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À Lagos, le Nigéria agit contre la pollution

16 juin 2015


D'ici peu, une bonne partie des plus grandes villes du monde se trouveront en Afrique. Mais la pollution qui touche l'eau, l'air et l'intérieur des habitations menace la santé de beaucoup de citadins. Comme toujours, ce sont les pauvres qui en souffrent le plus.

World Bank Group

LES POINTS MARQUANTS
  • Selon l’Organisation mondiale de la santé, près de 7 millions de personnes ont perdu la vie en 2012 à la suite de pathologies provoquées par la pollution de l’air, dehors et à l’intérieur des habitations.
  • La dernière édition du Little Green Data Book, qui comprend des données sur le Nigéria, révèle que 94 % de la population du pays sont exposés à des niveaux de pollution atmosphérique (particules fines PM 2,5) supérieurs aux directives de l’OMS et que cette pollution ampute le revenu national brut d’environ 1 point de pourcentage.
  • La Banque mondiale a déjà pris des dispositions pour lutter contre la pollution à Lagos, en finançant un système de bus rapides qui limite l’utilisation des voitures particulières et renforce l’efficacité des transports publics. Il faut désormais s’atteler aux carburants verts et à des solutions sûres pour l’élimination des déchets.

Tous les jours, Stella se rend à pied à son travail. Elle emprunte le chemin inverse des éboueurs pour gagner son « bureau » : la décharge d’Olusoson, une montagne de déchets de 2 400 tonnes qui s’étend dans la plus grande ville du Nigéria. Une communauté entière est aujourd’hui établie autour de ce site immense.

« Je viens pour trouver mon gagne-pain quotidien », explique Stella en ramassant des bouts de nylon qu’elle revendra plus tard, comme des centaines d’enfants et autres jeunes gens.

Le voyageur qui découvre le centre de Lagos est frappé par la trépidation de la métropole la plus dynamique du continent. La plus grande ville d’Afrique affiche une activité économique intense et une croissance exponentielle, patentes à tous les coins de rue : la vie ne s’y arrête jamais, ballet incessant de cadres d’entreprises pétrolières et de petits commerçants et théâtre d’une scène artistique bouillonnante.

Mais avec ses 21 millions d’habitants, Lagos étouffe : la pollution atmosphérique grimpe en flèche, comme les coûts de santé qui explosent alors que le commerce et les citadins sont à bout de souffle. La circulation devient toujours plus intense, les émissions ne sont pas réglementées et des camions-citernes s’embrasent régulièrement en pleine ville.

Laurentia Mallam, alors ministre nigériane de l’Environnement, était à Washington ce printemps, à l’occasion de la Journée mondiale de la terre. Devant un parterre de plus de 200 000 personnes, elle s’est engagée à améliorer la santé de l’environnement de 50 % d’ici 2020. « Les citoyens du Nigéria ont droit à un air pur, une eau potable et des terres non contaminées », a-t-elle déclaré.

Chaque année dans le monde, mais surtout dans les pays en développement, la pollution est liée à 9 millions de décès évitables. Selon l’Organisation mondiale de la santé, près de 7 millions de personnes ont perdu la vie en 2012 à la suite de pathologies provoquées par la pollution de l’air extérieur et intérieur.

La dernière édition du Little Green Data Book (a) de la Banque mondiale, qui comprend des données sur le Nigéria, révèle que 94 % de la population du pays sont exposés à des niveaux de pollution atmosphérique (particules fines PM 2,5) supérieurs aux directives de l’OMS — contre 72 % en moyenne en Afrique subsaharienne — et que cette pollution ampute le revenu national brut d’environ 1 point de pourcentage.

Investir dans la gestion de la pollution

Lors de la Journée de la terre 2015, qui a vu le Nigéria prendre des engagements, d’autres pays ont annoncé le lancement conjoint d’un nouveau fonds fiduciaire administré par la Banque mondiale pour un programme de gestion de la pollution et santé de l’environnement (a). Doté d’une allocation initiale de 45 millions de dollars, ce programme s’intéressera en priorité à la gestion de la qualité de l’air dans cinq grandes zones urbaines en Afrique du Sud, en Chine, en Égypte, en Inde et au Nigéria. Il pourrait ainsi améliorer les conditions de vie de quelque 150 millions de citadins au cours des cinq prochaines années. Le programme apportera également une aide à d’autres pays et villes d’Afrique subsaharienne, dans le but de réduire la contamination du sol et de l’eau.

« L’idée de placer une mégalopole comme Lagos sur une trajectoire plus saine est extrêmement motivante. Nous nous réjouissons de travailler avec nos collègues nigérians et les meilleurs experts internationaux pour élaborer des plans de gestion de la qualité de l’air qui permettront de sauver des vies », déclare Jostein Nygard, responsable du programme et spécialiste senior de l’environnement à la Banque mondiale.

Le chemin sera long, pour rendre le Nigéria plus propre et plus vert. Mais l’enjeu dépasse ce pays, qui est emblématique d’un problème plus général, lié au développement de l’Afrique. La situation de Lagos, par exemple, donne un avant-goût de ce qui attend les autres métropoles africaines, quand on sait que, d’ici 10 ans, le continent abritera certaines des plus grosses villes du monde.

Lagos, c’est là qu’atterrissent les ordinateurs et smartphones vétustes, avec leur cortège de déchets toxiques aux conséquences sanitaires désastreuses. Des villages de pêcheurs se retrouvent au milieu de bidonvilles sans fin. « Quand l’eau est polluée, par du plastique ou une marée noire, nous perdons de l’argent. Et les poissons migrent vers une eau plus propre », explique Stephen Aji, chef de quartier à Makoko.

Olanweraju Yusuf est spécialiste de la santé de l’environnement à Lagos. Les aléas de la fourniture d’électricité inquiètent particulièrement ce médecin, parce que bon nombre d’habitants utilisent leurs propres groupes électrogènes alors qu’ils vivent dans des endroits exigus et mal ventilés. « En respirant cet air, ils s’empoisonnent lentement le sang », constate-t-il.

La Banque mondiale a déjà pris des dispositions pour lutter contre la pollution à Lagos, en finançant un système de bus rapides qui limite l’utilisation des voitures particulières et renforce l’efficacité des transports publics. Il faut désormais s’atteler à la question des carburants verts et des solutions sûres pour l’élimination des déchets.

Les villes africaines grandissent aussi vite que leurs enfants respirent. Il n’y a pas de temps à perdre.




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