DISCOURS ET TRANSCRIPTIONS

Déclaration de Keith Hansen, Vice-président des Pratiques mondiales, Groupe de la Banque mondiale Conférence internationale de haut niveau sur le virus Ebola

03 mars 2015

Keith Hansen Conférence internationale de haut niveau sur le virus Ebola Bruxelles, Belgique

Tel que préparé pour l'allocution

Vos Excellences, Honorables invités, Mesdames et Messieurs,

Je suis heureux d’affirmer l’engagement inébranlable du Groupe de la Banque mondiale pour aider la Guinée, le Libéria et la Sierra Leone à mettre fin à l’épidémie d’Ebola et à se relever de cette crise.

Le Groupe de la Banque mondiale a apporté une contribution majeure à la réponse mondiale contre le virus Ebola, travaillant en étroite collaboration avec les gouvernements de la Guinée, du Libéria et de la Sierra Leone, avec nos partenaires de développement bilatéraux et multilatéraux, avec la société civile et avec le secteur privé.

À ce jour, le Groupe de la Banque mondiale a mobilisé plus de 1 milliard de dollars pour les pays touchés afin de lutter contre le virus Ebola et ses impacts. Cela comprend un financement d’intervention d’urgence sans précédent de 518 millions de dollars de l’Association internationale de développement (IDA), le fonds du Groupe de la Banque mondiale pour les pays les plus pauvres, qui se présente presque intégralement sous forme de subventions et soutient les pays touchés et les agences des Nations Unies pour fournir un traitement et des soins contre l’Ebola, contenir et prévenir la propagation des infections, déployer du personnel sanitaire local et international, veiller à la sécurité des inhumations, fournir de la nourriture et des fournitures essentielles, accélérer la recherche des contacts et offrir d’autres services de santé de base.

Nous avons également engagé au moins 450 millions de dollars en financement commercial de notre branche du secteur privé, la Société financière internationale (IFC), afin de promouvoir le commerce, l’investissement et l’emploi, d’assurer la poursuite des opérations des entreprises et l’approvisionnement en marchandises et services essentiels, et d’aider environ 800 petites et moyennes entreprises.

Mesdames et Messieurs, nous sommes à un moment critique de la crise de l’Ebola.

D’une part, nous nous félicitons des progrès substantiels qui ont été réalisés dans le ralentissement de l’épidémie grâce aux efforts d’intervention menés par les gouvernements et la communauté mondiale.

D’autre part, la réponse a été beaucoup trop lente à se mettre en œuvre. Nous continuons à voir un nombre important de nouveaux cas d’Ebola chaque semaine. Et il est particulièrement troublant de constater que la majorité des nouveaux cas en Guinée et en Sierra Leone proviennent encore des chaînes de transmission inconnues.

Un cas d’Ebola est un cas de trop. Ce virus mortel a fait preuve par le passé de sa capacité de résurgence. C’est pourquoi nous devons rester vigilants, même si la situation semble prometteuse. Tant que nous ne réduirons à zéro le nombre de cas d’Ebola et de transmissions et que nous n’arriverons pas à maintenir ce résultat, la santé des citoyens et les économies des trois pays, de la région et au-delà resteront précaires.

Dans les trois pays les plus touchés, cette épidémie a eu un impact dévastateur sur la vie, les moyens de subsistance et l’économie en général, effaçant de nombreux gains de développement récents. Selon nos estimations les plus récentes, ces trois pays vont subir un manque à gagner d’au moins 1,6 milliard de dollars en termes de croissance économique en 2015 en raison de l’épidémie. Nous avons également estimé que le coût économique plus large pour la région pourrait atteindre 6 milliards de dollars.

C’est pourquoi, même si nous continuons à nous concentrer intensément sur la réponse immédiate pour arriver à zéro cas, nous travaillons avec les gouvernements concernés pour planifier et accélérer le redressement.

Mais pour véritablement se rétablir et se relever de manière durable, le monde doit tirer les leçons de la crise de l’Ebola. Permettez-moi d’en souligner quelques-unes :

Tout d’abord, nous devons nous assurer que chaque pays dispose d’un système de santé solide et résistant. Cela signifie un système qui est bien dirigé, bien financé et bien équipé pour fournir un accès à des services de prévention et à des soins de santé essentiels de qualité à tous les citoyens, même dans les zones les plus reculées, qui dispose de capacités efficaces de surveillance et de diagnostic des maladies, avec une infrastructure intelligente d’information et de télécommunications, ainsi que la coordination et la capacité d’identifier, de traiter et d’endiguer rapidement de futures épidémies avec une réponse globale du gouvernement. Ce sont quelques-unes des fonctions que le Nigeria, le Sénégal et le Mali ont déployé pour contenir la propagation de l’épidémie et se débarrasser de l’Ebola.

La crise de l’Ebola a également mis en évidence les risques économiques importants d’un investissement insuffisant dans le secteur de la santé. 

Deuxièmement, des citoyens informés et des communautés responsabilisées constituent la ligne de front la plus efficace en matière de préparation et d’intervention. Nous savons, par exemple, que l’insuffisance des mesures d’hygiène lors des inhumations a été l’un des principaux facteurs de propagation de l’épidémie. Les instructions officielles des autorités de santé publique concernant les mesures à respecter pour les inhumations, qui exigeaient l’abandon des rituels traditionnels, ont été accueillies avec suspicion, et même indignation, par les membres des familles des victimes et les communautés. Ce n’est que lorsque les communautés et les dirigeants religieux et traditionnels ont commencé à participer à la diffusion du message et aux interventions que la situation a commencé à se renverser.

À l’avenir, les investissements liés au virus Ebola qui ont été réalisés au niveau des travailleurs de santé communautaires et de la mobilisation des communautés pourront être déployés pour renforcer un changement de comportement et consolider le système de santé global.

Troisièmement, la crise de l’Ebola a exposé la fragilité de ces pays au-delà du secteur de la santé, soulignant comment une crise de santé peut devenir une crise de développement, par exemple dans l’agriculture et l’éducation.

C’est pourquoi nous avons annoncé le mois dernier que le Groupe de la Banque met à disposition un financement de 15 millions de dollars pour livrer une quantité record de 10 500 tonnes de semences de maïs et de riz à plus de 200 000 agriculteurs des trois pays à temps pour la saison de plantation d’avril. Ce soutien permettra de relancer le secteur agricole et d’éviter la famine pour plus d’un million de personnes à risque dans les trois pays.

Et aujourd’hui, je suis également heureux d’annoncer que le Groupe de la Banque fournira au moins 12 millions de dollars pour que les enfants des trois pays retournent à l’école et reprennent leurs études. Les élèves de plus de 18 000 écoles bénéficieront d’efforts réalisés pour nettoyer et désinfecter leurs écoles, construire ou réparer des stations de lavage des mains et des points d’eau dans les écoles, fournir de nouveaux manuels scolaires et des cours de recyclage pour les enseignants.

Le Fonds fiduciaire pour la reprise et la reconstruction des pays touchés par Ebola, qui a été institué par la Banque, permet à ces initiatives et à d’autres activités d’accélérer la reprise en fournissant, par exemple, des transferts monétaires et des conseils aux familles, en réparant les routes et en aidant les gens à retourner au travail.

Quatrièmement, cette crise a montré que le système de santé mondial est mal équipé, à la fois en termes de préparation et d’intervention, en cas d’épidémie. Il a fallu des mois avant que l’intervention internationale entre en action, et encore plus longtemps avant les efforts de confinement commencent à prendre forme. Nous devons renforcer l’architecture sanitaire mondiale pour permettre à tous les acteurs, publics et privés, de remplir efficacement leurs rôles respectifs. Les ressources devraient commencer à circuler en 8 heures, et non 8 mois. Une réponse rapide peut sauver des milliers de vies et des milliards de dollars.

À la demande des dirigeants du G20, le Groupe de la Banque mondiale travaille désormais au développement d’un service d’urgence en cas de pandémie mondiale, avec de nouveaux mécanismes de financement, afin que le monde soit prêt à déployer rapidement de l’argent, du personnel sanitaire formé, des équipements, des médicaments et tout ce qui est nécessaire la prochaine fois qu’une urgence sanitaire mondiale se déclare. Nous sommes actuellement en pourparlers avec des donateurs potentiels, des investisseurs privés, l’industrie de l’assurance et d’autres partenaires de développement sur la conception de ce service proposé.

La cinquième leçon, qui est peut-être la plus importante de toutes pour cette discussion, est l’importance du leadership et de la volonté politique du pays. Bien que la mobilisation mondiale ait joué un rôle clé pour renverser le cours de cette épidémie, les solides efforts de coordination menés par les gouvernements de chaque pays ont ouvert la voie.

Aujourd’hui est une étape importante sur la voie du redressement. En tant que partenaires internationaux, notre rôle est d’aider les pays à réaliser leurs propres visions pour mieux reconstruire : pour passer de la nourriture de subsistance à un excédent alimentaire, de la propagation à la prévention des maladies, du chômage à de nouvelles possibilités.

Mais nous devons garder notre élan. C’est pourquoi aujourd’hui, je suis heureux d’annoncer que dans le cadre de nos réunions de printemps à Washington, à la mi-avril, le Groupe de la Banque mondiale organisera une réunion internationale de haut niveau pour donner suite aux actions et résultats d’aujourd’hui, fournir l’occasion aux pays de présenter des plans plus développés, et accélérer le processus de reprise.

En conclusion, notre soutien restera inébranlable, afin de garantir que les peuples de Guinée, du Libéria et de Sierra Leone soient en mesure non seulement de se rétablir, mais également de se relever et de devenir plus forts et plus résistants qu’auparavant.

Je vous remercie.