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Les petits agriculteurs du Burundi rivalisent d’ingéniosité pour assurer la pérennité des aides reçues

12 juin 2012


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Les agriculteurs burundais aggrandissent leurs champs et augmentent leur production en mettant leurs ressources en commun et en s'entraîdant.

IRRI Images

LES POINTS MARQUANTS
  • Le Projet de productivité agropastorale et de développement des marchés agricoles a fourni semences, engrais, assistance technique et conseils aux agriculteurs.
  • En s’associant, les agriculteurs du Burundi peuvent augmenter durablement la production agricole et leurs revenus.
  • Les associations d’agriculteurs ont également réussi à cultiver des variétés améliorées de plantes vivrières, à l'image d’un manioc résistant aux maladies.

PROVINCE DE BUBANZA, le 12 juin 2012. Des agricultrices de la commune de Gihinga, dans la province de Bubanza, font admirer le champ de tomates qu’elles exploitent ensemble : un hectare situé à proximité d’un ruisseau qui aura produit plus de huit tonnes de fruits. Pour ce projet, elles ont reçu une aide au développement de 5 000 dollars, complétée par leurs contributions à hauteur de 2 700 dollars.

La vente ayant été fructueuse, ces femmes sont déjà passées à l’échelle supérieure et louent désormais d’autres terres à la commune. Leur cagnotte collective sert à préfinancer l’achat de semences et d’engrais, dont elles peuvent aussi se servir pour leurs propres lopins, sachant qu’elles n’ont pas touché au capital initial. Grâce à leur travail commun, chacune d’elles s’en sort mieux, individuellement. Désormais, elles peuvent s’acheter les biens dont elles ont besoin : nouveaux habits, lunettes, matériel de construction ou bicyclettes…

Ces agricultrices ont reçu des semences et des engrais dans le cadre d’une opération menée au titre du Projet de productivité agropastorale et de développement des marchés agricoles (PRODEMA) de la Banque mondiale. Le projet aurait été viable même si elles n’avaient utilisé ces semences et ces engrais que sur leurs lopins de terre individuels. Mais en investissant l’essentiel dans le champ collectif de l’association Twiyungunganye Bakenyezi   (« Femmes, unissons-nous »), elles ont réussi à constituer un trésor de guerre commun, qui ne cesse de grossir et qui leur donne nettement plus d'autonomie, notamment en matière de crédits agricoles.

« Nous aurions pu gagner encore plus d’argent si l’on ne nous avait pas dérobé nos oignons », explique leur présidente. « Au moment de la récolte, nous avons découvert qu’il n’en restait pratiquement plus qu’un. Ils avaient tous été volés. Mais nous avons persévéré et réussi ».

L’association Twiyungunganye Bakenyezi  n’est qu’un des exemples de l’ingéniosité et de la responsabilité sociale dont font preuve les agriculteurs du Burundi pour faire durer au maximum l’aide exceptionnelle qu’ils ont reçue. Ils se sont appuyés sur l’assistance technique et les conseils prodigués dans le cadre du PRODEMA pour pousser les innovations encore plus loin.

Sur la commune de Mwumba, au milieu des collines de Ngozi, l’association Twijukirikorwa Vy’iterambere a reçu trois chèvres pour chacun des 30 ménages membres. Ceux-ci en sont copropriétaires, avec l’association. Des règles complexes de gestion de ce cheptel et du champ de pommes de terre commun ont été mises au point.

« Les membres ne peuvent pas vendre les chèvres », explique le président, « tant qu’elles n’ont pas eu de petits. Ensuite, c’est l’association qui donne son feu vert et qui récupère, en échange, un pourcentage de la vente ».

Tous les groupes ont fixé leurs propres règles, en fonction du contexte, de leur façon de voir les choses et de leur responsabilité sociale. Mais certains points communs se dessinent. Les communautés les plus démunies ont tendance à se servir des fonds de démarrage alloués par le projet, qui constituent le principal de l’association. Celle-ci conserve la propriété des vaches ou des chèvres, même si les animaux sont parfois donnés aux ménages. Les agriculteurs ont un droit de propriété partiel sur les petits de leurs bêtes. Ils peuvent récupérer le fumier, extrêmement précieux pour leur activité et leur production. Ils sont souvent tenus de donner un demi-litre ou un litre de lait par jour à l’association. Si ces communautés ont moins tendance à vouloir constituer une cagnotte commune que celles qui ont plus de moyens, la pression et le contrôle exercés par la collectivité sont très importants.

Le projet a aussi permis de distribuer des variétés culturales améliorées. Dans la commune de Mpanda, à Bubanza, l’association de producteurs Tujijuke a planté deux hectares de manioc résistant aux maladies. « Nous devrions retirer pas mal d’argent de la vente de ce manioc et des boutures », déclare l’un des membres de l’association qui entend alimenter ainsi le village. La différence de résultats est évidente quand on compare le champ de l’association aux autres, sur lesquelles des plantes clairsemées s’étiolent, attaquées par la mosaïque du manioc.

Alors que certaines communautés, comme celle des Dukinigiribidukikije à Ntaho, commencent à souffrir de malnutrition, avec des signes apparents chez les enfants, des aides supplémentaires s’imposent. Des cultures bio-fortifiées (patates douces à chair orange et haricots riches en fer et en zinc) lui seront bientôt distribuées. Mais il faudra aussi s’attaquer aux difficultés classiques de l’agriculture et de l’élevage.

Cela dit, maintenant que les agricultures du Burundi ont compris comment faire durer la manne, il est bien plus facile d'intégrer de nouveaux aspects dans le modèle. Tous les groupes ont des projets d’avenir bien pensés. « Avec l’argent, nous sommes en train de créer une association, pour acheter un nouveau champ, des pieds de café et quelques vaches », indique le président de l’association Twijikiribikorwa à Nyamurenza. « Nous prévoyons aussi d’acheter un véhicule, plus tard ».


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