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Maroc : entretenir la dynamique de la réforme de l’éducation

11 septembre 2013


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Dans le premier cycle secondaire, le taux net de scolarisation atteint 79 % pour les garçons des villes mais seulement 26 % pour les filles des campagnes.

Arne Hoel l World Bank 2012

LES POINTS MARQUANTS
  • Les progrès impressionnants de la scolarisation au primaire se sont accompagnés de nouveaux défis sur le front de la qualité et de la persistance d’importantes disparités entre les sexes et les régions
  • Le gouvernement a lancé une série de programmes pour développer la fréquentation scolaire, améliorer la qualité de l’enseignement et réformer la gouvernance du secteur de l’éducation
  • La Banque mondiale a apporté un soutien technique et financier au programme de réforme en cours

Le système éducatif marocain a indubitablement progressé sur le plan de l’élargissement de l’accès à la scolarité, mais des progrès restent à faire au niveau de la qualité.

La croissance dont bénéficie le pays depuis quelques années rend de plus en plus évident le rôle du système éducatif en tant que catalyseur du développement économique et social. Les efforts dirigés en ce sens vers les populations les plus marginalisées ont permis une amélioration sensible de l’accès à l’éducation.

Grâce à de nombreuses mesures durables, des progrès ont aussi été obtenus sur plusieurs autres fronts. Mais si ces résultats sont étroitement liés aux moyens et aux ressources, ils dépendent aussi fortement de la continuité et de la cohérence des stratégies d’éducation mises en place par les gouvernements successifs, sachant par ailleurs que la société civile et les parents ont aussi un rôle à jouer en assurant le suivi et l’évaluation des politiques publiques menées dans ce secteur.

Une décennie d’efforts

Le système éducatif du Maroc achoppait sur un certain nombre de problèmes graves, liés pour l’essentiel à l’insuffisance de la couverture des services d’éducation, aux inégalités entre les sexes à tous les niveaux et à des taux élevés de redoublement et d’abandon. D’où de médiocres performances en termes d’apprentissage et d’insertion professionnelle des diplômés, qui ont alimenté le manque de confiance ressenti par la population vis-à-vis  du système éducatif.

Soucieux de remédier à ces difficultés, le gouvernement s’est lancé dans un vaste programme de réforme, avec l’adoption en 1999 de la Charte nationale d’éducation et de formation. Ce texte a proclamé la période 2000-2009 « décennie de l’éducation » et fait de l’éducation et de la formation une priorité nationale. Le Plan d’urgence pour l’éducation avait alors été mis en place en 2009 afin de relancer le processus qui avait pris du retard.

La première étape indispensable pour améliorer la performance du secteur consiste à faire de l’équité devant l’éducation une réalité pour tous. Les investissements d’infrastructure consentis ces dix dernières années et les aides accordées aux élèves les plus démunis ont permis d’augmenter les taux nationaux de scolarisation — de 52,4 à 98,2 % pour le primaire, de 17,5 à 56,7 % pour le premier cycle secondaire et de 6,1 à 32,4 % pour le deuxième cycle secondaire. La situation a aussi nettement progressé en termes d’équité, puisque l’écart de scolarisation en primaire entre les garçons vivant en ville et les filles vivant à la campagne avait été ramené à 3,5 points lors de la rentrée scolaire 2012.

Mais après le primaire, d’importantes inégalités persistent entre filles et garçons, et selon le milieu géographique (urbain/rural) .  Ainsi, dans le premier cycle secondaire, le taux net de scolarisation atteint 79 % pour les garçons des villes mais seulement 26 % pour les filles des campagnes. Ce décalage sexospécifique est le signe de la prégnance durable de normes sociales et culturelles qui pénalisent particulièrement les filles vivant en milieu rural.

Redoubler d’efforts qualitatifs

Au-delà de l’accès, la qualité de l’enseignement et de l’apprentissage constitue le pilier de tout système scolaire. Le Maroc a beaucoup œuvré en la matière au fil des années, notamment en réactualisant les programmes pédagogiques et en créant des centres régionaux de formation des enseignants.

Malgré tout, la qualité reste un problème persistant. En 2011, les enquêtes TIMSS sur l’enseignement des mathématiques et des sciences et PIRLS sur les progrès en lecture ont mis en évidence la faiblesse du niveau d’apprentissage des élèves marocains de 4e et 8e années par rapport à leurs camarades des autres pays participants. Ainsi, 74 % des élèves marocains de 4e année n’atteignaient même pas le premier des quatre niveaux de référence en mathématiques et aucun ne parvenait au niveau supérieur.

Il s’agit donc d’entretenir la dynamique de la réforme, pour exploiter les gains obtenus ces dernières décennies. Cela passe par la poursuite de la modernisation des manuels et de l’harmonisation des langues d’enseignement tout au long du cursus, afin d’améliorer les pratiques didactiques et, partant, d’éviter les incohérences et le gaspillage de ressources. L’adéquation entre les programmes d’enseignement et de formation professionnelle d’un côté et les attentes du marché du travail est tout aussi importante. De plus en plus de jeunes qualifiés et formés ont du mal à pénétrer sur un marché de l’emploi très exigeant et ne peuvent guère compter sur le système éducatif pour obtenir une orientation et des conseils sur la manière d’acquérir les compétences professionnelles les plus recherchées.


« L’éducation est un investissement de long terme qui exige des efforts soutenus et des politiques cohérentes. »

Kamel Braham

Coordinateur pour le secteur du développement humai

La gouvernance et la gestion des ressources humaines sont des facteurs déterminants dans la bonne gestion des établissements

La gouvernance apparaît comme un élément critique pour la performance des systèmes éducatifs. Le ministère de l’Éducation nationale a engagé un processus de décentralisation pour améliorer la gestion des moyens, non négligeables, alloués au secteur. L’administration des budgets à l’échelon local faisait partie d’un plan visant à améliorer l’efficacité et la gouvernance au niveau des écoles et à faire en sorte que les programmes éducatifs soient réactifs vis-à-vis des attentes régionales.

La gestion des ressources humaines est, elle aussi, une clé de l’efficacité, car elle exerce une influence considérable sur la performance d’ensemble des établissements. Le ministère s’est lancé dans une politique massive de promotion des plans de carrière et de mobilité des enseignants, afin de les affecter là où leurs compétences seront les plus utiles.

Dans son discours à la nation sur la politique éducative, le 20 août dernier, le roi Mohamed VI a dressé un tableau sans concession sur la performance du secteur, en insistant sur le rôle de l’éducation comme levier de l’insertion économique et sociale. Il est revenu sur les objectifs à atteindre et les moyens à mobiliser pour y parvenir.

Le souverain a annoncé la réactivation du Conseil supérieur de l’éducation (CSE), composé d’une centaine de membres, issus de cabinets ministériels, du Parlement, d’organismes publics aux missions spécifiques, d’universités, de syndicats d’enseignants, d’associations de parents d’élèves, d’organisations étudiantes, de l’industrie et d’organisations non gouvernementales. Le CSE incarne la diversité de la société marocaine et représente une source permanente et indépendante de suivi et d’évaluation, deux facteurs essentiels pour le suivi des politiques publiques dans le domaine de l’éducation.

Une aide vitale aux réformes de l’éducation

Le Groupe de la Banque mondiale et d’autres grands partenaires au développement, comme l’Union européenne et la Banque africaine de développement, ont accompagné ces efforts et apporté une aide essentielle au gouvernement marocain pour identifier et hiérarchiser les mesures qui permettront de remettre le secteur à niveau, surtout sur le plan de l’accès, de la qualité et de la gouvernance. Les bailleurs de fonds ont soutenu activement les autorités tout au long de la préparation et de la mise en œuvre des programmes de réforme : un engagement fondé sur un soutien technique et financier parfaitement coordonné entre les partenaires de développement.

En 2010, la Banque mondiale a alloué 100 millions de dollars pour un prêt à l’appui des politiques de développement, pour appuyer les mesures engagées au cours des deux premières années du Plan d’urgence pour l’éducation. Le Conseil d’administration de la Banque vient d’approuver une nouvelle tranche de 100 millions de dollars, afin d’assurer la consolidation des réformes au cours de la seconde moitié du Plan.

Ce second prêt pour le secteur de l’éducation est axé sur le renforcement des dispositifs institutionnels, afin de pouvoir élargir l’accès à l’école, surtout pour les élèves des zones rurales ayant l’âge d’intégrer le premier cycle secondaire, améliorer la qualité de l’enseignement et de l’apprentissage dans le primaire et le premier cycle secondaire et renforcer l’efficience de la gouvernance du secteur grâce à la décentralisation.

« L’éducation est un investissement de longue haleine qui exige des efforts soutenus et des politiques cohérentes. Le Maroc a obtenu des résultats importants en termes d’accès à l’éducation, mais il doit poursuivre ses efforts afin de garantir l’égalité des chances, surtout pour les filles et les communautés rurales, et d’améliorer la qualité des apprentissages », indique Kamel Braham, coordinateur pour le secteur du développement humain à la Banque mondiale et responsable de l’équipe chargée de la mise en œuvre du second prêt à l’appui des politiques de développement pour l’éducation.


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