banque mondiale

KINSHASA, le 10 octobre 2013-- Assurer l’accès à l’eau potable d’ici fin 2015 à une majorité des 70 millions d’habitants que compte la RDC : tel est l’ambitieux défi que la Regideso (régie de distribution de l’eau de la République démocratique du Congo) s’est fixé avec l’appui de la Banque mondiale.

«Il est anormal qu’en 2013, les ménagères soient obligées de quitter leurs domiciles aux petites heures du matin rien que pour aller puiser de l’eau à la source », souligne Jean-Louis Bongungu, le coordonnateur du projet PEMU (Projet d’alimentation en eau potable en milieu urbain). « Il se pose, à la fois un problème d’insécurité et de dignité de la femme congolaise», ajoute-t-il.

Mis en place par le gouvernement congolais, ce projet, financé par la Banque mondiale pour un montant de 190 millions de dollars, vise à améliorer l’accès en eau potable des habitants des trois principales villes du pays: Kinshasa, la capitale, Lubumbashi, deuxième ville du pays en nombre d’habitants, et la ville portuaire de Matadi. Ces trois villes représentent 72% du chiffre d’affaires de la Regideso et  79% de ses clients actifs.


« Il est anormal qu’en 2013, les ménagères soient obligées de quitter leurs domiciles aux petites heures du matin rien que pour aller puiser de l’eau à la source »

Jean-Louis Bongungu

Coordonnateur du projet PEMU

À Matadi : la solution des motopompes

Située à 350 km au sud-ouest de Kinshasa, la ville de Matadi, chef-lieu de la province du Bas-Congo, fait figure de casse-tête pour la Regideso. Bâtie sur de la roche dont elle tient le nom (Matadi signifie « pierre » en kikongo) la ville a pour principal handicap de ne pas disposer de suffisamment de sources naturelles d’eau potable. Sa seule source d’approvisionnement est le fleuve Congo. Or, par temps d’étiage sévère, le niveau des eaux du fleuve Congo baisse drastiquement.

Ces derniers temps, l’équipe de coordination du projet multiplie les navettes entre Kinshasa et Matadi. Objectif ? Surveiller les travaux d’installation de motopompes (pompes qui tirent l’eau du fleuve et de la rivière de Mpozo vers les installations de la Régideso, en pleine ville comme dans les zones périphériques) acquises en urgence avec l’accord de la Banque mondiale.

L’été dernier, une mission de la Banque mondiale, conduite par Madio Fall, responsable du projet, avait en effet constaté que l’obsolescence et la vétusté des équipements électromécaniques avaient réduit de moitié la capacité de production de la Regideso. « Il a donc bien fallu avoir recours à des motopompes. C’était la seule solution», précise Madio Fall.

Les travaux du PEMU pour la ville de Matadi ont démarré en novembre 2012 et s’achèveront avant le 30 juin 2014. A l’horizon 2015, Matadi aura un système d’alimentation en eau potable totalement requinqué grâce à la réhabilitation et la construction d’installations de production et de stockage d’eau, la réhabilitation de 5 000 raccordements domestiques, l’installation de 10 000 nouveaux compteurs et la construction de 100 bornes fontaines. Quatre-vingt pour cent des habitants de la ville devraient ainsi avoir accès à l’eau potable.

À Kinshasa : L’espoir renaît

Kinshasa, la capitale, compte environ 12 millions d’habitants. Sa population ne fait que croître et avec elle la demande en eau potable. Or, la demande dépasse de loin l’offre. Des quartiers entiers manquent d’eau courante, notamment dans la partie est de la ville dans le district de la Tshangu. Pourtant, la situation va en s’améliorant notamment dans certains quartiers situés à l’ouest de Kinshasa.

« J’habite ce quartier depuis une dizaine d’années mais l’eau a cessé de couler à mon robinet depuis environ quatre ans. Mes nombreuses protestations à la Regideso n’ont rien changé», témoigne Hortense Massamba, 50 ans, une habitante de la commune de Kintambo, dans le quartier Nganda. Deux fois par semaines, cette mère de 6 enfants est obligée d’envoyer ses enfants loin du domicile afin d’approvisionner la maison en eau. Pourtant elle dispose d’un abonnement à la Régideso et d’un compteur.

Pourtant, depuis quelque temps, Mme Masamba a constaté que l’eau du robinet coulait un peu plus souvent. « Je surveille mon robinet chaque soir avant d’aller au lit. Cela fait deux semaines que l’eau coule tous les jours bien que la pression soit faible», témoigne-t-elle, un brin incrédule.

Grâce au projet PEMU, la frustration des consommateurs kinois vis-à-vis de la Régideso diminue. Sur Kinshasa, le PEMU a entrepris – en ciblant notamment l’est de la ville - la réparation des stations de pompage et des stations auxiliaires. Il a effectué le renforcement de la canalisation primaire (diamètre 1000 mm) entre l’usine de traitement de Ndjili et l’aéroport du même nom, ce à quoi il faut ajouter la réhabilitation de 378 km de réseaux de distribution secondaires et tertiaires, le remplacement et l’installation de 250 000 compteurs. Vingt-cinq mille nouveaux branchements au réseau de distribution ont été réalisés et 200 bornes fontaines installées.

Des progrès à Lubumbashi

Dans la capitale du cuivre, la campagne des forages s’achève avec succès, notamment sur les sites de Luano, UNILU et KAFUBU. Le programme PEMU pour la ville de Lubumbashi vise à donner accès à l’eau à près de 85 % de la population à l’horizon 2015.

L’appui de la banque Mondiale ne se limite pas à l’approvisionnement en eau potable. Le PEMU finance aussi le redressement technique, financier et commercial de la Régidéso. Un contrat de performance entre l'Etat et la Regideso a par exemple été signé.

Reste la question de l’accès à l’eau de la Regideso pour les populations des autres villes du pays. Pour Madio Fall, les Congolais ne devraient pas trop se soucier du fait que ce projet n’ait privilégié que trois villes ou trois provinces. « Les autres villes sont prises en compte à travers la réussite du projet. Le renforcement des capacités opérationnelles des villes ciblées, à savoir Kinshasa, Lubumbashi et Matadi, permettront à court terme à la Regideso de réhabiliter ses finances afin d’étendre, sur fonds propres, la réhabilitation de ses infrastructures aux autres régions du pays. Il n’y aura donc pas de villes ou de populations laissées pour compte», assure-t-il.

Réduire la facture en eau de l’État

La Banque mondiale avait demandé et obtenu du gouvernement qu’il s’engage à payer ses factures d'eau à 100%. Jusqu'à présent, il fait des efforts mais peine à respecter cet engagement. Pour faciliter la tâche des autorités, le PEMU a prévu de financer la réhabilitation des réseaux d'eau des cinq administrations les plus consommatrices d'eau à savoir, les forces armées, le ministère de l'Intérieur, le ministère de la Santé, le ministère de la Justice et celui de l'Enseignement supérieur.

Cette composante du PEMU vise à réduire de façon substantielle les gaspillages d'eau et donc la facture d'eau de l'Etat. Le projet comprend également un volet éducatif : il s’agit en effet de faire comprendre aux autorités ainsi qu’aux populations la nécessité de faire des économies d'eau et les inciter à changer de comportement… Car sans prise de conscience collective, l’eau, si elle coule à flots, risquerait bien d’être gaspillée.

 


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