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DISCOURS ET TRANSCRIPTIONS

Discours de Sri Mulyani Indrawati Directrice Générale et Chef des Operations au Troisième Sommet Afro- Arabe

Directrice Generale Et Chef Des Operations, Banque Mondiale Sri Mulyani Indrawati

Troisieme Sommet Afro-Arabe

Koweït

19 novembre 2013

Tel que préparé pour l'allocution

S. A. Sheikh Sabah Al-Ahmad Al-Jaber Al-Sabah,

Majestés,

Mme Nkosazana Dlamini Zuma, présidente de la Commission de L'Union africaine,

M. Nabil El Araby, secrétaire général de la Ligue arabe,

Mesdames et Messieurs les Présidents, les Premiers ministres, les Ministres,

Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs,

Mesdames et Messieurs,

Permettez-moi tout d'abord d'adresser mes sincères remerciements à notre hôte, S. A. Sheikh Sabah, ainsi qu'au peuple koweïtien pour le gracieux accueil qu'ils nous ont réservé à ce troisième Sommet afro-arabe. C'est un plaisir d'être ici aujourd'hui. Ce sommet marque une étape décisive sur la voie d'une vision commune de l'intégration et de la concertation.

Les régions Afrique, et Afrique du Nord et Moyen-Orient sont à jamais unies par leur histoire, leur géographie, leurs échanges et leurs traditions. Ces deux régions sont fermement convaincues que la coopération et l'intégration les renforceront considérablement et auront des effets positifs pour tous. Ce Sommet, ici, aujourd'hui, en est l'incarnation.

Nous vivons une époque de changements qui marqueront l'histoire. De nombreux pays du Moyen-Orient et d'Afrique du Nord sont le théâtre de transformations sociales, politiques et économiques d'une ampleur sans précédent.

Beaucoup d'entre vous doivent faire face à des épreuves que j'ai moi-même vécues dans mon propre pays, l'Indonésie, où la transition vers la démocratie et une société unie a pris plus d'une décennie. Je vous engage vivement à rester concentrés sur vos objectifs en continuant à oeuvrer pour plus d'inclusion et plus de résilience.

Cela étant, une grande partie de l'Afrique connaît toujours une pauvreté extrême, parallèlement à une croissance vigoureuse. Le cours élevé des produits de base, et l'amélioration de la gouvernance et de la gestion macroéconomique ont fait de l'Afrique une destination majeure pour les investissements directs étrangers. Mais le combat contre la pauvreté doit se poursuivre.

Le Groupe de la Banque mondiale a conscience de ces enjeux, mais aussi des horizons qui s'ouvrent à vous. Nous nous sommes fixé deux objectifs ambitieux : mettre fin à la pauvreté extrême d'ici 2030 et promouvoir une prospérité partagée pour les 40 % les plus démunis de la population.

Ce double objectif vous touche tous très directement, car nulle part ailleurs l'objectif d’éradication de la pauvreté extrême n'est plus fondé qu’en Afrique, où 48 % de la population doit vivre avec 1,25 dollar par jour, voire moins. Et le printemps arabe a montré à quel point il était essentiel de partager les fruits de la croissance et de la prospérité en créant des opportunités pour tous.

En s'appuyant sur leur vision commune de l'intégration et de la concertation, les pays africains et arabes peuvent résoudre leurs problèmes, qu'il s'agisse de la faiblesse du commerce intrarégional, de la pénurie criante d'infrastructures, de la problématique du changement climatique et de la désertification, de l'insécurité ou de la criminalité organisée. 

Aujourd'hui, le volume de vos échanges intrarégionaux est plus faible que partout ailleurs. La solution ne passe donc pas seulement par des mesures et des investissements dans chaque pays, mais aussi par une beaucoup plus grande intégration intra et interrégionale – et avec le reste du monde. Quand j'étais ministre des Finances en Indonésie, j'ai pu voir à quel point l'intégration commerciale, comme nous l'avions fait avec l’ASEAN, pouvait profiter à tous les membres de la société dans le pays.

La mise en place infrastructures régionales permet réellement de rechercher des synergies. Par exemple, l'Afrique a le plus gros potentiel hydroélectrique du monde. De concert avec d'autres partenaires, nous finançons la construction du barrage hydraulique d’Inga qui, à terme, produira suffisamment d'électricité pour alimenter près de la moitié de l'Afrique australe. Nous pensons que le même potentiel existe ailleurs pour des projets de même nature, plus particulièrement par la mise en commun des installations de production d'électricité et les corridors de transport.

Dans un monde plus que jamais interconnecté, les autoroutes de l'information jouent un rôle déterminant. Des initiatives – comme le réseau de fibre optique Libye-Tchad-Soudan – permettront ainsi de relier le Maghreb et le Sahel tout en réduisant les coûts et en améliorant la connectivité.

Toutefois, pour tirer parti des infrastructures physiques il faut aussi investir dans les infrastructures de « services ». Votre conduite éclairée des réformes renforcera l'économie, vous permettra de fournir des services de qualité et d'améliorer encore le climat de l'investissement. Avec de solides institutions en place, les investisseurs privés resteront et l'intégration sociale grandira.

Le renforcement de l'intégration et de la concertation suppose une communauté de vues, un leadership robuste et la recherche permanente de formules ne faisant que des gagnants. Dans le Groupe de la Banque mondiale, nous nous tenons prêts à travailler avec vous en ce sens.

Nous sommes déterminés à développer notre action dans les pays africains et arabes en fournissant des financements. Mais nous apportons aussi notre expérience et notre connaissance d'autres régions qui, partout dans le monde, ont dû faire face aux mêmes défis et sont parvenues à les relever.  

Notre collaboration avec nos partenaires arabes de la communauté du développement porte ses fruits. Nous avons ainsi réuni près de 8 milliards de dollars à l'appui du relèvement du Yémen et sommes en train de mobiliser le soutien qui s'impose pour aider le Liban et la Jordanie à faire face aux retombées du conflit en Syrie.

Nous avons adopté une approche régionale du développement dans la région des Grands Lacs et au Sahel, et nous préparons une initiative régionale dans la corne de l'Afrique.

Pendant sa récente visite au Sahel, le président Kim a annoncé le versement de 1,5 milliard de dollars à l'appui de nouveaux investissements régionaux dans les secteurs de l'énergie, de l'agriculture, des services de santé et de la connectivité. Ces financements aideront à promouvoir la paix, la sécurité et le développement.

Le rôle des ressources de l'Association internationale de développement, l’IDA, pour soutenir l'Afrique et les pays dans une situation fragile ne peut être surestimé. Ces financements ont beaucoup contribué au combat actuel contre la pauvreté. Ils constituent aussi un investissement judicieux dans les économies à croissance rapide, car ils contribuent à l'objectif plus large de prospérité partagée. La Malaisie et Brunei étaient des emprunteurs de l’IDA ; pour la première fois cette année, ils vont devenir des bailleurs de fonds de l'institution. Nous sommes sensibles au fait que certains des pays que vous représentez ici contribuent généreusement à cet effort, et nous encourageons ceux qui ne sont pas encore membres de l’IDA à se joindre à cette collectivité pour mettre fin à la pauvreté.

Je tiens aussi à saisir cette occasion pour remercier les nombreux pays présents ici qui ont prêté secours aux Phillipines. Une telle manifestation de soutien global montre au monde la générosité, la détermination et le rôle moteur de la communauté des pays africains et arabes.

Excellences, éminents invités,

La pauvreté n'est pas une fatalité. De nombreux pays s'en sont sortis et offrent un exemple vivant de ce qu'il est possible de faire. Je suis convaincue qu'avec la collaboration dont vous faites preuve ici, avec des réformes concrètes et solides, et avec des investissements robustes, l’éradication de la pauvreté et la prospérité partagée feront partie de votre avenir commun.

Je vous remercie de votre attention.