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Femmes et transports: un parcours semé d'obstacles

10 août 2011


Avril 2011 | par Donna Barne, Relations externes, Banque mondiale.

Des études au Maroc, en Cisjordanie et au Yémen fournissent des informations utiles aux stratégies de transport public

Les femmes connaissent davantage de difficultés que les hommes pour se déplacer et doivent dépenser davantage dans les transports : telle est la conclusion de plusieurs études menées en 2008 et 2010 (a) au Maroc (Casablanca), en Cisjordanie et au Yémen, dans le cadre du Plan d'action pour la parité hommes-femmes. Les systèmes de transport dans ces régions ne sont actuellement pas adaptés aux besoins de la population féminine mais il existe des moyens pour améliorer la mobilité et la sécurité des femmes lors de leurs déplacements : le respect des horaires de transport public, l'éclairage des trottoirs et des rues, ou encore la multiplication des arrêts de bus et des passages piétons.


« Nous voulons sensibiliser la population au fait que, dans le domaine des transports, hommes et femmes ne sont pas logés à la même enseigne »

Jean-Charles Crochet

Economiste des transports à la Banque mondiale, qui a conduit les études au Yémen et à Casablanca

Alors que les femmes prennent davantage les transports en commun que les hommes, les itinéraires et les horaires limités sont autant d'obstacles qui entravent leur vie quotidienne. Selon les études conduites en Cisjordanie et dans les villes du Yémen, les femmes dépensent 15 % à 20 % de plus que les hommes pour les transports, car elles sont davantage soumises aux contraintes culturelles et sociales, ainsi qu'à celles liées aux obligations familiales. La sécurité et l'hygiène dans les transports sont aussi des questions qui préoccupent les femmes, surtout si elles se déplacent avec leurs enfants.

Les besoins des femmes en matière de transport sont multiples. En effet, elles travaillent en dehors du foyer, remplissent toutes sortes d'obligations familiales en dehors des heures de pointe et doivent pouvoir se rendre à l'école ou dans les services de santé, à titre personnel ou pour y accompagner leurs enfants. En d'autres termes, elles ont « un mode de déplacement différent » selon Lamis Aljounaidi, ancienne junior professional associate à la Banque mondiale, qui était chargée des études en Cisjordanie et au Yémen.

Des trajets difficiles au Maroc

Les études montrent que les obstacles dans le domaine des transports empêchent les femmes de gagner leur vie.

« Les femmes qui vivent dans les banlieues de Casablanca, à la croissance rapide, sont confrontées à des difficultés pour se rendre jusqu'aux usines textiles qui recrutent, affirme Jean-Charles Crochet. L'étude montre que la population féminine souhaite travailler, mais que le système de transport et ses piètres performances ne les y aident pas… Quand on habite certains quartiers de la ville, il est compliqué de se rendre dans les zones industrielles. Les femmes ont l'impression de ne pas pouvoir concilier leurs obligations familiales avec les exigences d'un emploi. »

Toutefois, la participation croissante des femmes au marché du travail a eu d'importantes conséquences sur la demande en ce qui concerne les transports urbains au Maroc. C'est pourquoi les pouvoirs publics du pays réfléchissent à de nouvelles stratégies de transport urbain à mettre en place sur le territoire national.

Un effort que la Banque mondiale est venue soutenir au début 2011 avec un prêt de 100 millions d'euros à l'appui des politiques de développement.

Peu de femmes actives en Cisjordanie

En Cisjordanie, les femmes représentent à peine 15 % de la population active, bien que le taux d'alphabétisation féminin, qui atteint 90 %, soit le plus élevé de la région Moyen-Orient et Afrique du Nord.

« L'une des raisons principales expliquant le faible taux d'emploi féminin, c'est l'inaccessibilité, le manque de transports efficaces permettant de faire la navette entre le domicile et le lieu de travail », précise Ibrahim Dajani, responsable principal des opérations, qui a mené l'étude cisjordanienne.

Dans ce pays, une femme qui a un emploi passe généralement dans les transports un temps considérable et aléatoire. Elle doit en effet souvent emprunter plusieurs modes de transport ou effectuer des changements, surtout si elle utilise le bus ou un taxi collectif, car ce sont rarement des trajets directs. En outre, les passages aux points de contrôle peuvent causer des retards supplémentaires que les mères qui travaillent ne peuvent bien évidemment pas se permettre.

« La plupart des femmes n'ont pas les moyens de prendre un taxi individuel, et c'est traditionnellement l'homme de la famille qui se sert du véhicule personnel (c'est-à-dire la voiture) », ajoute Lamis Aljounaidi. Seulement 8 % des femmes utilisent un moyen de transport privé (voiture, etc.), contre 21 % des hommes. Les autres, soit 92 % des femmes et 79 % des hommes ayant répondu au sondage, se déplacent à pied ou grâce aux transports en commun.

« Lorsque les ressources sont limitées, ce sont souvent les hommes qui les accaparent : il en a toujours été ainsi, constate Lamis Aljounaidi. Les femmes prennent davantage les transports publics et vont plus souvent à pied que les hommes, et c'est pour cette raison qu'elles doivent faire face à plus de problèmes, parce que les transports en commun sont peu commodes et les trottoirs en piteux état. Ces éléments ont des répercussions plus grandes sur la population féminine, car elle a moins accès aux moyens de transport privés. »

Selon Ibrahim Dajani, les transports en Cisjordanie pourraient devenir plus efficaces et plus pratiques pour les femmes. Cependant, comme les ressources publiques sont restreintes, cela nécessiterait probablement le regroupement des nombreuses compagnies d'autobus privées, afin de rendre les transports plus économiquement viables et de faciliter l'accès aux financements permettant le remplacement des véhicules vétustes.

Une autre étude financée par la Banque mondiale vient compléter les précédentes : elle propose un projet pilote prévoyant la fusion des compagnies de bus du Nord de la Cisjordanie, la mise en place de tarifs intégrés et la réduction des coûts pour les opérateurs comme pour les usagers.

« Dans le cadre de ce projet, il faudrait étudier chaque itinéraire et chercher à savoir quels en sont les usagers et où ils se rendent, pour restructurer le réseau de manière à ce que les femmes, les hommes, mais aussi les catégories vulnérables, puissent en bénéficier également », conclut M.Dajani.

Les transports et l'éducation au Yémen

Au Yémen, les modes de transport disponibles sont en nombre réduit, et sont plus coûteux pour les femmes. Dans les régions rurales, la pression sociale est un frein majeur à la mobilité des femmes. Les transports sont 50 % plus chers pour les femmes que pour les hommes, car elles doivent circuler dans des véhicules couverts. Étant donné que la plupart d'entre elles n'en ont pas les moyens, elles se déplacent à pied.

« Les femmes ont l'impression de ne pas pouvoir concilier leurs obligations familiales avec les exigences d'un emploi. »

Jean-Charles Crochet

L'étude montre cependant que le réseau routier a permis de relier les écoles et les lieux de santé aux villages, ou bien de les rapprocher de la population, contribuant ainsi au meilleur accès des femmes aux services essentiels dans le domaine de l'éducation et de la santé maternelle et infantile.

Environ 55 % des femmes ont reçu une formation scolaire de base dans les communautés reliées au réseau routier depuis 15 ans ou plus, contre 32 % ailleurs. Environ 40 % de femmes ont accès aux établissements de santé maternelle et infantile dans les régions où les routes existent depuis longtemps, contre 18 % dans les lieux récemment desservis et seulement 5 % là où il n'y a pas de route.

À Sanaa, la capitale yéménite, de nouvelles infrastructures ont permis de diminuer le coût d'accès à l'éducation, aux services ainsi qu'aux possibilités professionnelles et économiques pour les femmes vivant dans les quartiers qui ont été aménagés. Mais, selon Jean-Charles Crochet, davantage de sécurité dans les transports urbains permettrait d'élargir les opportunités pour les femmes.

« Ce qui importe au Yémen, c'est l'accès à l'éducation, que ce soit pour les jeunes femmes ou dans le cadre de la formation continue pour les femmes qui ont un emploi. Les filles ne peuvent pas accéder à l'éducation s'il n'y a pas un moyen de transport sûr, car leurs familles ne les laisseront tout simplement pas faire le trajet. Les transports urbains ont donc un impact énorme sur la capacité des jeunes femmes à acquérir de nouvelles connaissances. »


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