ARTICLE 15 octobre 2018

Burkina Faso : un revenu passerelle pour que la pauvreté ne se transmette plus d’une génération à l’autre

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« L’an dernier, en pleine année scolaire, je suis tombé très malade et je n’ai pas pu suivre les cours pour passer le certificat d’études primaires élémentaires. J’ai beaucoup maigri et les gens disaient que j’allais mourir », raconte Salif qui a depuis pu se faire soigner et regagner les bancs de l’école. 

Photo: Banque mondiale


LES POINTS MARQUANTS

  • En 2017, 40% de la population Burkinabè vivait avec moins de 1,90 dollars par jour.
  • Un programme intégré de protection sociale associe la distribution d’allocations et diverses activités auprès des ménages les plus pauvres.
  • L’un des objectifs du programme est de rompre avec la transmission intergénérationnelle de la pauvreté.

OUGADOUGOU, le 15 octobre 2018— Minata Sawadogo et son mari n’ont pas toujours été en mesure de donner trois repas par jour à leurs sept enfants. Comme la majorité des autres habitants de leur village de la commune de Ouahigouya, au nord du Burkina Faso, ils vivent de l’agriculture et de l’élevage.

Une pauvreté au visage rural

Or, dans ce pays sahélien situé au cœur de l’Afrique de l’Ouest, cela fait déjà plusieurs années que le changement climatique n’est plus une abstraction pour les agriculteurs. Les pluies trop rares ou trop violentes, la sècheresse, les inondations ou encore les vents violents et les incendies mettent les récoltes à rude épreuve, aggravant les conditions de vie d’une population rurale déjà fragile (92 % des pauvres vivent en milieu rural). En 2017, les aléas climatiques ont entraîné un déficit céréalier de plus de 400 000 tonnes et l’insécurité alimentaire a augmenté, touchant en premier lieu les enfants. Comme Salif, le fils de Minata : « L’an dernier, en pleine année scolaire, je suis tombé très malade et je n’ai pas pu suivre les cours pour passer le certificat d’études primaires élémentaires. J’ai beaucoup maigri et les gens disaient que j’allais mourir », raconte-il.

Un souvenir encore douloureux pour sa mère, « Au village, les vieux pensaient que Salif ne survivrait pas et m’avaient dit de préparer sa tombe », confie Minata. « C’est grâce à l’allocation que j’ai reçue du projet « Burkin- Naong-Sa Ya » que j’ai pu l’amener à l’hôpital et qu’il s’est fait soigner correctement ». Aujourd’hui Salif est guéri et a repris le chemin de l’école. Une source d’espoir pour sa mère, convaincue que la réussite dans ses études permettra à Salif de sortir définitivement toute la famille de la pauvreté.


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Les allocations monétaires qu’elle reçoit chaque trimestre ont permis à Minata de mieux nourrir ses enfants et de se lancer dans l’élevage de petits ruminants pour augmenter ses revenus. 

Photo: Banque mondiale


Des allocations qui ciblent les ménages les plus pauvres…

Minata a également utilisé l’argent des allocations pour acheter du bétail et se lancer dans l’élevage de chèvres afin d’améliorer ses revenus et de mieux subvenir aux besoins de ses enfants.

Débuté en 2014 et financé à hauteur de 55 millions de dollars par la Banque mondiale, le projet de filets sociaux « Burkin-Naong-Sa Ya » (qui en dialecte Mooré signifie la fin de la pauvreté au Burkina Faso), est mis en œuvre par le gouvernement dans les régions du Nord, du Centre-Ouest, du Centre-Est et de l’Est qui concentrent plus de 60% des personnes pauvres.

Il combine des interventions variées dans les secteurs social, de la santé et de l’éducation afin de créer un système adaptatif susceptible d’améliorer l’efficacité des politiques publiques de protection sociale et d’augmenter ainsi la capacité de résiliences des ménages pauvres et vulnérables face au changement climatique et à d’autres chocs, tout en leur permettant de diversifier leurs sources de revenus. Les prochaines régions d’extension du projet sont le Sahel et ensuite, la Boucle du Mouhoun.

Plus de 114 500 ménages précaires, choisis selon une méthode d’évaluation multidimensionnelle des moyens de subsistances (en anglais Proxy means test), reçoivent actuellement une allocation trimestrielle de 30 000 FCFA (environ 60 dollars) pour les foyers de moins de 5 enfants et 40 000 FCFA (environ 80 dollars) pour ceux de 5 enfants ou plus.

« Grâce à cet argent, les bénéficiaires du projet arrivent à offrir trois repas par jour à leurs familles, à payer les frais de scolarité et de santé de leurs enfants et à investir dans des activités lucratives comme le petit commerce, l’élevage et le maraîchage », explique Emile Zabsonré, coordonnateur du projet.

…combinées à d’autres activités sociales

Afin de s’attaquer à tous les facteurs de la pauvreté, le projet associe la distribution d’allocations à des activités en faveur du développement humain pour améliorer la nutrition, la santé et l’éducation.

Des activités de sensibilisation et de suivi sont ainsi organisées auprès des femmes de ces ménages précaires, réparties en groupes de 20 à 25 membres. Chaque mois, elles reçoivent des conseils en matière de santé, d’hygiène, de nutrition et sur le développement cognitif de leurs enfants. Les facilitateurs communautaires du projet effectuent régulièrement des visites à domiciles pour faire un suivi et s’assurer du bon développement physique et cognitif des enfants. Enfin, ils mobilisent chaque mois tout le village pour discuter des moyens d’améliorer les conditions de vie de l’ensemble des habitants.

 « Notre objectif principal est de rompre la transmission intergénérationnelle de la pauvreté grâce à des actions en faveur du développement cognitif et affectif des enfants et à une meilleure scolarisation », souligne Gilberte Kedote, chargée du Projet à la Banque mondiale.

Mis en œuvre par le gouvernement du Burkina Faso et co-financé par différents bailleurs dont la Banque mondiale, le programme de filets sociaux a reçu un financement additionnel en janvier 2017 de 6 millions de dollars provenant du Fonds (a) d’affectation spéciale multi donateurs pour la protection sociale adaptative au Sahel. Ce Fonds géré par la Banque mondiale, a pour objectif d’accroître l’accès des populations pauvres et vulnérables de la région du Sahel à des systèmes efficaces de protection sociale adaptative. Il vise à étendre les interventions dans d’autres localités pour contribuer à faire baisser le taux de pauvreté national, de 40,1 % en 2014, à moins de 35 % d’ici 2020.



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