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Madagascar : Le ferry vient combler les lacunes du réseau routier

05 octobre 2010


LES POINTS MARQUANTS
  • Madagascar améliore son réseau de transport le long de sa côte Est
  • Il est difficile de construire et entretenir un réseau fiable mais les retombées économiques sont considérables
  • La Banque mondiale a financé l’installation de ferries qui stimulent l’activité économique, réduisent la durée des déplacements et renforcent la sécurité

ANTANANARIVO, le 5 octobre 2010 — Accidentée et vallonnée, la côte Est de Madagascar bénéficie désormais d’un réseau de transport amélioré grâce à la mise en service de 27 ferries qui contribuent non seulement à faciliter la circulation des biens et des personnes et à réduire la durée des déplacements mais aussi à ouvrir des débouchés économiques pour les villages situés tout au long du parcours.

S’étendant sur 1 400 kilomètres, l’axe qui relie Fort-Dauphin (sud-est) à Maroantsetra (nord-est) occupe en matière de transport une place importante dans l’économie de la Grande île. C’est en 2008 que le gouvernement malgache y a développé des lignes de ferry, avec le concours financier de la Banque mondiale, et plus précisément de l’Association internationale de développement (IDA). Un appui qui s’inscrit dans le cadre d’un vaste programme d’investissement d’un montant de 165 millions de dollars (APL3) visant à réduire les coûts de transport en rénovant les infrastructures essentielles, notamment les voies ferrées et les ports.

Les bacs, une alternative disponible en toutes saisons

La construction et l’entretien d’une route fiable reliant le Sud au Nord de la côte orientale a posé des défis majeurs, selon Pierre Graftieaux, spécialiste senior des transports basé au bureau de la Banque mondiale à Antananarivo. Il y a plusieurs fleuves sur le parcours, la zone est sujette à des pluies et des cyclones fréquents et le pays n’a pas les moyens financiers nécessaires pour en assurer un entretien adéquat.

Face à un axe routier dont l’entretien est très onéreux, les ferries offrent une infrastructure alternative permettant de traverser les fleuves quelque soit l’époque de l’année et représentent l’un des éléments du plan adopté par le gouvernement pour disposer d’un itinéraire accessible en toutes saisons.

« Au même titre que les routes et les ponts, les ferries ont toute leur place dans l’infrastructure de transport, explique M. Graftieaux. Quand les embouchures des fleuves sont trop larges et le trafic est relativement limité, il s’avère économiquement plus judicieux d’opter pour les ferries plutôt que pour des ponts coûteux ».

Le projet sur le transport rural (APL2) de la Banque mondiale finance également la construction de jetées qui permettront de garantir la sécurité des ferries, notamment en cas de mauvais temps, et d’éviter leur détérioration.

Les fonds de la Banque ont aussi servi à la rénovation d’une route nationale et d’une voie ferrée qui relie la capitale Antananarivo, dans le centre de l’île, au principal port du pays, Tamatave, situé sur la côte Est. En partenariat avec une société minière, le projet sur les pôles de croissance intégrée de l’IDA a également rénové le port d’Ehoala à Fort-Dauphin, appelé à devenir le principal point de sortie des produits d’exportation et l’un des principaux vecteurs de développement de la région.

Les communautés rurales ont un meilleur accès aux écoles, aux marchés et aux structures sanitaires

La direction des routes de Madagascar (ARM) a installé les 27 nouveaux ferries en 2008 et réorganisé le système de gestion. Désormais, une personne est chargée de superviser étroitement le fonctionnement des ferries et peut coordonner rapidement avec le siège de l’ARM les réponses aux demandes d’assistance.

Avant la mise en place des ferries, les retards subis par les marchandises et les voyageurs étaient fréquents et pouvaient atteindre jusqu’à deux semaines. Les populations vivant le long de la route nationale 12a (RN12a), le tronçon situé à l’extrême sud de l’axe, saluent le changement.

« Nous sommes vraiment satisfaits du nouveau ferry. Il améliore nos conditions de vie », se réjouit André Kama. Le vieil homme vit à Labokoho, un village situé à 61 kilomètres de Fort-Dauphin. « Il peut transporter trois voitures en même temps ou un gros camion. La traversée du fleuve est plus rapide qu’auparavant et le temps d’attente est donc réduit. Et nous nous sentons en sécurité, ce qui n’était pas le cas avec les anciens ferries ».

De fait, confirme Guy Serge Ralambotiana, responsable de l’exploitation chargé des ponts et des ferries, les bateaux sont conçus pour être étanches, ont une plus forte résistance à la corrosion et supportent des poids plus importants. Il est possible de faire passer jusqu’à trois voitures de taille moyenne en même temps, ce qui réduit le nombre de traversées. Sur les 27 ferries installés par l’ARM, 23 sur sont motorisés mais même le petit nombre d’entre eux qui sont actionnés manuellement sont conçus dans le but de réduire au minimum l’effort humain.

La sécurité s’est considérablement améliorée. Des accidents sont parfois survenus sur les embarcations précédentes, construites à l’aide de barils, de pneus, voire de bambou. Les bateaux opérant le long de la RN12a offrent en outre un itinéraire plus sûr par rapport à la RN13, l’itinéraire alternatif pour Antananarivo, où des bandits — les « dahalo » — attaquent les voitures et les villages pendant la nuit.

Johnny Belalahy conduit un camion entre Fort-Dauphin et Antananarivo depuis des années et préfère la RN12a parce que les ferries réduisent la durée des trajets. « Avec deux conducteurs qui se relaient au volant, il suffit de deux jours pour arriver à la capitale, contre trois jours par l’autre route ».

Le projet génère également des retombées pour les villages avoisinants. Chaque fois que les voitures attendent le ferry pour traverser le fleuve, les habitants viennent vendre des fruits ou du poisson grillé aux passagers. Et en raison de l’accroissement du trafic, les clients sont plus nombreux.

Outre ce petit commerce générateur de revenus, les populations bénéficient également d’un meilleur accès aux marchés, aux écoles et aux structures sanitaires. Autant d’exemples qui montrent tous les bénéfices qu’il y a à tirer du réseau de transport pour l’ensemble de la région et de ses habitants, au-delà des seuls exportateurs et conducteurs de « camion-brousse ».

« L’intégration des moyens de transport dans le cadre d’une vision à long terme du développement régional nous a permis d’avoir une approche nouvelle des différentes interventions de la Banque », affirme Adolfo Brizzi, représentant résident de la Banque mondiale à Madagascar. « Nous avons regroupé différents types de projets d’infrastructure intégrant à la fois les ports, les routes, les voies ferrées et les ferries pour avoir un cadre unique de développement de cet axe de transport, et cela a ouvert de nouvelles perspectives rentables pour la recherche de synergies dans le secteur des transports ».


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