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Le Maroc veut mieux exploiter son potentiel agricole

18 février 2016

L’Oum er-Rebia approvisionne en eau la moitié des grandes zones irriguées du Maroc.


LES POINTS MARQUANTS
  • Les agriculteurs marocains sont tributaires de l’irrigation pour accroître leur productivité et leurs revenus, mais la raréfaction de l’eau, exacerbée par le changement climatique, est une source de difficulté croissante.
  • La Banque mondiale appuie les efforts entrepris par le Maroc pour développer l’agriculture en promouvant l’adoption de techniques d’irrigation qui assurent un usage plus efficace des ressources hydriques mais aussi l’approfondissement des liens entre producteurs et marchés.

Des systèmes d’irrigation durables au service d’une plus grande productivité agricole

Et si tout le potentiel agricole du Maroc trouvait son origine dans une simple goutte d’eau ? L’Oum er-Rebia, deuxième plus grand fleuve du pays, prend sa source dans le massif montagneux de l’Atlas et approvisionne la moitié des grandes zones irriguées marocaines.

Le fleuve traverse la Doukkala, une région qui s’étend dans le centre-ouest du Maroc et qui est réputée pour ses plaines fertiles. Ici comme dans de nombreuses autres régions agricoles du pays, l’irrigation est un facteur essentiel parce qu’elle accroît la productivité agricole et garantit aux agriculteurs un plus grand revenu. Cependant, la raréfaction de l’eau, exacerbée par le changement climatique, est un défi croissant pour les cultivateurs de la région, largement tributaires des eaux de l’Oum er-Rebia pour irriguer leurs terres.

Soucieux de promouvoir un modèle d’irrigation plus durable, le Maroc a mis sur pied le Plan national d’économie d’eau d’irrigation pour optimiser l’utilisation des ressources hydriques et accroître la productivité de l’agriculture. Dans les grandes zones irriguées, qui relèvent des Offices régionaux de mise en valeur agricole (ORMVA), le plan vient soutenir la modernisation du réseau d’irrigation entreprise dans le but de fournir des services de meilleure qualité aux agriculteurs. Ces derniers ont accueilli favorablement cette initiative : un accès plus fiable à l’eau est essentiel dans la recherche d’une productivité accrue, elle-même synonyme de revenus plus élevés.

C’est le cas d’Ahmed El Youssfi. Cet agriculteur de 52 ans possède 14 hectares de terres, à proximité du village de Thnine Gharbia, dans la région de Doukkala. Ses parcelles bénéficient d’un projet soutenu par la Banque mondiale qui vise à moderniser le réseau d’irrigation dans cette zone. L’objectif est d’offrir un accès amélioré aux eaux du fleuve à tous les exploitants agricoles. « Nous avions l’habitude de puiser dans les nappes phréatiques pour irriguer nos terres, l’accès à l’eau était un luxe et nous pouvions passer des mois, pendant l’été, sans pouvoir entretenir nos terres et sans rien gagner », témoigne Ahmed.

Les efforts entrepris par le Maroc en vue d’améliorer les services d’irrigation dans le bassin de l’Oum er-Rebia reçoivent l’appui de la Banque mondiale depuis 2010, sous la forme de prêts alloués pour la modernisation du réseau d’irrigation couvrant de larges superficies. Ce service amélioré permet aux agriculteurs d’adopter des technologies d’irrigation plus efficaces et plus efficientes, principalement par micro-irrigation, une technique promue par les autorités marocaines par le biais d’un programme incitatif.

« L’irrigation au goutte-à-goutte a changé les pratiques des agriculteurs. Nos économies d’eau se chiffrent à 25 % et notre productivité a littéralement bondi. Je gagne aujourd’hui 25 à 30 % de plus qu’avec les systèmes d’irrigation que j’employais auparavant  », ajoute Ahmed.

Un meilleur accès aux marchés

Cependant, mieux produire n’est pas la seule finalité de cette initiative. Pour voir leur revenu s’accroître, les exploitants agricoles doivent accéder plus largement aux marchés et à des pôles agro-industriels. C’est tout l’enjeu du Plan Maroc vert, une stratégie imaginée pour promouvoir la productivité du secteur agricole et les exportations qui en découlent.

Kamel Belabbes fait partie de l’équipe d’aide technique du projet appuyé par la Banque mondiale et chargée de faciliter les synergies entre l’industrie alimentaire et le monde agricole. « Notre rôle est de jeter des passerelles entre l’industrie alimentaire et les associations de producteurs », explique-t-il. Son travail et l’implication des agriculteurs ont déjà porté leurs fruits. La région fournit à présent des betteraves à l’entreprise sucrière nationale ; la production industrielle de tomates est également en bonne voie tout comme la production laitière. « Nous nous penchons actuellement sur le potentiel d’autres cultures locales qui pourraient intéresser l’industrie agroalimentaire, comme le soja pour l’industrie des oléagineux. Cela débouchera sur une hausse du revenu des agriculteurs, tout en conférant à leur production une plus grande valeur ajoutée, ce qui répondra à la demande croissante de l’agro-industrie », précise Kamel.

La stratégie marocaine en faveur du développement de son industrie agricole et agroalimentaire entend avant tout faire en sorte que les ressources en eau soient optimisées à la goutte près. Il s’agit aussi de soutenir les moyens de subsistance des agriculteurs, les emplois en milieu rural et l’accroissement de la productivité. En promouvant une gestion plus durable de l’eau, le Maroc se donne les moyens de devenir un acteur agricole de premier plan et d’accroître ses exportations vers les marchés régionaux.