Le 25 juillet 2022, exactement un an après la suspension du Parlement tunisien et le début d’une transition politique, la Tunisie est entrée dans une nouvelle phase avec l’adoption, par référendum, de la Constitution proposée par le président Kaïs Saïed (avec un taux de participation de 30,5 %, et 94,6 % de suffrages favorables). La nouvelle Constitution est officiellement entrée en vigueur le 18 août, introduisant un régime plus présidentiel et un système législatif bicaméral. Le 15 septembre 2022, une nouvelle loi électorale a été adoptée et les élections législatives du 17 décembre 2022 constitueront la prochaine étape de la feuille de route présidentielle, annoncée en décembre 2021.
SITUATION MACROÉCONOMIQUE
Les performances économiques de la Tunisie ont marqué le pas après la révolution de 2011, entraînant une décennie de croissance perdue dans un contexte encore aggravé, à partir de 2020, par la pandémie de COVID-19. Entre 2011 et 2019, la croissance du produit intérieur brut (PIB) est tombée à 1,7 % en moyenne. Une réglementation excessive de l’activité économique, une orientation moindre sur le commerce extérieur, la faiblesse des investissements et le manque d’innovation ont considérablement pesé sur la croissance de la productivité.
Avec la dégradation de la croissance et de l’emploi, la Tunisie s’est de plus en plus appuyée sur l’État-providence pour répondre aux attentes des citoyens en faveur d’une amélioration de leurs moyens de subsistance. La création d’emplois s’est ralentie au cours de la période qui a suivi la révolution, l’économie ne parvenant pas à produire suffisamment de débouchés, en particulier pour les diplômés de l’université et les forces vives de la population. Si l’État a tenté de pallier ces défaillances en créant des emplois dans le secteur public et en accordant d’importantes subventions aux consommateurs et aux producteurs, il ne s’est pas attaqué aux profondes distorsions qui freinent l’économie. Les marchés sont de plus en plus concentrés, créant ainsi des barrières à l’entrée, tandis que les coûts de l’activité économique restent élevés dans tous les secteurs, notamment en raison de la lourdeur des règles relatives à l’investissement, au commerce et aux licences, des difficultés d’accès au financement et d’une administration publique en expansion. Cet élargissement du rôle de l’État a fait s’envoler la dette publique, qui est passée de 40,7 % du PIB en 2010 à 84,5 % en 2021. La pandémie de COVID-19 et, plus récemment, la guerre en Ukraine, ont exacerbé les fragilités socioéconomiques. Au cours des huit premiers mois de 2022, la hausse des prix des produits de base a entraîné un creusement de 61 % du déficit commercial, qui a atteint 11,6 % du PIB. Le recul de la production de pétrole et de gaz et l’augmentation de la demande de produits énergétiques et agricoles ont aggravé la vulnérabilité de la balance commerciale aux aléas des marchés internationaux.
L’explosion de la facture d’importation a mis à mal la balance des paiements, malgré la résilience des entrées de capitaux. Au cours des sept premiers mois de l’année, le déficit du compte courant s’est détérioré de 54 %, atteignant 8,7 milliards de dinars (soit 6 % du PIB). Les pressions sur le dinar se sont accrues, mais les réserves de change sont restées stables. La hausse des cours internationaux des produits de base a créé des pressions supplémentaires sur les finances publiques, principalement par le biais des dépenses de subventions. Selon les simulations de la Banque mondiale, les subventions à l’énergie et à l’alimentation seront respectivement supérieures de 2,8 et 0,4 points de pourcentage du PIB par rapport à la loi de finances 2022. La hausse des subventions se traduit par une pression croissante de la dette publique, qui a grimpé entre 2017 et 2021, passant de 66,9 à 82,4 % du PIB. Le recours croissant au financement local pourrait entraîner un effet d’éviction du crédit dans l’économie. Compte tenu des difficultés persistantes d’accès aux financements internationaux, la Banque centrale continue de refinancer les émissions de bons du Trésor, ce qui accroît la liquidité.
On note une augmentation considérable des pressions inflationnistes, provenant surtout des marchés mondiaux et de l’augmentation des prix administrés. En août 2022, le taux d’inflation a progressé pour le douzième mois consécutif pour atteindre 8,6 % (contre 6,7 % en janvier 2022 et 6,16 % en août 2021). Il s’agit du taux le plus élevé depuis septembre 1991. La hausse de l’inflation a poussé la banque centrale à relever son taux directeur de 0,75 point de base en mai 2022, la première augmentation depuis octobre 2020, tandis que les termes de l’échange défavorables n’ont eu qu’un léger impact sur l’activité économique au cours du premier semestre de 2022. La reprise des voyages et des affaires et les bonnes performances des secteurs minier et manufacturier ont stimulé la croissance économique. Le taux de croissance a atteint 2,8 % au premier semestre de l’année, ce qui pourrait avoir un effet bénéfique sur le taux de chômage. Ce dernier a retrouvé un niveau proche de celui d’avant la pandémie (15,3 % au deuxième trimestre de 2022 contre 15,1 % au deuxième trimestre de 2019).
Dernière mise à jour: 20 oct. 2022