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Énergie durable pour tous : malgré les progrès, l’Afrique reste loin de l’objectif

17 février 2016


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LES POINTS MARQUANTS
  • En Afrique, le taux d’accès à l’électricité est passé de 32 % en 2010 à 35 % en 2012, soit environ 25 millions d’habitants supplémentaires alimentés par an — un rythme qui peine à suivre celui de la croissance démographique.
  • Si plus de 70 % de la consommation totale d’énergie en Afrique proviennent de sources renouvelables, celles-ci concernent essentiellement la biomasse traditionnelle tandis que le potentiel encore inexploité des autres sources reste immense.
  • Malgré le taux de consommation énergétique par habitant le plus bas du monde, l’Afrique fait partie des régions du monde où les rendements économiques obtenus par rapport à cette faible consommation sont les plus médiocres.

L’énergie est vitale pour le développement économique sous toutes ses formes, une réalité bien comprise par la communauté internationale, qui a spécifiquement adopté un Objectif de développement durable (le 7e des ODD de l’ONU) visant à garantir l’accès de tous à des services énergétiques fiables, durables et modernes à un coût abordable à l’horizon 2030. L’Afrique est au cœur de cet objectif.

Ce continent, qui a longtemps été la lanterne rouge sur le plan de l’électrification, est en train de rattraper son retard. Lors de la conférence annuelle Energy Indaba, la Banque mondiale a présenté les tout derniers éléments attestant des progrès de l’Afrique (a) en direction de l’ODD 7 et animé une discussion sur la capacité du continent à atteindre les nouveaux objectifs internationaux.

Selon l’édition 2015 du rapport de suivi de l’initiative Énergie durable pour tous (a), environ 35 % des Africains avaient accès à l’énergie en 2012, contre 32 % en 2010. Dans 19 pays du continent, moins d’un habitant sur cinq était raccordé à l’électricité en 2012.

Certains pays progressent de manière sensible : l’Éthiopie, le Nigéria et l’Afrique du Sud font partie des champions mondiaux de l’électrification entre 2010 et 2012. Tandis qu’au Mali, au Rwanda et en République du Congo, le taux d’électrification a été plus rapide que l’accroissement de la population. Enfin, les autorités du Kenya et du Rwanda ont adopté des objectifs ambitieux en la matière.

Mais, globalement, le développement de l’électrification sur le continent peine à suivre la croissance démographique enregistrée sur la même période. Une évolution à l’opposé de ce qui a été observé en Asie du Sud, où le rapport entre électrification et essor de la population était de 4 pour 1. Si elle veut atteindre l’ODD 7, l’Afrique va devoir raccorder à l’électricité plus de 60 millions d’habitants par an, soit plus que doubler ses performances actuelles (24 millions).

« Cela signifie que l’accès universel à l’énergie ne pourra probablement pas être atteint d’ici 2030 en faisant appel à des approches conventionnelles mais que cet objectif reste accessible si l’on privilégie des formes d’accès élémentaires mais judicieuses », souligne Aaron Leopold, responsable mondial pour la promotion de l’énergie chez Practical Action. « Les éléments probants recueillis montrent que l’on peut obtenir la plupart des effets positifs de l’électrification sur le développement humain sans induire une forte hausse de la consommation. »


« Ce dont nous avons besoin, c’est que toutes les parties prenantes — pouvoirs publics, société civile, fournisseurs d’énergie et consommateurs — œuvrent ensemble pour faire de l’énergie durable pour tous une réalité  »

Anita Marangoly George

Directrice principale du pôle d’expertise en Énergie et industries extractives de la Banque mondiale.

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A la conférence annuelle Energy Indaba, la Banque mondiale a présenté les tout derniers éléments attestant des progrès de l’Afrique (a) en direction de l’ODD 7 et animé une discussion sur la capacité du continent à atteindre les nouveaux objectifs internationaux.


Selon le niveau ou l’offre de services fournis, le coût annuel de l’universalisation de l’accès à l’énergie peut varier de 1 milliard de dollars pour une solution solaire simple d’éclairage et de recharge de téléphone, à 37 milliards de dollars pour un réseau électrique dernier cri et fonctionnant 24h/24. Une option intermédiaire, incluant un certain nombre d’appareils électriques de base, tournerait autour de 8 milliards de dollars. Les pays doivent aussi décider du niveau d’accès qu’ils ont raisonnablement les moyens de concrétiser d’ici 2030 et des éventuelles différences de couverture entre les citadins, les périurbains et les ruraux.

Sur le plan des appareils de cuisson, l’Afrique n’a en revanche fait aucun progrès notoire. Le nombre absolu d’Africains cuisinant avec des combustibles solides (bois et fumier par exemple) a de fait augmenté, de 708 à 747 millions, signe que le taux d’amélioration de l’accès à des modes de cuisson propres n’a pas suivi celui de l’évolution démographique. Aujourd’hui, l’Afrique doit faire en sorte que 71 millions d’individus aient chaque année accès à des combustibles propres pour cuisiner, soit plus de 14 fois le dernier niveau atteint.

« À l’inverse de l’électricité, l’élargissement de l’accès à des modes de cuisson propres ne semble pas avoir fait partie des grandes priorités des décideurs », note Anita Marangoly George, directrice principale du pôle d’expertise en Énergie et industries extractives de la Banque mondiale. « C’est préoccupant quand on connaît les effets importants sur la santé des femmes et des enfants qui respirent la fumée rejetée par les fourneaux traditionnels. »

La dépendance de l’Afrique (ménages et entreprises confondus) par rapport à la biomasse traditionnelle explique entre autres que le continent assure jusqu’à 70 % de sa consommation d’énergie avec des sources renouvelables — un chiffre inégalé dans le reste du monde. Et même s’il commence juste à exploiter les ressources hydrauliques, géothermiques, éoliennes et solaires dont il dispose en abondance, le continent produit déjà 9 % de son énergie (et 21 % de son électricité) à partir de ces technologies modernes, dépassant à cet égard les performances de l’Asie.

L’inefficacité liée à la consommation de la biomasse traditionnelle explique aussi pourquoi l’Afrique fait partie des régions les plus énergivores au monde, alors même que son niveau de consommation par habitant est particulièrement faible. L’Afrique consomme en effet deux fois plus d’énergie que l’Europe pour produire un dollar de PIB. Pour autant, ses avancées sont loin d’être insignifiantes puisque les économies d’énergie réalisées en 2010-12 représentent un an de consommation d’un pays comme l’Éthiopie, sachant que la moitié environ de ces économies sont le fait de la seule Afrique du Sud et que l’essentiel des gains d’efficacité proviennent du secteur des transports.

Selon les estimations, l’Afrique va devoir mobiliser entre 50 et 80 milliards de dollars par an pour tenir tous les objectifs de l’initiative Énergie durable pour tous. Un enjeu financier qui passe par l’implication d’investisseurs privés, notamment dans les énergies renouvelables où la facture s’élève à environ 36 milliards de dollars par an : 12 milliards de dollars pour les mesures d’efficacité énergétique, le reste étant consacré à l’accès.

« Ce dont nous avons besoin, c’est que toutes les parties prenantes — pouvoirs publics, société civile, fournisseurs d’énergie et consommateurs — œuvrent ensemble pour faire de l’énergie durable pour tous une réalité », plaide Anita Marangoly George. « Nous avons les moyens de mettre fin à la pauvreté énergétique à l’horizon 2030. »

 

Le suivi mondial de l’initiative Énergie durable pour tous est conjointement assuré par le pôle d’expertise en Énergie et industries extractives de la Banque mondiale, le Programme d’assistance à la gestion du secteur énergétique (ESMAP) et l’Agence internationale de l’énergie. Il bénéficie du soutien de 20 autres organisations et agences partenaires.

 





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