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L’assurance indicielle, ou comment protéger les agriculteurs du changement climatique ?

17 janvier 2017


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© Odilia Renata Hebga, World Bank Cameroon

LES POINTS MARQUANTS
  • Au Cameroun, le secteur agricole qui emploie 54 % de la population et représente 20% du PIB est de plus en plus fragilisé par les conséquences du changement climatique.
  • L’assurance indicielle, un type d’assurance innovant, permet d’assurer les agriculteurs à moindre coût et en fonction des indices météorologiques.
  • Le gouvernement camerounais qui a commandé une étude de faisabilité à la Banque mondiale et à la société financière internationale, va lancer un projet pilote d’assurance indicielle en 2017.

YAOUNDÉ, le 17 janvier 2017─Alors que l’agriculture en Afrique subsaharienne, comme dans le reste du monde, est de plus en plus vulnérable aux aléas du changement climatique, un nouveau type d’assurance, dit « indiciel », se développe depuis quelques années pour y faire face. Contrairement à l’assurance agricole traditionnelle qui définit son tarif en fonction de la probabilité de sinistre, sur la base du rendement de l’année précédente, l’assurance indicielle, utilise des indices météorologiques, tels que l’humidité, la pluviométrie et la température, et collecte des données satellitaires pour anticiper et gérer le risque.

Afin de développer cet outil innovant qui a l’avantage d’être plus abordable pour les agriculteurs et d’accélérer la prise en charge des sinistres en évitant d’envoyer un expert, le gouvernement camerounais a demandé à la Banque mondiale et la Société financière internationale (SFI) de réaliser une étude de faisabilité.

Le Cameroun, qui enregistre de plus en plus de chocs liés au changement climatique (inondations dans certaines régions et sècheresse dans d’autres) aurait en effet tout à gagner de l’assurance indicielle. En 2015, le secteur agricole pesait 20% de la richesse nationale produite, soit environ 6 milliards de dollars, et employait 54% de la population. Alors que plus de 12 millions de Camerounais dépendent de l'agriculture pour vivre, ils ont essentiellement recours à des moyens informels et insuffisants pour atténuer les risques climatiques, notamment en sous-investissant dans les intrants agricoles.

Les conclusions de cette étude ont été dévoilées à Douala, le 15 décembre 2016, au cours d'un atelier organisé conjointement par le Groupe de la Banque mondiale et l'Association des compagnies d'assurances du Cameroun (ASAC) qui a rassemblé plus de 55 participants, dont quatre ministères (Finances, Agriculture, Économie et Élevage), dix compagnies d'assurance locales et internationales, huit banques locales et régionales et des institutions de microfinance. Un institut national de recherche en agronomie, des fournisseurs d'intrants, des coopératives agricoles, la société parapublique Sodeocoton ainsi que des partenaires au développement tels que la Banque africaine de développement (BAD) et la Coopération allemande pour le développement (GIZ) ont également participé à cet atelier.

Les rédacteurs de cette étude de faisabilité ont réalisé une cartographie des chaînes de valeur du coton, du maïs, du bétail et du sorgho afin d'évaluer les opportunités d'assurance indicielle. L’étude réfléchit également à la manière d’inciter et de développer durablement un marché de produits d'assurance agricole. Les résultats permettent enfin de compléter deux projets de la Banque mondiale au Cameroun: un projet d'investissement agricole et de développement des marchés et un projet de développement de l'élevage. 

« L’assurance agricole indicielle permettra aussi bien aux agriculteurs qu’aux établissements qui les financent d’atténuer les risques liés au changement climatique », souligne Alphonsus Achomuma, spécialiste senior du secteur financier, à la Banque mondiale. « Cela permettra d’améliorer et d’optimiser l’investissement dans les intrants et les techniques agricoles tout en encourageant les banques et les institutions de microfinance à financer les agriculteurs. »

L'étude constate que le Cameroun, qui est membre de la Conférence interafricaine des marchés de l’assurance (CIMA), dispose d’un environnement propice au développement d’un marché de l'assurance agricole. Le pays a en effet déjà largement adopté les cadres réglementaires de la micro-assurance, et la notion d'assurance indicielle a été introduite en 2012. La sous-région a par ailleurs bénéficié du soutien technique et financier du Mécanisme mondial pour l’assurance indicielle (GIIF), pour mettre en place des opérations de micro-assurance au niveau régional, notamment l'assurance indicielle.

Au cours de cet atelier, les différentes parties prenantes ont pu examiner le potentiel et les défis d’un marché de l'assurance agricole au Cameroun. Un projet pilote de produits d'assurance indicielle pour le coton, le maïs, le sorgho et l'élevage débutera en 2017. Ce projet devrait bénéficier à plus de 70 000 agriculteurs et éleveurs d'ici 2019.

Afin d’en assurer le succès, le GIIF s'engage à informer et sensibiliser la population aux avantages de l'assurance indicielle, à fournir un soutien financier pour réduire le coût de l'assurance agricole,  développer l'infrastructure de collecte de données et renforcer les capacités des parties prenantes locales.