Inégalités et prospérité partagée

En avril 2013, la Banque mondiale s’est fixé deux nouveaux objectifs : mettre fin à l’extrême pauvreté et promouvoir une prospérité partagée dans plus de 140 pays clients. Le deuxième objectif consistera plus précisément à œuvrer pour l’augmentation des revenus et du bien-être des populations les plus pauvres, où qu’elles soient, dans les pays les plus démunis comme dans des pays à revenu intermédiaire en plein essor.

L’objectif de prospérité partagée traduit le fait que la croissance économique dans les pays en développement, qui permet d’extraire des millions de personnes de la pauvreté, va aussi de pair avec des inégalités croissantes. Il est désormais avéré que les nations où l’écart se creuse entre ceux qui ont accès aux opportunités et ceux qui en sont privés ont du mal à conserver longtemps un rythme de croissance soutenu et la stabilité sociale. À ce jour, aucun pays n’est parvenu à accéder au statut de pays à revenu intermédiaire en conservant de profondes inégalités.

Le fait d’œuvrer pour que les conditions soient les mêmes pour tous n’implique pas forcément de redécouper le « gâteau économique » sans en changer la taille ni de prendre aux riches pour donner aux pauvres. Le Groupe de la Banque mondiale travaillera en revanche avec les pays clients pour faire grossir ce gâteau et donner un coup de pouce à ceux qui se situent au bas de l’échelle des revenus, les 40 % les plus pauvres.

La réduction des inégalités et la promotion d’une prospérité partagée exigent de parvenir à des progrès durables qui se perpétuent d’une génération à l’autre. Bien souvent, cela passera par des réformes budgétaires, sociales et du marché du travail afin de contribuer à l’édification de sociétés plus prospères et plus solidaires.

Cette volonté d’édifier des nations plus solidaires et plus équitables irrigue tous les domaines d’activité de la Banque mondiale, qu’il s’agisse notamment de ses travaux sur l’égalité hommes-femmes, l’éducation, la gouvernance ou un meilleur accès aux services essentiels et à l’emploi.

La Banque mondiale intervient en concertation avec les pays clients pour s’assurer que les projets qu’elle finance bénéficient aux moins nantis et permettent d’égaliser les chances là où elles sont rares ou inexistantes. L’institution s’appuie sur des données empiriques et des études d’impact sur les conditions de vie et la pauvreté (a) afin d’apprécier les retombées des projets sur les groupes vulnérables. L’indice d’égalité des chances (a) de la Banque mondiale, initialement conçu pour la région de l’Amérique latine et des Caraïbes, permet aujourd’hui de mesurer l’accès aux services essentiels en Afrique et ailleurs.

Pour promouvoir une prospérité partagée dans les pays en développement, la Banque mondiale s’est engagée à surveiller la progression du revenu des 40 % les plus pauvres de la population dans tous les pays où elle intervient.

Un nouvel indicateur de la prospérité partagée suivra chaque année l’augmentation du revenu par habitant des 40 % les plus pauvres dans tous les pays qui disposent de données d’enquête. Il marque une rupture par rapport à la priorité traditionnellement accordée à la croissance du revenu moyen de la population, cette approche reposant sur l’idée implicite que l’augmentation du PIB a des retombées automatiques sur les pauvres. L’indicateur de la prospérité partagée aidera les pays à vérifier qu’ils parviennent à faire reculer les inégalités au fil du temps et à apprécier les conséquences des réformes fiscales, du changement de la situation économique, de la hausse de l’emploi et des niveaux d’instruction, entre autres évolutions.

Voici quelques exemples de projets soutenus par la Banque mondiale en faveur d’une solidarité accrue :

  • Au Mexique, le Programme national pour des écoles de qualité (a) a pu couvrir 6,8 millions d’élèves grâce à son élargissement, entre 2006 et 2009, de 21 000 à 39 000 établissements des communautés pauvres.
  • En Colombie en 2010, face à la persistance de la pauvreté et des inégalités malgré une croissance solide, la Banque mondiale a aidé le gouvernement à engager une série de réformes structurelles (a), visant entre autres à améliorer le système d’assurance maladie, rationnaliser le système public de retraite et offrir un accès préférentiel aux services sociaux pour les familles démunies. Près de 1,25 million de familles pauvres dans pratiquement toutes les municipalités du pays ont reçu des services de conseil et bénéficié d’un accès préférentiel aux services sociaux dès la première année d’application de la stratégie Juntos (contre 900 000 en 2009).
  • En Inde, un programme phare du gouvernement en faveur de l’éducation (a) — le plus vaste jamais conçu dans le monde — est parvenu à scolariser plus de 17 millions d’enfants restés jusque-là à l’écart du système éducatif. Le programme Sarva Shiksha Abhiyan a considérablement amélioré la scolarisation des enfants pauvres et originaires de groupes tribaux marginalisés ainsi que des enfants aux besoins spéciaux.
  • Au Libéria, grâce à l’Initiative pour les adolescentes (a), 1 131 adolescentes ont bénéficié dès la première vague du programme d’une formation commerciale, professionnelle et d’acquisition de compétences. Environ 95 % des bénéficiaires sont allées au terme de la formation et 85 % des adolescentes formées ont trouvé un emploi ou monté leur propre activité. La seconde vague du programme, lancée en juin 2011, a formé 1 300 adolescentes et jeunes femmes.
  • Au Guatemala, 900 000 familles ont bénéficié en 2010 d’un programme de transferts monétaires sous conditions (a) et 100 % des foyers participants scolarisent désormais leurs enfants et effectuent les visites médicales périodiques prévues.