ARTICLE 01 septembre 2017

« Je ressemble enfin aux autres élèves »

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En tout, le projet a distribué 465 751 manuels scolaires, 10 000 guides du maître, 43 tablettes, et 105 motos mises à la disposition des planificateurs et inspecteurs pédagogiques.

Photo: Edmond Dingamhoudou, Banque mondiale


LES POINTS MARQUANTS

  • La moitié des enfants tchadiens en âge d’être scolarisés au primaire sont exclus du système par manque de classe ou pour des raisons économiques.
  • La construction de nouvelles salles de classes et la mise à disposition de nouveaux équipements et matériel pédagogique offrent désormais un meilleur cadre d’apprentissage dans six régions du pays.
  • Un million et demi d’élèves bénéficient de ces améliorations.

N'DJAMENA, le 1 september 2017- « Je ressemble enfin aux autres élèves, comme ceux de la ville, parce que j’ai reçu des manuels, je peux m’asseoir sur des bancs et écrire sur une table. Notre école est jolie et bien équipée », explique fièrement Benoît Tchang, élève de CM2 à l’école primaire de Mangadougou, dans le département Tandjilé-Est. Ici, comme dans six autres régions du pays (Mayo kebbi Est, Mayo Kebbi Ouest, Mandoul, Tandjilé, HadjerLamis et N’Djaména), l’année scolaire s’est achevée en beauté et les salles de classes n’ont désormais plus rien à envier aux établissements scolaires plus modernes.

Finies les heures de cours inconfortables, assis à même le sol et à prendre des notes tant bien que mal, d’une écriture maladroite, le cahier calé sur les genoux. De nouvelles salles de classes, construites en dur, des toilettes, des fontaines à eaux, du matériel et des équipements scolaires flambants neufs offrent un cadre d’apprentissage plus serein et efficace. Des choses qui semblent insignifiantes à ceux qui les possèdent mais qui changent le quotidien de ceux qui en étaient privés jusque-là. « Tout le monde est maintenant propre et nous étudions bien parce que nous ne sommes plus assis par terre, sur des briques ou des bouts de bois » constate Édouard Pina, élève de CE2.   

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Avant les travaux de rénovation, les cours avaient lieu dans des abris provisoires en paille, où enseignants et élèves étaient constamment embêtés par le vent et la pluie. Photo: Edmond Dingamhoudou, Banque mondiale

 

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Au total, les travaux auront permis de réhabiliter 10 salles de classe et d’en construire 70 autres, et de les équiper de 1 260 tables-bancs. Photo: Edmond Dingamhoudou, Banque mondiale

 

Une tête bien faite dans un environnement sain

Dans un pays où la moitié des enfants en âge d’être scolarisés au primaire sont exclus du système par manque de classe ou pour des raisons économiques‒les enfants les plus avantagés passant en moyenne rarement plus de 6,9 années sur les bancs de l’école et les plus pauvres guère plus d’une année‒ces améliorations, financées par le Projet d’appui à la réforme du secteur de l’éducation au Tchad phase 2 (Parset2), visent entre autres à augmenter l’assiduité des élèves.  « Les élèves sont aujourd’hui confortablement installés, cela devrait les motiver davantage et beaucoup améliorer leur écriture. C’est une compétence très importante qui ne pouvait pas être correctement enseignée jusqu’à présent », souligne Laba Jasé, inspecteur pédagogique de l’enseignement primaire à Bongor Rural Sud.

 « Je suis sûr qu’à la rentrée prochaine, les gens se bousculeront pour inscrire leurs enfants car nous avons des bâtiments qui font rêver, et tous les enfants vont vouloir étudier dans ces bâtiments » prédit Heleng Galzana Kaka, président de l’Association des parents d’élèves (APE) de l’école.

Au total, ces travaux auront permis de réhabiliter 10 salles de classe et d’en construire 70 autres, et de les équiper de 1 260 tables-bancs. Ils ont également permis de doter l’école de 132 cabines de latrines et 5 forages de puits d’eau potable. Des infrastructures solides, moins vulnérables aux intempéries qui ont tant de fois obligé de retarder la rentrée des classes ou d’arrêter les cours avant la fin de l’année scolaire.

Le Tchad, dont l’économie a beaucoup souffert de la chute des cours du pétrole n’a investi que 2,9 % de son PIB dans l’Éducation en 2015. Un chiffre bien inférieur à la moyenne de 4,5 % en Afrique subsaharienne. Et les dépenses d’éducation ont baissé de 16% entre 2016 et 2017. C’est pour cette raison que les associations de parents d’élèves jouent un rôle très important et tentent de prendre le relais. « Je n’ai pas assez de mots pour expliquer à quel point ce projet nous a remotivés à un moment où nous étions tous démoralisés », confie Joseph Ramadji, président de l’APE de Sateignan en se remémorant « les abris en paille, où enseignants et élèves étaient constamment embêtés par le vent et la pluie. »

Une petite révolution numérique et pédagogique

« En tout, nous avons imprimé et distribué dans quatre régions couvertes par le projet 465 751 manuels scolaires, 10 000 guides du maître et 10 000 guides de gestion des manuels. À cela s’ajoutent 243 tablettes, et 105 motos mises à la disposition des planificateurs et inspecteurs pédagogiques opérant dans ces régions », explique Adam Mahamat Al boukari Barka, coordinateur du projet. « Ces motos vont beaucoup les aider à coordonner les activités et le suivi pédagogique dans ces régions dépourvues de transports publics. »

Une petite révolution aussi dans la manière d’étudier et d’enseigner. « Pour certains, c’était la première fois qu’ils touchaient un clavier ou une tablette ; par ailleurs dans notre département, nous sommes désormais à un livre de lecture et de calcul par élève. » Selon Ahmat Oudanour, délégué régional de l’Éducation et de la promotion civique pour la région de Mandoul.

Des enseignants formés et correctement rémunérés

Récemment, les problèmes liés au non-paiement des maîtres communautaires, risquaient de dégrader sérieusement la qualité de l’enseignement primaire puisque ces derniers y représentent   60% du corps enseignant. La Banque mondiale vient d’accorder un financement additionnel de 50 millions de dollars pour aider à financer les subventions des enseignants communautaires. « La mise en place de ce fonds permettra de prendre en charge les subventions de quelques 11 680 maîtres communautaires sur une durée déterminée et de dispenser une vraie formation à quelque 9 000 enseignants qui exercent sans avoir reçu de formation adéquate » souligne Waly Wane, responsable du projet à la Banque Mondiale.

L’objectif de cette démarche est de « créer un environnement scolaire plus stable pour un million et demi d’élèves, et d’améliorer la qualité de l'éducation en motivant enseignants et élèves tchadiens, grâce à de bonnes formations et à un cadre plus propice à l’apprentissage. »



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