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Les effets de la crise financière mondiale sur la Mauritanie : Leçons apprises, quelles réformes ?

21 avril 2010


NOUAKCHOTT, 21 Avril 2010—En Mauritanie, la crise économique et financière qui a frappé de plein fouet une bonne partie de la planète en 2009 est venue s’ajouter à une crise politique aiguë dans laquelle le pays était plongé depuis août 2008.

En prélude aux Réunions de printemps de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international (FMI) prévues pour les 24 et 25 avril à Washington, le gouvernement mauritanien, ses partenaires techniques et Financiers, universitaires, parlementaires et les membres de la société civile se sont réunis en vue de débattre des leçons apprises de la crise et les réformes envisageables pour parer à d’éventuelles secousses.

Premier débat du genre en Mauritanie depuis le déclenchement de la crise financière mondiale, la thématique « Crise Financière mondiale : leçons apprises, quelles réformes pour la Mauritanie ? » a eu le mérite de réunir le 31 mars dernier autour de la même table les décideurs et leaders d’opinion les plus directement concernés.

Co-présidé par Madani M. Tall (Directeur des Opérations à la Banque mondiale pour la Mauritanie, la Côte d’Ivoire, le Togo, le Bénin et le Niger) et Sidi Ould Tah (ministre mauritanien des Affaires économiques et du Développement), le débat avait trois particularités : il se tient dans le contexte des préparatifs des rencontres Banque mondiale /FMI, avec en toile de fond des discussions très attendues sur la gouvernance financière, économique et sociale du développement. La Mauritanie, qui sort d’une période de gel de la coopération avec ses principaux partenaires, a besoin d’un nouveau souffle pour se préparer à d’éventuelles crises, quelles qu’elles soient.

Prévenir et surmonter les crises

Les leçons tirées permettront-elles d’éviter de nouvelles secousses financières ? Pourraient-elles aider la Mauritanie à surmonter rapidement les effets de la crise et réduire la pauvreté ? Tel était ll’objet de discussion du premier panel composé essentiellement des partenaires de la Mauritanie, un conseiller économique du gouvernement et un représentant du système bancaire local. Sur le fond, tout le monde est d’accord que la Mauritanie, même faiblement intégrée aux circuits financiers internationaux, a montré de forts signes de vulnérabilité du fait qu’elle dépend à la fois de l’exportation des matières premières, dont les prix n’ont cessé de fluctuer, et de l’aide au développement, dont le gel pendant la période de crise politique a lourdement affecté le pays. « Avec le temps, les canaux de transmission de la crise financière vers l’économie réelle ont submergé la Mauritanie qui a eu sa part de difficultés, dont une baisse drastique de transferts des immigrés», fait remarquer Sid’Ahmed Ould Cheikhna, Economiste à la mission résidente de la Banque mondiale en Mauritanie.

Vu sous l’angle de la réduction de la demande mondiale et ses effets sur l’économie mauritanienne, Tijani Najeh, Représentant du FMI estime effectivement que qu’il ya eu effectivement «décélération de la croissance et des déséquilibres macro-économiques internes et externes, cependant l’onde de choc de la crise financière a été faiblement ressentie ».

Pour les autorités mauritaniennes, l’enjeu de la crise économique et financière résidait dans la capacité de maitriser la spirale de l’inflation et les licenciements massifs comme cela a pu être constaté ailleurs. « Certes l’effet prix a fait baisser les recettes d’exportation, mais le rythme d’exploitation a continué », a déclaré Sidi Ould Tah, ministre des Affaires Economiques et du Développement. « La SNIM (Société Nationale d’Industries Minières) n’a pas baissé son rythme de production qu’elle a maintenu pendant cette crise à 10 millions de tonnes et a pu mobiliser des financements privés à hauteur de plus de 1 milliard de dollars pour son programme de développement et de modernisation (PDM) », a-t-il ajouté.

Ould Tah relève d’ailleurs deux autres points positifs : l’or et les produits de pêche. Les recettes de l’or en 2009 ont été de 34% et les produits de pêche 5%, ce qui n’est pas négligeable en temps de crise. Quant à l’inflation, elle est retombée en 2009 à 2,2% alors qu’elle se situait entre 5% et 6%.

La bonne gouvernance économique : En quoi peut-elle contribuer à réduire les effets de la crise et à prévenir les conflits sociaux ?

La deuxième grande thématique du débat sur la crise financière mondiale et ses effets sur la Mauritanie a permis de confronter la dialectique intellectuelle de l’économie et ses concepts clés à la dure réalité de la vie quotidienne. « L’idée n est pas de ressasser les conséquences, m ais de voir comment dans un pays comme la Mauritanie, peut-on éviter et mieux se positionner pour faire face à une éventuelle crise », a précisé Madani M. Tall.

Il préconise à cet effet de voir au-delà des capitales comme Nouakchott, Dakar, New York ou Paris, pour comprendre comment la crise a affecté les milieux ruraux. « Il ne faut pas aussi perdre de vue que personne n’a la science infuse sur le développement ; les plus grands spécialistes ont été surpris par cette crise. Il faudrait donc écouter tout le monde », a-t-il fait remarquer.

Mais où est donc le lien entre la bonne gouvernance et la crise économique ? se demande un activiste de la société civile qui estime que toutes les crises que le pays a vécu ont un lien étroit avec la corruption qui gangrène les systèmes économiques et politiques. « Il y a dans ce pays une stratégie de lutte contre la corruption et une loi qui exige des banques de publier leurs chiffres d’affaires, toutes deux adoptées depuis 3 ans, guère appliquées », s’insurge Sidi Mohamed Ould Cheiguer, président de l’ICC (Initiative Citoyenne pour le Changement).

Dans sa ligne de mire, Ould Cheiguer n’a pas non plus épargné les cadres programmatiques sur lesquels sont adossées les politiques de développement de la Mauritanie, notamment le CSLP et le CAS (respectivement Cadre Stratégique de Lutte contre la Pauvreté et la Stratégie d’Assistance au Pays) qui ont été élaborés, selon lui, en période de transition, en dehors de concertations fructueuses avec la société civile.

Sall Amadou, sociologue et chercheur à l’université de Nouakchott, et Sy Mamoudou, Directeur de l’hebdomadaire L’Eveil Hebdo, ont axé leurs interventions sur la nécessité d’une culture de l’évaluation, de l’appropriation, de la redevabilité de ceux qui ont la destinée des populations africaines et une plus large ouverture des espaces publics à la liberté d’expression, au dialogue social pour résoudre des crises aussi aigües que les émeutes du pain en 2007 et les récentes manifestations syndicales pour la revalorisation des indemnités de logement et du transport.

Repères

En 2007, la Mauritanie   n’avait  pas été épargnée par la crise alimentaire dont les conséquences s’étaient exprimées dans les rues, avec des émeutes suite à la montée vertigineuse des prix.   A l’époque, le gouvernement  avait mis en lace un dispositif de réaction en débloquant  environ  167 millions USD  (quelques 42 milliards d’ouguiyas) pour y faire face.

63% de l’économie locale est constituée d’industries extractives (fer, cuivre et pétrole), ce qui fait de la Mauritanie un pays soumis aux aléas des marchés internationaux.

La question du  chômage  reste préoccupante en Mauritanie où les chômeurs représenteraient plus de 32% de la population active. On estime à   30.000 le nombre de  jeunes chômeurs  qui s’ajoutent aux 400'000 qui attendent déjà de trouver un emploi.

La Banque mondiale a presque triplé ses engagements pendant la période 2008-2009-2010, passant  de 35 milliards à  100 milliards de dollars pour aider les pays à surmonter les effets de la crise financière mondiale.

Selon le FMI, l’inflation  est retombée en 2009   à   2,2%, niveau relativement faible par rapport aux  années précédentes où elle atteignait 5 à 6 %.  Le FMI a accordé à la Mauritanie   en mars 2010 un montant de 118 millions de dollars dans le cadre du Programme de Facilité Elargie.

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