Famine : briser le cercle vicieux des crises

Il y a trente ans, l’Éthiopie a connu l’une des pires famines de l’histoire moderne : cette catastrophe causée par la guerre et la sécheresse a fait un million de morts.

Aujourd’hui, la guerre et la sécheresse sont à nouveau à l’origine de crises qui menacent de faire basculer dans la famine 20 millions de personnes dans quatre pays. L’Éthiopie n’en fait pas partie ; c’est pourtant l’un des pays les plus pauvres du monde où sévit aussi une sécheresse dévastatrice.

 

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© Sonu Jain / Banque mondiale

Mais les autorités sont parvenues à en atténuer les conséquences grâce à une meilleure gestion des sols et des ressources en eau. En outre, un important programme de filet social, financé par l’Association internationale de développement (IDA) et dix autres bailleurs de fonds, a permis d’amortir le choc et de renforcer la résilience de la population.

Depuis son introduction, en 2005, ce dispositif a permis à l’Éthiopie de ne plus avoir à lancer chaque année des appels d’urgence à l’aide alimentaire. Au cours de l’année passée, pour faire face à la sécheresse, il a été étendu à 18,2 millions de personnes (a), auxquelles il procure de la nourriture ou de l’argent pour en acheter.

Quelque 149 pays en développement ou émergents recourent à des programmes de filets sociaux dans le but de remédier aux inégalités socio-économiques.

Ces dispositifs permettent aussi d’atténuer des difficultés passagères, voire d’éviter des crises humanitaires, telles que celles que connaissent actuellement la Somalie, le Soudan du Sud, le Yémen et le nord-est du Nigéria.

D’après l’Organisation des Nations Unies, ces pays sont confrontés à la famine, ou risquent de l’être sur les six prochains mois. Selon les estimations, 1,4 million d’enfants sont exposés à un risque de décès imminent à cause d’une malnutrition sévère.

 

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© Jonathan Dumont / Programme alimentaire mondial

 

Si les famines ont des causes multiples, celle qui sévit actuellement a un dénominateur commun : une situation de conflit prolongé qui a exacerbé des vulnérabilités déjà présentes avant la crise.

  • Au Soudan du Sud, 1,9 million de personnes ont été déplacées à l’intérieur de leur pays depuis décembre 2013, et 1,7 million se sont réfugiées dans des pays voisins.
  • Au Yémen, la guerre met à mal le système bancaire et les échanges. L’État est dans l’incapacité de verser les salaires ou de fournir une aide sociale.
  • En Somalie, la sécheresse aggrave l’insécurité et conduit à des migrations périlleuses.
  • Dans le nord-est du Nigéria, les exactions perpétrées par le groupe terroriste Boko Haram ont interrompu la fourniture de semences, et les engins non explosés dans les champs empêchent les cultivateurs de reprendre leur activité.
© Jonathan Dumont / Programme alimentaire mondial
© Jonathan Dumont / Programme alimentaire mondial

L’action de la Banque mondiale

En mars, face à la dégradation de la situation en Afrique subsaharienne et au Yémen, le président du Groupe de la Banque mondiale, Jim Yong Kim, a appelé à agir de toute urgence.

« La famine est un fléau qui pèse sur notre conscience collective. […] Notre première priorité est d’œuvrer avec nos partenaires pour faire en sorte que les familles aient accès à l’eau et à la nourriture », a-t-il déclaré. « Mais nous savons aussi que la famine aura des effets durables sur la santé des individus, ainsi que sur leur aptitude à apprendre et à gagner leur vie. C’est pourquoi nous continuerons également à travailler avec les populations locales pour les aider à retrouver une vie normale et à se préparer aux chocs futurs. […] Si l’on veut éviter d’autres crises, il faut investir pour lutter contre les causes profondes et les facteurs de la fragilité actuelle et pour aider les pays à renforcer la résilience de leurs institutions et de leur société. »

La Banque mobilise actuellement 1,8 milliard de dollars pour contribuer à la mise en place de filets de sécurité et autres systèmes de protection sociale, au renforcement de la résilience des populations et à la poursuite des services au profit des plus vulnérables.

Dans le nord-est du Nigéria et au Yémen, la Banque réorientera 870 millions de dollars alloués à des projets existants pour venir en aide aux populations menacées par la famine. Au Nigéria, divers projets s’attachent à rétablir les institutions et les services essentiels, ainsi qu’à fournir des denrées alimentaires afin d’inciter les individus à regagner leur foyer.

Au Soudan du Sud, au Yémen, au Nigéria, en Éthiopie et au Kenya, quelque 930 millions de dollars seront alloués à des projets d’urgence axés sur la sécurité alimentaire, sur la protection sociale et sur l’agriculture et l’eau.

Pour faire face à la montée de l’insécurité alimentaire au Yémen, l’IDA, le fonds de la Banque mondiale pour les pays les plus pauvres, débloquera 283 millions de dollars sous forme de dons, dont 125 millions par le biais de son Mécanisme de riposte aux crises. Cette dernière enveloppe servira à financer des transferts monétaires destinés à 1,5 million de ménages parmi les plus pauvres (soit environ 8 millions de personnes), qui pourront ainsi acheter de la nourriture, tandis que des compléments nutritifs seront distribués à un million de Yéménites parmi les plus vulnérables.

En Somalie, où plus de la moitié de la population a besoin d’une aide humanitaire, la Banque mondiale finance un projet d’urgence de 50 millions de dollars (a) destiné à intensifier les efforts de riposte et de relèvement en collaboration avec le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) et l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO)

 

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© Jonathan Dumont / Programme alimentaire mondial

 

Aujourd’hui, les projets de la Banque mondiale dans les pays les plus pauvres comportent un mécanisme de réorientation des fonds vers des activités de riposte et de relèvement immédiats. Le Mécanisme de riposte aux crises de l’IDA apporte des ressources supplémentaires pour aider les pays à faire face à de graves difficultés économiques, à des catastrophes naturelles de grande ampleur, à des urgences sanitaires et à des épidémies.

Dans une perspective de plus long terme, la Banque s’attache à réorienter son approche pour privilégier moins les interventions de riposte aux crises que la prévention, en s’efforçant de mieux mobiliser ses capacités de veille, ses politiques opérationnelles et ses instruments de financement. Elle intensifie ses activités de lutte contre les fragilités, les conflits et les violences (a), ce qui consiste notamment à repérer les risques de crise et à s’y préparer avant qu’ils ne se matérialisent.

La Banque collabore également avec les pays afin d’y encourager des pratiques agricoles climato-intelligentes, qui enrichissent le sol et le rendent plus résistant à la sécheresse, ainsi que la diversification des cultures. 

 

Image© Jonathan Dumont / Programme alimentaire mondial

La coopération avec les organisations humanitaires et celles œuvrant pour la paix

Face à la crise actuelle, de nombreuses voix dans la communauté internationale ont reconnu la nécessité, dans des situations de conflit, d’une collaboration étroite entre les acteurs de l’aide humanitaire, du développement, de la consolidation de la paix et de la sécurité, ainsi que les autorités nationales, notamment.

On assiste depuis 2010 à une recrudescence dramatique des conflits violents dans le monde. Environ 80 % des besoins humanitaires sont aujourd’hui liés à des conflits prolongés, ce qui montre combien il est urgent que les partenaires mondiaux s’attachent à réduire l’occurrence et les conséquences de ces chocs.

« Notre objectif est de faire tout notre possible ensemble, en utilisant les technologies de l’information, les innovations financières et les partenariats créatifs, afin de reléguer la famine dans les livres d’histoire, et de ne laisser personne sur le bord du chemin », a déclaré Kristalina Georgieva, directrice générale du Groupe de la Banque mondiale.

Certains partenaires sont présents sur le terrain dans des zones inaccessibles pour la communauté internationale. D’autres peuvent jouer un rôle diplomatique et politique, et encourager les responsables politiques à s’attaquer aux causes des conflits.

« Nous continuerons également de faire de la résilience à long terme une priorité absolue, de protéger et de renforcer autant que possible les marchés et d’améliorer les moyens de subsistance, tout en agissant dans l’urgence pour sauver des vies », a affirmé Mme Georgieva.

Afin de militer en faveur d’une riposte globale, Jim Yong Kim et António Guterres, secrétaire général des Nations Unies, ont coprésidé une réunion de haut niveau sur la famine et les fragilités (a) au mois d’avril, à l’occasion des Réunions de Printemps du Groupe de la Banque mondiale et du FMI à Washington. Une cinquantaine de responsables de banques multilatérales de développement, d’agences des Nations Unies, de donateurs, d’ONG et d’autres acteurs se sont penchés sur les moyens de renforcer la collaboration, en particulier en matière d’accès, d’efficacité de la mise en œuvre, ainsi que d’atténuation et de gestion des risques à long terme.

La Banque et l’ONU ont également signé un accord, le 22 avril, afin de renforcer leur collaboration (a) pour apporter une aide vitale aux personnes les plus vulnérables et renforcer leur résilience en faisant reculer la pauvreté, en favorisant le partage de la prospérité, en améliorant la sécurité alimentaire et en soutenant la paix dans les régions en situation de crise.

Comme l’a souligné Jim Yong Kim dans une allocution récente, « il est extrêmement important d’aider les pays à se préparer à ces crises. […] Avec les pays affectés et nos partenaires, nous travaillons à mettre un terme à la famine — et nous utiliserons chaque outil à notre disposition, notamment des outils financiers, pour empêcher qu’une autre famine survienne ».