Programmes pilotés par les communautés - Vue d'ensemble

Les programmes de développement « piloté par la communauté » se fondent sur les principes de transparence, de participation, d’autonomisation des acteurs locaux, de réponse à la demande et de renforcement de la responsabilité descendante et des capacités locales.

L’expérience montre que des règles clairement énoncées, l’accès à l’information, des capacités adaptées et un soutien financier permettent aux femmes et aux hommes les plus pauvres de s’organiser efficacement : ils peuvent ainsi définir les priorités de la communauté et résoudre des problèmes locaux en collaborant avec les autorités locales et diverses institutions d’aide à leur développement.

La Banque mondiale est convaincue que les programmes de développement communautaire concourent activement à une réelle réduction de la pauvreté et à la mise en œuvre de stratégies de développement durable. C’est pourquoi elle a soutenu des projets de ce type dans une grande variété de pays, à revenu faible ou intermédiaire, et y compris dans des États en proie à des conflits, afin de répondre à des besoins urgents dans des domaines divers : accès à l’eau et à l’assainissement, éducation et santé, programmes de nutrition pour les mères et les enfants, construction de routes rurales ou encore soutien aux microentreprises.

Dernière mise à jour: sept. 29, 2015

Depuis les années 2000, nombre de gouvernements considèrent que le développement piloté par la communauté est un aspect opérationnel clé de leur stratégie en faveur de l’égalité et de la lutte contre la pauvreté. Cette démarche de responsabilisation des décideurs locaux et de contrôle direct des ressources par des groupes communautaires a permis de mettre en place des services de base et, quand les projets se poursuivent dans le temps, de réduire sensiblement la pauvreté parmi les populations et communautés les plus pauvres notamment. À ce jour, environ 110 pays membres de la Banque mondiale ont lancé des projets relevant d’une approche de développement communautaire. Et au cours des dix dernières années, la Banque a contribué à plus de 500 d’entre eux pour un montant global supérieur à 28 milliards de dollars.

Néanmoins, il devient indispensable d’adapter ces programmes à des contextes locaux très divers afin de renforcer les institutions locales et de susciter une appropriation et un soutien plus importants des communautés aux programmes de développement. En effet, si le potentiel et les bénéfices des démarches de développement communautaire sont largement reconnus, elles sont confrontées à certains défis et contraintes dont il conviendra de tenir compte lors de la conception et la mise en œuvre de futurs projets, et en particulier :

  • De nouveaux modèles de soutien à la mise en œuvre doivent être imaginés compte tenu de l’expansion des projets de développement piloté par la communauté. Alors que la première génération concernait la plupart du temps des opérations à petite échelle menées en dehors des systèmes publics officiels, le périmètre des projets de deuxième et troisième générations s’étend souvent aujourd’hui aux échelons régionaux ou nationaux. Le cadre juridique doit ainsi être revu et adapté pour assurer la qualité et la pérennité de ces programmes.
  • Il est de plus en plus nécessaire d’assurer la cohérence de ces projets avec les programmes sectoriels et les réformes de décentralisation. Un bon projet de développement communautaire peut constituer une plateforme de développement local à même d’améliorer les programmes sectoriels, tant sur le plan du ciblage que de la maîtrise des coûts, de la qualité des services et de la responsabilisation globale. Il favorisera l’ancrage des principes de transparence, de responsabilité et de participation dans l’ensemble du système de gouvernance infranational, mais sous réserve que le climat politique soit propice aux réformes, notamment en matière de décentralisation budgétaire.
  • Compte tenu de l’urbanisation croissante, l’un des grands défis des porteurs de projets de développement communautaire consiste à tirer toutes les leçons d’une expérience largement concentrée sur le développement rural, afin d’adapter les programmes à des contextes urbains. De premières conclusions montrent que si certains principes sont immédiatement transposables, d’autres procédures opérationnelles doivent être aménagées pour s’appliquer à un environnement différent. Il n’en reste pas moins que la participation des communautés à la réalisation et au suivi des projets reste pertinente, en particulier pour l’amélioration des habitats informels.
  • Tandis que le recours au développement communautaire en appui aux investissements publics (construction de routes, d’écoles, d’hôpitaux, etc.) est une démarche très répandue et validée, le soutien aux investissements ciblant les biens privés et le marché s’est avéré moins efficace. Pourtant, il s’agit là d’une demande importante et en croissance, en particulier dans les pays à revenu intermédiaire et dans des contextes urbains. Il convient donc d’analyser très précisément les conditions qui ont favorisé la réussite de tels projets dans des régions comme l’Asie du Sud, l’Amérique latine et les Caraïbes, et de s’en inspirer.

Afin de relever ces nouveaux défis, la Banque mondiale réalise des études analytiques ciblées, fournit une assistance technique à des programmes de premier plan dans le monde entier, soutient l’assurance qualité des projets par l’intermédiaire d’échanges d’information et de connaissances, et promeut le développement des compétences de son personnel. 

Dernière mise à jour: sept. 29, 2015

Ces dernières années, la Banque mondiale a considérablement accru ses opérations de prêt pour soutenir des projets de développement communautaire. La plupart d’entre eux, au départ limités à des opérations autonomes à petite échelle, se sont progressivement élargis à un périmètre plus vaste (souvent national) et s’inscrivent désormais dans le cadre de stratégies officielles de décentralisation.

Philippines : le programme KALAHI-CIDSS, mis en œuvre entre 2003 et 2014 par le gouvernement des Philippines, a permis d’aider 362 des villages les plus pauvres du pays et de soutenir plus de 5 000 sous-projets. Une étude d’impact rigoureuse a montré que ce projet a amélioré l’accès des familles aux centres municipaux et à l’eau potable, favorisé une plus grande participation aux actions menées par les autorités locales, et renforcé la confiance au sein et entre les communautés. Fort de ce succès, le gouvernement des Philippines a lancé en 2014 un nouveau programme de développement communautaire de cinq ans, plus vaste, d’un montant de plus d’un milliard de dollars et couvrant les 847 municipalités dont le taux de pauvreté est supérieur à la moyenne nationale. Ce programme permet en outre de répondre aux besoins consécutifs aux dégâts colossaux provoqués par le passage du super-typhon Haiyan. 

Bolivie : doté d’un budget de 40 millions de dollars, le Projet d’investissement communautaire dans les zones rurales a pour objectif de lutter contre l’extrême pauvreté des petits fermiers, en particulier parmi les peuples autochtones. Lancé fin 2011, ce projet a transféré des responsabilités et des ressources à 551 communautés (10 % de plus que l’objectif initial) et soutenu 612 sous-projets d’amélioration de l’accès de 25 871 foyers ruraux à des infrastructures productives et essentielles. Parmi ces sous-projets, 40 % ont été initiés et mis en œuvre par des femmes. Des mesures du capital social ont mis en lumière l’amélioration de la situation de 94 % des communautés concernées. Le gouvernement bolivien a récemment reçu un crédit additionnel de 60 millions de dollars (a) pour étendre et renforcer la réussite du projet, qui bénéficiera à 200 000 autres personnes.

Azerbaïdjan : le Deuxième projet d’investissement rural soutient la remise en état d'infrastructures essentielles et le financement d’activités de développement des moyens de subsistance. Grâce à un financement supplémentaire, le projet devrait bénéficier à plus de 3,5 millions de personnes dans 1 800 communautés rurales pauvres du pays. En août 2015, plus de 740 sous-projets et six initiatives visant à améliorer les moyens de subsistance ont été menés à bien et 179 autres sous-projets sont en cours de mise en œuvre. Les résultats de la première phase du projet montrent que la mobilité s’est améliorée à la suite de la réhabilitation des routes rurales : les temps de trajet vers les écoles et les marchés ont été respectivement réduits de 47 et 26 %, et la scolarisation des enfants à l’école primaire a progressé de 25 % après la rénovation des infrastructures.

Nigéria : l’objectif du Projet de développement communautaire et social consiste à améliorer l’accès des pauvres aux infrastructures, aux ressources naturelles et aux services sociaux. Il a bénéficié à plus de 2,3 millions de foyers dans 4 000 communautés de 26 États et de la capitale fédérale. L’évaluation d’impact indique que ce projet a contribué à augmenter le taux de scolarisation et de fréquentation des élèves, renforcé le recours aux services médicaux, optimisé l’accès à l’eau potable, réduit le taux de maladie et amélioré l’accès aux routes rurales et la mobilité, notamment pour les communautés agricoles et commerçantes.

Maroc : l’Initiative nationale pour le développement humain (INDH) a été lancée en 2005 pour améliorer les conditions de vie des populations pauvres et vulnérables, en leur assurant de meilleures possibilités de développement économique, un accès plus facile à des services élémentaires et une gouvernance améliorée. La portée démographique et géographique de la phase 2 de l’INDH (2011-2015) a été élargie, passant de 667 à 1 234 communautés, et son budget a été quasiment doublé. Sur la période 2005-2014, le financement de plus de 46 600 sous-projets pilotés par les communautés a permis à plus de 9,7 millions de bénéficiaires (dont 50 % en milieu rural) d’accéder à des infrastructures et des services sociaux et économiques essentiels, mais aussi de bénéficier de formations. Selon l’évaluation d’impact de la première phase de l’INDH, le revenu des ménages bénéficiaires a progressé de 20 % dans les zones rurales et de 10 % en milieu urbain. La mortalité infantile a baissé de 6,2 à 0,9 décès pour 1 000 naissances, et la malnutrition n’affecte plus que 4,3 % de la population contre 14,4 % auparavant. Plus de dix ans après son lancement, ce programme continue de bénéficier d’un fort soutien politique et de financements conséquents provenant de différentes sources.

Inde : Le Projet national d’amélioration des moyens de subsistance en milieu rural, d’un montant de 500 millions de dollars, concerne plus de 3,7 millions de foyers de 13 États indiens, rassemblés au sein de 325 000 groupes d’entraide exclusivement gérés par des femmes. Ce projet a permis de créer plus de 16 000 fédérations de groupes d’entraide par village/panchayat et plus de 130 fédérations par grappe. L’une des caractéristiques du projet est sa nature très propice à l’inclusion, plus de 56 % des foyers impliqués dans les groupes d’entraide appartenant à des castes inférieures, des tribus défavorisées ou des minorités. Les membres des groupes d’entraide, pour la plupart très pauvres, ont non seulement fait fructifier un investissement direct de 122 millions attribué par le projet, mais ils ont obtenu un financement complémentaire de 78 millions auprès des banques et accumulé 86 millions de dollars d’épargne collective.

Il est désormais établi que la mise en œuvre de projets de développement communautaire est positive dans les pays fragiles et touchés par des conflits ainsi qu’à la suite de catastrophes naturelles, car elle permet de rétablir rapidement, efficacement et de façon modulable des services essentiels. Dans les États fragiles et en situation de conflit, cette démarche a par ailleurs contribué à restaurer le capital social et la confiance au sein des communautés et entre communautés et pouvoirs publics. Des programmes ont notamment été déployés en Afrique (a) (Côte d’Ivoire, République du Congo, Guinée-Bissau, Libéria, Mali et Soudan du Sud [a] par exemple), ainsi qu’en Afghanistan et au Myanmar (a).

Dernière mise à jour: sept. 29, 2015




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