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Afrique de l’Ouest : Front commun face aux défis de la productivité et de la compétitivité agricoles

25 mai 2011


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Farine de manioc: le PPAAO aide à valoriser les produits locaux et réduire les importations de blé.


LES POINTS MARQUANTS
  • En Afrique de l’Ouest, la Banque mondiale soutient un programme qui vise à renforcer la coopération sous-régionale en matière d’agriculture
  • Le programme met l’accent sur l’harmonisation des politiques agricoles et l’adoption des nouvelles technologies dans les domaines hautement prioritaires
  • A terme, il s’agit de parvenir à la souveraineté alimentaire par l’accroissement du rendement agricole, facteur clé dans la réduction de la pauvreté

DAKAR, 27 mai 2011—L’agriculture, l’élevage et la pêche assurent 35% du Produit Régional Brut des 15 pays de la CEDEAO qui compte 219 millions d’habitants. Ces secteurs font vivre 65% de la population active et couvrent 80% des besoins alimentaires. Malgré leur importance pour les économies des pays de la sous-région, leur productivité reste faible et les produits du terroir sont peu compétitifs tant sur les marchés locaux qu’étrangers. C’est dans ce contexte que la Banque mondiale, à la demande des pays de la CEDEAO, a décidé de financer le Programme de Productivité Agricole en Afrique de l’Ouest (PPAAO), avec pour principale mission de mettre à la disposition des agriculteurs des technologies pour accroître la productivité et améliorer la compétitivité des cultures dominantes au niveau de chaque pays bénéficiaire.

Les recherches les plus récentes dans le champ de l’économie agricole sont formelles : les pays africains gagneraient beaucoup à investir dans l’amélioration du rendement agricole.

En 2009, l’Institut International de Recherche sur les Politiques Alimentaires (IFPRI) a publié une étude qui indique que les rendements potentiels des investissements dans la production et la diffusion des technologies agricoles sont de 46 % en Afrique de l'Ouest. Publié en 2008 par la Banque mondiale, le rapport sur le Développement dans le monde intitulé « Agriculture pour le développement » souligne le rôle de la productivité agricole dans la croissance agricole et économique de façon générale, la réduction de la pauvreté rurale et la sécurité alimentaire de manière particulière.

Le rapport note qu’une croissance tirant son origine de l'agriculture est quatre fois plus efficace dans la réduction de la pauvreté qu'une croissance suscitée en dehors du secteur agricole. Le lien entre l'augmentation de la croissance agricole et l'amélioration de la productivité agricole est ainsi établi, avec cette précision que les investissements dans la recherche agricole sont un élément déterminant.

Un programme d’investissement à vocation régionale

Le PPAAO se présente comme une réponse de la Banque mondiale à la demande de la CEDEAO pour la mise en œuvre des trois programmes mobilisateurs qui constituent le cadre pour des actions majeures visant à confirmer le secteur agricole comme moteur de la croissance au cours des cinq prochaines années. Le premier programme est axé sur la promotion des produits stratégiques pour la souveraineté alimentaire ; le deuxième vise à promouvoir un environnement global favorable au développement agricole régional, alors que le troisième est axé sur la réduction de la vulnérabilité alimentaire et la promotion d'un accès durable à l'alimentation.

Le montage financier du PPAAO reflète sa vocation régionale. Ainsi, un tiers des ressources de ce programme provient de l’enveloppe de la Banque mondiale allouée à chaque pays bénéficiaire, tandis que les deux autres tiers sont issus des fonds de la Banque destinés au financement des programmes régionaux. Autre élément à souligner : le renforcement et la mutualisation des ressources allouées à la recherche. Ainsi, en fonction de la filière dominante du pays, les capacités de l’institut de recherche retenu sont renforcées en vue d’en faire un pôle d’excellence en matière de recherches et développement à vocation régionale.

Porté au-devant de la communauté des partenaires au développement par la CEDEAO, le PPAAO est principalement axé sur la recherche agricole, la diffusion et l’adoption des technologies nouvelles. En mars 2007, a démarré la première phase de ce programme avec un montant de 45 millions de dollars américains (environ 22, 5 milliards F CFA). Pour cette phase, la première vague de pays, baptisée PPAAO 1A est constituée des trois pays suivants : le Ghana, le Sénégal et le Mali. Ces pays travaillent sur les chaînes de valeur des produits prioritaires identifiés dans les programmes mobilisateurs de la CEDEAO, en l’occurrence les racines et les tubercules au Ghana, les céréales en culture sèche au Sénégal et le riz au Mali.

Le programme de la seconde vague (WAAPP 1B), qui regroupe le Burkina Faso, la Côte d’Ivoire et le Nigéria, a été approuvé en septembre 2010, pour un coût total de 119 millions de dollars ( environ 60 milliards de F CFA) financé pour 90 millions de dollars (environ 45 milliards F FCA) par la Banque mondiale, 19 millions de dollars (9,5 milliards de F CFA) par des fonds du Programme d'intervention en réponse à la crise alimentaire mondiale (GFRP) et 10 millions dollars (environ 5 milliards de F CFA), par les ressources des pays bénéficiaires. Enfin, la troisième vague, WAAPP 1C, a été approuvé en mars 2011. Elle est composée de sept pays (Bénin, Gambie, Guinée, Liberia, Niger, Sierra Leone et Togo), qui bénéficieront de 135 millions de dollars (environ 68 milliards de F CFA) dont 80 millions de la Banque mondiale, 35 millions d’un don japonais, 5 millions octroyés par le GFRP, tandis que la contrepartie des Etats bénéficiaires se chiffre à 15 millions de dollars.

Les premiers résultats du WAAPP 1A sont si encourageants que le programme a été étendu à tous les États membres de la CEDEAO. Ces résultats portent notamment sur une meilleure valorisation des produits (igname, manioc, riz, mil, maïs, sorgho) à travers la diffusion à grande échelle de technologies de transformation et la diffusion de nouvelles variétés à haut rendement de ces cultures favorisant au moins 15 % de gain de productivité.

Du pain à base de mil et du maïs produits au Sénégal

Au Sénégal, les acteurs des chaînes de valeur du mil et du maïs se sont regroupés depuis 2010 autour de l'Association Sénégalaise pour la Promotion du Développement à la Base (ASPRODEB) pour une meilleure valorisation des filières du mil et du maïs. Parmi ces acteurs, on trouve l’Institut de Technologie Alimentaire (ITA), des intervenants dans le secteur de l’agro-business tels que : l’Union Nationale des Coopératives Agricoles du Sénégal (UNCAS), la Fédération des ONG du Sénégal (FONGS), les transformateurs de céréales locales comme Free Work Services, La VIVRIERE, Maria Distribution, AGRIDEV et la Fédération Nationale des Boulangers du Sénégal (FNBS). Les Organisations de producteurs interviennent dans le cadre de l’intermédiation entre les producteurs de céréales et les opérateurs privés pour la fourniture de produits (mil et maïs) de qualité.

L’ITA apporte une assistance technique aux opérateurs tout au long de la chaîne de production. La FNBS assure la promotion commerciale lors des foires et autres événements nationaux.

Ces différentes activités réalisées à une échelle réduite ont mis en évidence l’intérêt des consommateurs et des autres acteurs de la filière pour le pain à base de farine composée avec l’incorporation de 15% de farine de céréales de mil ou de maïs. Cette nouvelle donne devrait permettre une baisse du prix de la baguette de pain au consommateur de 25 FCFA et elle offre aux producteurs un véritable marché et des prix plus rémunérateurs avec une marge de prix de plus de 15 FCFA/kg.

Diffuser la technologie à grande échelle

La revue à mi-parcours du PPAAO menée en mai 2010 a recommandé la diffusion de cette technologie à une plus grande échelle. Ainsi, pour l’année 2011, il est prévu au Sénégal: la production de 270 000 baguettes de pain à base de farine composée dans la région de Dakar ; la transformation des grains de mil et de maïs en farine de panification simple et la livraison aux boulangers de deux tonnes par jour ; et la collecte au niveau des organisations de base des producteurs de 700 tonnes de mil et 300 tonnes de maïs et leur livraison aux industriels.

Derrière cette approche sénégalaise, le PPAAO souhaite que la généralisation de la technologie du pain à base de farine composée ait des répercussions positives, en favorisant l’utilisation des ressources locales, particulièrement au niveau du secteur primaire qui regroupe une partie importante de la population active du pays ; en créant de nouveaux débouchés commerciaux pour les exploitations agricoles familiales, les unités de transformation et les boulangers ; et, enfin, réduire les importations de blé, ce qui aura un impact positif sur le solde courant de la balance des paiements.

(*) Cet article a été extrait et adapté du magazine L’Espoir, édition No 004, une publication du bureau régional de la Banque mondiale qui couvre le Bénin, le Burkina Faso, la Côte d’Ivoire et le Togo.


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