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Métamorphose de la microfinance grâce aux services bancaires mobiles

13 mai 2008


LES POINTS MARQUANTS
  • Les services bancaires actuels par téléphonie mobile n’ont pas encore réalisé leur plein potentiel.
  • La banque à distance est encore principalement utilisée pour effectuer des paiements plutôt que des services bancaires.
  • La présence d’agents pour les transactions en argent liquide qui représentent la dernière étape du processus permet d’offrir des services bancaires dans les régions pauvres et éloignées.

Le 13 mai 2008— En présence d’une bonne conjoncture, la banque à distance pourrait profiter à un plus grand nombre de pauvres qui n’ont pas encore accès au système financier officiel, selon un nouveau rapport du CGAP (Groupe consultatif d’assistance aux plus pauvres), le pôle de référence pour la microfinance à l’échelle mondiale. Le rapport intitulé « The Early Experience with Branchless Banking » (Les premières expériences avec les services bancaires sans succursales) s’appuie sur des travaux de recherche et des observations tirées des travaux du CGAP en matière de technologie et de microfinance ; il identifie les besoins suivants :

• des systèmes de paiement qui peuvent être employés par un grand nombre de prestataires, plutôt qu’un système fermé ;
• la réglementation des transactions de manière à assurer des prestations proportionnelles ;
• la création de réseaux d’agents non-bancaires pour les transactions en argent liquide (par exemple, un bureau de poste ou un marchand local) qui peuvent travailler avec un grand nombre de fournisseurs, plutôt que les réseaux fermés qui existent aujourd’hui dans des pays tels que le Brésil.

« Les forces du marché entraînent une baisse des coûts. Aux Philippines, nous constatons qu’une transaction à l’aide d’un téléphone portable ou d’un distributeur automatique de billets coûte cinq fois moins cher qu’une visite traditionnelle dans une succursale bancaire », a déclaré Gautam Ivatury, responsable du programme de technologie du CGAP et co-auteur du rapport.

Malgré ces économies de coût, les services bancaires mobiles pour les personnes démunies n’ont pas encore atteint leur plein potentiel. « Globalement, on estime que moins d’un client bancaire par téléphone portable sur dix est pauvre, connaît peu les services bancaires ou n’effectue que des paiements et des virements », a-t-il ajouté.

Virements par opposition à l’épargne

Le rapport constate que les clients effectuent des paiements et des virements, mais ne profitent pas de services bancaires plus complexes, comme le crédit et l’épargne, en partie parce que les prestataires concentrent leurs efforts de marketing sur les paiements et les virements.

Les opérateurs de téléphonie mobile, en particulier, préfèrent commercialiser des services de paiement plutôt que la possibilité de déposer de l’argent car les services de paiements correspondent mieux à leur modèle traditionnel de revenu (par minute ou par SMS). Certains opérateurs font valoir que s’ils faisaient de la publicité pour les services de dépôts bancaires par téléphone portable, ils se mettraient en porte-à-faux avec les accords passés avec les organismes de régulation bancaire.

« Lorsqu’il s’agit d’atteindre les personnes démunies qui n’ont pas accès au secteur financier officiel, les services bancaires par téléphone mobile, en pratique, ne permettent pas de réaliser le plein potentiel, et encore moins de répondre au battage médiatique, du moins pas encore », a indiqué Ignacio Mas, conseiller auprès du CGAP et co-auteur du rapport.

« Il y a de véritables opportunités pour les prestataires de services qui réagissent rapidement pour créer de nouveaux produits, surtout s’ils peuvent établir des réseaux partagés d’agents pour les transactions en argent liquide qui assureront la dernière étape de la prestation de services. »

Opportunités de croissance

Une autre méthode de développement de services bancaires sans succursales consiste à employer des réseaux d’agents partagés. Cette méthode « libérerait » les banques des contraintes liées à l’implantation géographique, leur permettant ainsi d’être compétitives pour attirer des clients n’importe où, en fonction de la conception, de la commercialisation et des marques des produits offerts.

Au lieu de faire appel à des agents exclusifs pour répondre aux besoins d’argent liquide des particuliers, les liquidités de tous les agents à un même endroit seraient mises en commun au service de tous les clients, ce qui rendrait ce modèle bancaire plus efficace pour un soutien financier minimal.

Sans ces avantages supplémentaires, les prestataires ne seront pas prêts à considérer les services bancaires sans succursales comme une solution viable. C’est d’autant plus vrai en zones rurales, où les agents sont rares et le transport d’argent liquide est coûteux.

Cependant, pour que cette possibilité devienne réalité, les prestataires individuels de services financiers seront contraints de modifier les réglementations bancaires, les modèles de gestion correspondants et les stratégies commerciales.

Les obstacles actuels à l’essor de services bancaires sans succursales comprennent le manque d’ardeur de la part des banques à s’engager sur cette voie, ainsi que l’existence de réglementations dépassées et inadéquates, d’après le rapport. Ces obstacles sont réels en dépit des avantages que présente une banque sans pignon sur rue : la commodité, une sécurité accrue et une baisse de coûts pour les clients. A titre d’exemple, une succursale bancaire au Pakistan coûte 28 000 dollars par mois en frais d’exploitation, alors qu’un agent dans un petit magasin, qui effectue des transactions en liquide pour le compte de la banque, revient à 1 400 dollars seulement.

Un rôle pour les décideurs politiques

Dans les cas où les conditions du marché n’entraînent pas une extension des services bancaires, comme le crédit ou l’épargne, les décideurs politiques, tout comme les personnes préconisant une extension de l’accès aux services financiers, peuvent jouer un rôle.

« Il n’y a rien d’étonnant à ce que les plus démunis n’adoptent pas rapidement les nouvelles technologies. C’est souvent attribuable à une mauvaise expérience personnelle, ainsi qu’au fait que les plus démunis créent un potentiel de revenus plus bas pour les prestataires », a expliqué M. Ivatury.

« Ce qui rend plus difficile la tâche des gouvernements et des donateurs qui veulent que les pauvres bénéficient de services financiers », au moment où ils cherchent à améliorer leur vie grâce à un meilleur accès à l’argent.

Conférence sur les services bancaires par téléphone mobile

Les problèmes abordés dans le rapport « Early Experience » seront présentés lors d’une conférence internationale sur les services bancaires par téléphone mobile cette semaine au Caire, en Egypte. Ce sera la première rencontre mondiale consacrée à la prestation de services financiers par téléphone mobile et elle attirera 500 dirigeants du monde de la finance, des télécommunications et de la communauté du développement. Le sommet « Mobile Money » est organisé conjointement par le CGAP, la GSM Association, qui représente plus de 700 opérateurs de réseaux mobiles, le ministère du Développement international britannique et la SFI (Société financière internationale).

 


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